Lors d’une conférence organisée par la CAPC, le Pr Mhamed Hammoudi a dressé un état des lieux saisissant des énergies renouvelables en Algérie, pays doté d’un gisement solaire et éolien parmi les plus riches au monde.
Par Sofiane Idiri
Le 13 mai dernier, dans le cadre de la 8ème édition de l’Afterwork de la Confédération Algérienne du Patronat Citoyen (CAPC), le Professeur Mhamed Hammoudi a livré une analyse rigoureuse et chiffrée du potentiel algérien en matière d’énergies renouvelables.
Sous le thème «Énergie verte : potentiel, coûts et opportunités pour l’Algérie», sa conférence a mis en lumière une réalité que peu d’acteurs économiques mesuraient dans toute son ampleur : l’Algérie est assise sur une fortune solaire et éolienne sans équivalent en Méditerranée.
Un gisement solaire hors norme
Le chiffre est vertigineux. Cumulant solaire photovoltaïque, thermique et éolien, le potentiel annuel en énergies renouvelables du territoire algérien dépasse «410 800 TWh».
La composante solaire photovoltaïque représente à elle seule plus de «217 677 TWh», tandis que le thermique concentré avoisine «168 972 TWh» explique le Professeur. «Le vent, soufflant sur de vastes zones du pays pendant plus de 5 500 heures par an, contribue pour plus de 30 000 TWh supplémentaires» ajoute-t-il.
Sur une superficie de plus de 1,46 million de kilomètres éligibles aux installations industrielles, ce potentiel hybride confère à d’innombrables régions algériennes une attractivité économique sans égale pour les projets utilisant l’électricité verte. Au cœur de la démonstration du Pr Hammoudi se trouve le concept de Coût Actualisé de l’Énergie ou LcoE, pour Levelized Cost of Energy.
C’est cet indicateur qui synthétise, sur l’ensemble de la durée de vie d’une installation, le coût réel de production d’un mégawattheure. Or, grâce à son ensoleillement exceptionnel et à la complémentarité de ses ressources renouvelables, l’Algérie peut afficher des LcoE parmi les plus bas au monde.
Cet avantage concurrentiel brut, conjugué à une volonté politique désormais affichée, ouvre la voie à un afflux potentiel d’investissements directs étrangers dans les secteurs grands consommateurs d’énergie.
Des appels d’offres récents portant sur 3 GW témoignent d’une dynamique concrète, inscrite dans un programme national de 15 GW à l’horizon 2035. L’analyse du chercheur ne s’arrête pas aux kilowattheures produits sur le territoire national. Elle projette l’Algérie dans la cartographie mondiale des hubs énergétiques de demain.
Des études internationales récentes, réalisées pour identifier les pays à fort potentiel, placent l’Algérie en position de choix pour les projets d’hydrogène vert et de Power to X, la conversion de l’électricité renouvelable en carburants synthétiques ou en ammoniac exportable.
Ces filières, très capitalistiques, sont précisément celles qui attirent aujourd’hui les grandes masses de capitaux internationaux à la recherche d’actifs compatibles avec la neutralité carbone. Pour en bénéficier pleinement, le pays devra néanmoins consentir un effort sérieux d’amélioration de son écosystème réglementaire et financier.
Exporter vers l’Europe : un calcul qui tient la route
L’une des projections les plus frappantes de la conférence concerne l’exportation d’électricité verte vers l’Italie. Les calculs préliminaires indiquent que sur plus de 3 200 heures par an, les marges dégagées par rapport au prix spot italien dépasseraient 25 euros par mégawattheure et que ce différentiel doublerait pendant plus de 1 875 heures annuelles.
Concrètement, l’exportation annuelle de 1 585 GWh via une ligne HVDC de 600 kilomètres générerait une marge brute cumulée de 118 millions d’euros par an, accompagnée de plus de 805 900 crédits carbone, pour un investissement en infrastructure de l’ordre d’un milliard d’euros.
Au-delà du revenu direct, cette stratégie permettrait de préserver entre 530 et 770 milliards de mètres cubes de gaz naturel, dont la valorisation commerciale reste supérieure sur les marchés internationaux.
Une opportunité stratégique qui n’attend pas
Le message du Pr Hammoudi est clair : « l’Algérie dispose de tous les ingrédients pour devenir un hub régional des produits énergétiques durables ». La transition fondée sur le déploiement massif des technologies sans émissions, la digitalisation des réseaux et la décentralisation de la production n’est plus un horizon lointain mais une réalité en cours de construction.
La question n’est donc plus de savoir si le pays a les ressources pour jouer ce rôle. Elle est de savoir si les acteurs économiques, financiers et réglementaires sauront se mobiliser à la hauteur d’un potentiel qui, lui, ne sera pas éternel.
S. I.







