Dans le point de presse qu’il a organisé samedi dernier, le président Abdelmadjid Tebboune est revenu sur la nécessaire rationalité qui devrait prévaloir dans la gestion du territoire et des ressources de façon à tendre vers un rééquilibrage censé réduire les disparités en matière de développement. Le sujet revêt un caractère stratégique dans l’étape actuelle de l’évolution de l’économie et de la société, où la diversification des activités, l’exploitation des ressources naturelles et l’effort du rehaussement du produit intérieur brut commandent la sollicitation de toutes parties du territoire national, non seulement pour y extraire une plus-value économique, mais également pour y redistribuer le revenu national de façon équitable.
Par Amar Nait Messaoud
Le président de la République nuance l’ambition de réaliser dans l’immédiat un rééquilibrage intégral du territoire. C’est, soutient-il, un processus permanent qui commence, par exemple, par le désenclavement des régions du Grand Sud, aussi bien par les infrastructures de desserte (routes, autoroute, voies ferrées) que par les investissements publics dans les secteurs de l’éducation, de la santé, de l’hydraulique et du cadre de vie de façon général.
À cela s’ajoute ces grands pôles économiques de l’envergure de Ghar Djebilet, dans la wilaya de Tindouf destinés à diversifier les recettes extérieures du pays, créer des emplois et même créer de nouveaux centres de vie suite à l’attractivité suscitée par le pôle économique.
Pays d’une superficie de presque 2,4 millions de km², le plus vaste d’Afrique, l’Algérie abrite une population proche de 50 millions d’habitants. Néanmoins, pour des raisons naturelles et historiques, 80 % de cette population occupe la bande septentrionale, allant du couloir des Hauts Plateaux à la côte méditerranéenne.
Le président de la République reconnaît que cette bande est saturée, et plus particulièrement la partie de l’extrême nord, entre l’Atlas tellien et la côte.
Les limites d’une telle répartition commencent à se manifester dès l’instant où personne — ménages, fonctionnaires, agriculteurs, artisans, praticiens de métiers libéraux, transporteurs… etc. — ne trouve son compte et sent évoluer dans un environnement plus que contraignant dans un pays pourtant long et large de ses 2,4 millions de kilomètres carrés.
Le déséquilibre historique de la répartition de la population et de l’économie sur le territoire national a été aggravé, dans le schéma de développement post-indépendance, par un patent déficit de planification et de prospective, ayant conduit à la mauvaise gestion des ressources et des territoires.
En tout cas, dans cette configuration, cette répartition ne répond à aucune logique de rationalité économique ; elle suit surtout les voies d’une trompeuse facilité et épouse les contours d’une mentalité rentière qui était peu soucieuse des lendemains qui pouvaient « déchanter ».
Et le revers de la médaille est connu et diagnostiqué sur les plans de l’emploi, de l’urbanisme, de l’agriculture, du transport, du cadre de vie,… etc. Tous les éléments constitutifs du cadre de vie et du bien-être semblaient « crier » aux limites de l’occupation bancale du territoire.
Donner force de loi aux instruments du SNAT
Le Schéma national d’aménagement du territoire (SNAT), porté par la loi n° 10-02 du 29 juin 2010, est censé apporter des réponses pertinentes à une série de questions relatives à la gestion des ressources, à la répartition démographique de la population et à l’administration des territoires.
Il est élaboré sur la base d’un travail de fond qui a nécessité la collaboration de tous les secteurs d’activité et est soumis à une révision périodique, la dernière remontant à 2024. Le travail de prospective et les projections contenus dans ce document d’envergure tendent à réserver une place de choix à l’Algérie aux horizons 2030.
Après une phase de diagnostic où sont analysées les problématiques territoriales du développement, les projections se sont appuyées sur la notion d’espace, le souci de l’équilibre de la répartition des populations et de la gestion des ressources de façon à obtenir un développement rationnel, harmonieux et intégré ayant pour base de choix les vocations des sites et des régions et pour stratégie la valorisation des potentialités et la domestication des contraintes.
Cela suppose un rééquilibrage entre les régions (notamment Hauts-Plateaux et Sud), la valorisation des ressources locales et le rehaussement de l’attractivité territoriale dans le cadre du développement durable.
Le SNAT se décline en schémas régionaux (par groupes de wilayas voisines) appelés Schémas de l’espace de programmation territoriale (SEPT), puis en schémas de wilaya (Plan d’aménagement de wilaya, PAW).
Les instruments pratiques de l’aménagement du territoire, censés être mis en œuvre par les structures locales (APC, services de la wilaya, directions techniques) semblent parfois peu adaptés aux pratiques administratives souffrant du poids de la routine. Cela est visible particulièrement dans les volets de la gestion de la ville et du cadre de vie ainsi que de la création de nouveaux pôles urbains.
Le déficit de l’inventaire et de la numérisation du foncier, l’absence quasi générale de la prise en compte de la cartographie des zones inondables et d’autres insuffisances de gestion de l’espace jettent une lumière crue sur la nécessité de faire des orientations et des principes arrêtés dans le Schéma national d’aménagement du territoire des outils opérationnels et pratiques ayant force de loi au sein des structures et institutions ayant en charge la gestion des territoires.
Il s’agit alors de faire évoluer des orientations stratégiques en règles contraignantes pour l’ensemble des acteurs, publics et privés.
A. N. M.







