Rencontré lors du salon Batimatec 2026, ce responsable à AQS livre les résultats de cette entreprise sidérurgique, numéro 2 en Algérie, ses contraintes à l’exportation. Il fournit des détails sur l’extension du complexe sidérurgique de Bellara , en un mot la mise en œuvre de la seconde phase de développement de ses installations de production d’acier.
Entretien réalisé par
Khaled Remouche
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Eco Times : Quels sont les résultats d’AQS en 2025 ?
Mouloud Louail : L’année 2026 a été une année exceptionnelle pour AQS. On a atteint 95% des capacités théoriques de notre complexe sidérurgique de Bellara. On a réalisé des résultats très importants surtout en matière d’exportation. On a pu exporter plus de 800.000 tonnes de produits sidérurgiques soit du rond à béton soit du fil machine soit des billettes d’une valeur de 420 millions de dollars américains.
En 2025, on a exporté vers plus de 40 pays. En 2026, les résultats sont plus positifs que la même période de 2025, on a exporté au total vers 46 pays. Pour la première fois, AQS exporte vers des pays d’Amérique latine, à savoir la République dominicaine, Porto Rico et le Chili.
Pour la première fois, on vient d’exporter une cargaison vers le Soudan. On a commencé par des exportations pilotes pour tester la logistique, le shipping. On est en train d’entamer les exportations vers ce pays.
On prévoit une exportation de plus de 1 million de produits sidérurgiques vers le Soudan pendant 5 ans soit environ 150.000 à 200.000 tonnes de produits sidérurgiques annuellement.
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Où en est la mise en œuvre de la seconde phase portant développement du complexe sidérurgique de Bellara ?
On a finalisé tout ce qui est études. Le lancement de la seconde phase est imminent. Elle sera lancée dans quelques mois. Tout est prêt. On attend juste le lancement officiel. On va réaliser une nouvelle DRI (installation de réduction directe) d’une capacité de 2,5 millions de tonnes par an pour traiter le minerai de fer. On va réaliser par la suite d’autres unités.
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Quelle est la capacité de production projetée à l’issue de cette seconde phase ?
Nous produisons 2 millions de tonnes actuellement. Nous allons ajouter 2 autres millions de tonnes, avec la production d’autres produits sidérurgiques. On s’est basé sur les besoins du marché local. Aujourd’hui, il y a plusieurs produits sidérurgiques qu’on est train d’importer.
Par exemple, la tôle, les charnières. On va les produire en Algérie. On va produire de l’acier plat, des laminés à chaud et des laminés à froid. On va produire 2 millions de tonnes d’acier plat annuellement. Selon nos prévisions, on va atteindre 4 millions de tonnes annuellement de produits sidérurgiques en 2030.
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Est-ce que le terrain d’assiette, les utilities (électricité, gaz, eau) sont prêts ?
Il va y avoir une extension dans le même complexe. Parce que le complexe est conçu pour les deux phases. Il reste la construction des unités de production. On va réaliser progressivement cette extension, à travers des mises en service partielle des installations industrielles.
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Quelles sont les contraintes que vous rencontrez à l’exportation ?
Les Etats-Unis ont utilisé récemment l’argument de l’énergie, le gaz (son prix moins cher) qui est notre point fort pour être compétitif pour bloquer les exportations algériennes de produits sidérurgiques vers ce pays en vue de protéger la production américaine. Les exportations nationales vers ce pays sont importantes.
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Le mécanisme européen CBAM (taxe carbone) constitue-t-il une contrainte pour AQS ?
Mouloud Louail : La question du CBAM est un autre débat. On ne peut pas maîtriser l’empreinte carbone parce qu’elle n’est pas liée uniquement au producteur d’acier. Elle inclut la matière première, le shipping.
C’est un tout. Aujourd’hui, on maîtrise les calculs. Mais cela ne suffit pas. Le CBAM, c’est une méthode européenne pour taxer nos produits. On pense aller vers l’hydrogène vert. Mais pour alimenter en énergie le complexe de Bellara à travers l’hydrogène vert, il faudrait un investissement d’1 milliard de dollars. L’investissement est très lourd.
On pense néanmoins à la forestation, à la réalisation d’une ou des centrales photovoltaïques mais cela ne suffira pas à alimenter le complexe en énergie. On dépasse ce problème parce qu’on exporte vers d’autres marchés. En second lieu, il faut savoir que l’Union européenne impose un quota à l’Algérie.
Notre pays n’a pas le droit d’exporter que 9000 tonnes de produits sidérurgiques par trimestre vers l’Union européenne, soit 3000 tonnes seulement par mois.
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Ciblez-vous l’Afrique dans vos exportations ?
Notre stratégie prévoit l’orientation de nos exportations vers le marché africain. Vous voyez qu’on vient de finaliser avec l’Ambassadeur du Soudan à Alger pour exporter nos produits vers ce pays africain.
On est présent dans quelques pays africains comme la Mauritanie, le Sénégal, le Gabon, le Niger. On vise l’Amérique latine parce que c’est un marché très important. On veut diversifier, en somme, nos marchés.
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Les sidérurgistes nationaux couvrent-ils tous nos besoins domestiques en rond à béton ?
Avant, on ne couvrait pas nos besoins en rond à béton qui sont énormes. Aujourd’hui, on a avancé dans ce domaine. Les besoins du marché national en rond à béton sont estimés à 3 millions de tonnes.
Aujourd’hui la production de produits sidérurgiques en Algérie dépasse les 8 millions de tonnes dont 5 millions de tonnes de rond à béton.
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Quels sont les besoins du pays en acier plat ?
Il y a Tosyali Algérie qui produit les aciers plats dont la capacité sera plus conséquente avec l’achèvement de son complexe d’acier plat en septembre 2026. Les besoins actuels sont de 1 million de tonnes d’acier plat minimum.
Mais avec le développement de l’industrie automobile, du maritime, on aura besoin de 2 à 3 fois plus. On sera obligé, Tosyali Algérie et nous-mêmes, d’atteindre un niveau de production qui couvre tous ces besoins.
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Les sidérurgistes nationaux vont-ils s’orienter vers la production de rails ?
Il y a un projet chinois de production de rails à Béchar. Nous, on ne s’oriente pas vers la production de rails. C’est une autre filière. Nous, on se concentre sur la production de rond à béton et dans quelques années sur la production d’acier plat.
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Êtes-vous touché par cette décision d’approvisionner les complexes sidérurgiques algériens en minerai de fer extrait du gisement de Gara Djebilet ?
Le minerai de fer, c’est le nerf de la guerre pour AQS. Aujourd’hui, on importe du minerai de fer pour produire l’acier. Ça nous coûte très cher. AQS importe du minerai de fer du Brésil, de la République sud-africaine, de la Russie. Les fournisseurs de minerai de fer dans le monde sont principalement 4 ou 5.
Vous savez toute importation est liée aux relations internationales, à l’économie internationale, aux conflits géostratégiques. Avec la guerre en Iran, les prix du fret ont augmenté de 20%, le minerai de fer sur les marchés internationaux de 15%. Avoir un minerai algérien, c’est une priorité pour nous.
C’est un produit essentiel pour notre production. Cela va nous faciliter la tâche à l’extérieur. Avec Gara Djebilet, avec des prix plus concurrentiels, on sera plus compétitif.
- Quels sont les besoins de l’Algérie en minerai de fer ?
Si on produit 2 millions de tonnes de produits sidérurgiques, on aura besoin entre 3,5 et 4 millions de tonnes de minerai de fer par an. Nous et Tosyali Algérie, on aura besoin de 7 à 8 millions de tonnes de minerai de fer par an. L’Algérie peut également traiter le minerai de fer de Gara Djebilet et l’exporter.
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Utilisez-vous les déchets ferreux collectés en Algérie dans le processus de fabrication de l’acier ?
La ferraille est très importante dans ce processus. On doit l’utiliser. On utilise seulement 10 à 15% de ferraille dans notre processus de fabrication de l’acier.
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Quelles sont les perspectives d’AQS en termes d’exportation ?
Aujourd’hui, on est présent dans 46 pays. L’année précédente, notre objectif était d’exporter 750.000 tonnes de produits sidérurgiques. On voulait aller jusqu’à 850.000 tonnes.
On a atteint 800.000 tonnes. On donne cependant la priorité au marché local, la couverture des besoins domestiques en produits sidérurgiques. Dans notre stratégie, 70% de notre production doit couvrir le marché local et 30% est dédié à l’exportation.
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Qu’en est-il du taux d’intégration dans le complexe sidérurgique de Bellara ?
Nous sommes parvenus pratiquement à un taux d’intégration de 95%. A l’exception du minerai de fer qui est importé, tout est fait en Algérie, tout le process de production est fait dans notre pays.
K. R.







