Ces dernières années, la production industrielle en Algérie connaît une dynamique nouvelle, portée par des politiques publiques visant à réduire la dépendance aux importations et à encourager l’investissement productif. Longtemps associée presque exclusivement aux hydrocarbures, l’économie nationale voit aujourd’hui émerger des expériences industrielles dans des secteurs variés, à l’image de l’agroalimentaire, de la pharmacie ou encore de la mécanique industrielle.
Par Sofiane Idiri
C’est dans ce contexte que s’inscrit l’Eurl Société de commerce internationale Soummam (SCIS), une entreprise algérienne spécialisée dans la fabrication de pièces de rechange destinées aux véhicules lourds, industriels et agricoles.
Créée en 2013, a Bejaia, cette société relativement jeune affiche pourtant de grandes ambitions. Implantée sur le marché national, elle aspire désormais à franchir une nouvelle étape : celle de la conquête des marchés internationaux.
Une trajectoire rendue possible grâce à une montée en puissance progressive de ses capacités industrielles, mais aussi grâce à un environnement économique plus favorable à la production locale.
Une montée en puissance progressive
À ses débuts, l’Eurl Société de commerce internationale Soummam concentrait son activité essentiellement sur l’assemblage de pièces de rechange importées. Une phase transitoire qui lui a permis de s’installer sur le marché et de mieux comprendre les besoins des professionnels du transport et de l’agriculture.
Cinq ans après sa création, l’entreprise opère un virage stratégique majeur en élargissant son champ d’intervention à la fabrication et à l’usinage de pièces de rechange.
Cette évolution s’explique notamment par la politique de restriction des importations adoptée par les pouvoirs publics dans certains secteurs. Une mesure qui a poussé de nombreuses entreprises algériennes à investir dans la production locale et à proposer des produits compétitifs, tant en termes de qualité que de prix.
«Le marché des pièces de rechange est en plein développement en Algérie, surtout avec les nouvelles politiques publiques qui encouragent la production nationale», explique Bouhadj Abderrazak, chargé des finances.
La SCIS s’est spécialisée dans la fabrication de pièces liées principalement aux systèmes de freinage et de suspension. Pour ce faire, l’entreprise s’est dotée d’un parc de machines industrielles modernes, parmi lesquelles des centres d’usinage numérique permettant la fabrication d’axes, de maillots et de balanciers, ainsi que des machines de découpe plasma utilisées pour le façonnage des métaux.
«Nous disposons aujourd’hui d’équipements qui répondent aux standards industriels et qui nous permettent d’assurer une production régulière et de qualité», souligne Gassi Fouad le responsable de la production.
Cette capacité industrielle est appelée à se renforcer davantage.
En effet, l’entreprise s’apprête à réceptionner, en fin de semaine, une nouvelle machine importée de l’étranger, destinée à augmenter ses volumes de production et à améliorer la précision de certaines opérations techniques. Le taux d’intégration locale varie selon les produits fabriqués.
«Nous avons un taux d’intégration de 25% pour les pistons, 35 % pour les maillots de roue, jusqu’à 60 % pour les axes et 70 % pour les balanciers», détaille Gassi Fouad. En termes de volumes, la société produit annuellement jusqu’à 20 000 unités d’axes de suspension pour remorques, environ 10 000 maillots de roue et près de 5 000 balanciers de suspension, ainsi que d’autres articles.

Malgré ces avancées, la question de la matière première demeure un défi majeur. L’entreprise s’approvisionne à la fois sur le marché local et à l’étranger. Toutefois, la production nationale de matières premières reste insuffisante pour couvrir l’ensemble des besoins industriels.
«La disponibilité de matières premières locales permettrait de réduire les coûts de production et de limiter le recours aux importations», explique M. Bouhadj responsable a l’entreprise, qui estime que cela aurait un impact direct sur les prix proposés aux clients.
Commercialisation, exportation et pari sur le numérique
Sur le plan commercial, la Société de commerce internationale Soummam écoule actuellement près de 60 % de sa production dans le secteur du transport routier. Les pièces fabriquées sont distribuées à travers l’ensemble des wilayas du pays, témoignant d’un réseau de commercialisation bien structuré.
Parallèlement, des conventions sont en cours de finalisation avec des agriculteurs et des fabricants de matériel agricole, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives de diversification sectorielle.
Mais l’ambition de l’entreprise ne s’arrête pas au marché national. Malgré sa relative jeunesse, la SCIS a déjà réussi à capter l’attention de partenaires étrangers. Après douze années d’existence, elle a enregistré ses premières commandes à l’exportation, notamment en Europe.
Deux bons de commande ont été signés, le premier d’un montant de 25 000 euros et le second atteignant 245 000 euros. Une étape décisive qui confirme la capacité de l’entreprise à répondre aux exigences des marchés internationaux.
L’autre atout majeur de la société réside dans son investissement dans le numérique. Consciente de l’importance des nouvelles technologies dans la relation client, elle a développé un site internet ainsi qu’une application mobile dédiée aux grossistes.
Cette plateforme permet de consulter les catalogues, de passer des commandes en ligne et de bénéficier d’un service de livraison assuré directement par l’entreprise.
«Cette application est un outil qui nous rapproche de nos clients», se réjouit Bouhadj Abderrazak, chargé du pôle financier. «Le client peut obtenir toutes les informations nécessaires sur la pièce, ses caractéristiques et sa disponibilité», ajoute-t-il.
Lancée il y a un peu plus d’un mois, l’application recense déjà plus de 600 articles. « Elle est simple d’accès et pensée pour être utilisée par tous les professionnels du secteur », précise Mansouri Abed, chargé du pôle commercial, diplômé de l’université de Béjaïa en 2024.
Recruté dès l’obtention de son diplôme, il incarne la politique de l’entreprise en matière d’emploi des jeunes diplômés. «C’est ici que j’ai fait mes premiers pas dans le monde du travail», confie-t-il.
La SCIS mise en effet sur une équipe jeune et compétente, aussi bien dans les unités de production que dans l’administration. L’expérience n’est pas le seul critère de recrutement, la formation interne occupant une place centrale.
«Nous allons prochainement recruter une quinzaine de nouveaux employés. L’expérience n’est pas un critère fondamental, nous privilégions les profils que nous pouvons former», explique Bouhadj Abderrazak.
Pour les responsables de l’entreprise, la promotion de la production locale présente de multiples avantages : réduction des coûts, disponibilité permanente des produits et création d’emplois. Autant d’éléments qui font de la Société de commerce internationale Soummam un exemple révélateur du potentiel industriel algérien en pleine mutation.
S. I.
SCIS en chiffres : Spécialité : fabrication de pièces de rechange pour véhicules lourds, industriels et agricoles.
Principaux produits : Axes de suspension, Maillots de roue, Balanciers de suspension
Capacité de production annuelle : Jusqu’à 20 000 axes de suspension, Environ 10 000 maillots de roue, Près de 5 000 balanciers Taux d’intégration locale : Pistons : 25 %, Maillots de roue : 35 %, Axes : jusqu’à 60 %, Balanciers : jusqu’à 70 %
Distribution : couverture de l’ensemble des 69 wilayas du pays
– Exportation
Deux bons de commande ont été signés, le premier d’un montant de 25 000 euros et le second atteignant 245 000 euros.
– Recrutement
« Nous allons prochainement recruter une quinzaine de nouveaux employés. L’expérience n’est pas un critère fondamental, nous privilégions les profils que nous pouvons former », explique Bouhadj Abderrazak.







