En ce début de mai 2026, l’économie mondiale se fragmente en un véritable archipel des souverainetés où l’érosion des hégémonies séculaires libère l’espace à des alliances pragmatiques et des corridors de croissance inédits. Tandis qu’un Nord fébrile s’accroche aux vestiges d’une stabilité institutionnelle chancelante, le Sud s’érige en pôles de puissance autonomes, brisant le mythe d’une gouvernance planétaire uniforme. En cette semaine du 4 au 10 mai 2026, l’enjeu se cristallise autour d’un défi de synchronisation entre la quête d’une résilience partagée et l’essoufflement de moteurs occidentaux minés par une fatigue structurelle que plus aucun artifice ne semble pouvoir masquer.
Par Lyazid Khaber
Dans le cockpit des puissances du G7, les voyants virent à l’orange. La réunion ministérielle qui s’est tenue à Paris la semaine dernière a trahi une nervosité croissante face à la montée en puissance industrielle du Sud Global.
Sous couvert de sécurité économique, les sept grandes puissances ont multiplié les appels à une surveillance accrue des transferts technologiques, un signe manifeste de crispation face à une concurrence qu’elles ne dominent plus par le seul jeu du marché. Cette tension se répercute inévitablement sur les places financières mondiales qui naviguent à vue.
Ainsi, et malgré une légère accalmie sur le front des taux d’intérêt, le FMI maintient sa vigilance sur une croissance mondiale atone, projetée à 3,2% pour l’année en cours, tandis que l’instabilité des prix de l’énergie continue de peser comme une épée de Damoclès sur les bilans des entreprises européennes.
L’impératif de l’autofinancement
Ce marasme occidental contraste singulièrement avec l’élan du Sud Global qui, sous l’impulsion d’un leadership de plus en plus décomplexé, passe de la rhétorique à l’action. La grande thématique de cette semaine a donc été celle de l’interconnexion et de la réduction de la dépendance aux circuits financiers classiques par la mobilisation de l’épargne domestique.
L’annonce de nouveaux plans de financement pour les infrastructures transcontinentales témoigne de cette volonté de ne plus être une simple périphérie du Nord. En Afrique, cette transition s’accélère avec une volonté de transformer les ressources sur place, cherchant de ce fait à capter la valeur ajoutée qui échappait autrefois au continent.
Toutefois, cette marche vers l’autonomie reste confrontée à des défis logistiques majeurs, nécessitant une coordination régionale sans précédent pour éviter que les corridors de croissance ne se transforment en zones de friction.
L’offensive clairvoyante d’Alger
Au cœur de cette reconfiguration, l’Algérie affiche une trajectoire d’une remarquable clarté, illustrée par l’activité diplomatique et économique intense du président Abdelmadjid Tebboune.
Sa visite d’État en Turquie, du 6 au 8 mai, a marqué un tournant avec la tenue du premier Conseil de coopération stratégique de haut niveau à Ankara, visant à porter les échanges bilatéraux à 10 milliards de dollars.
Ce déploiement s’accompagne d’une percée majeure sur le marché asiatique. En effet, depuis le 1er mai 2026, les produits algériens bénéficient d’une exemption totale de droits de douane en Chine, ouvrant un horizon inédit pour les exportations hors-hydrocarbures vers la deuxième puissance mondiale.
Cette audace diplomatique ne se limite pas pour autant à l’Orient. Alger consolide simultanément son axe avec Washington, comme en témoignent les récents accords de partenariat scellés lors du sommet SelectUSA.
Cette diplomatie du pragmatisme s’étend également à l’Europe, où l’Algérie s’impose comme un partenaire industriel et énergétique incontournable pour l’Allemagne et l’Italie — cette dernière étant devenue son premier client commercial — tout en relançant une dynamique de coopération structurelle avec l’Espagne.
En finançant ses propres ambitions, comme la mégaligne ferroviaire vers Gara Djebilet, et en diversifiant ses appuis, l’Algérie s’affirme comme l’architecte souverain d’une économie qui s’approche désormais des 400 milliards de dollars de PIB.
Le verdict du dimanche
La leçon à retenir de la semaine qui s’achève est celle qui indique que la souveraineté économique n’est plus un concept abstrait, mais une réalité qui se mesure à la maîtrise de ses propres ressources et à la solidité de ses partenariats multidimensionnels.
Alors que le G7 tente de préserver son influence par la régulation, l’Algérie démontre, par son entrée en franchise sur le marché chinois et ses alliances stratégiques de Washington à Rome, qu’elle a parfaitement saisi les codes du nouveau monde multipolaire.
Le développement est désormais une question de vitesse, de maîtrise technologique et de courage politique pour s’extraire des dépendances d’hier.
L. K.







