L’Algérie et la Turquie renforcent leur coopération. La visite d’Etat effectuée en Turquie par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, les 6 et 7 mai derniers, à l’invitation de son homologue Recep Tayyip Erdogan, s’est soldée par la signature de plusieurs accords dans divers domaines et a réaffirmé la volonté des deux pays de hisser leurs relations au rang de partenariat stratégique, avec l’économie au premier plan.
Par Hakim O.
Ces accords portent notamment sur la coopération dans les domaines de l’investissement, du commerce, de l’industrie, de l’agriculture, des médias, des télécommunications, des transports et de la gestion des catastrophes. Les deux pays ont également lancé des négociations en vue de conclure un accord commercial préférentiel destiné à dynamiser les échanges bilatéraux.
Dans le secteur industriel, les deux parties ont signé des mémorandums d’entente relatifs à la normalisation, à l’évaluation de la conformité, à la formation et au développement des PME.
La coopération agricole a été renforcée à travers un accord sur la protection des végétaux et la quarantaine agricole.
Au-delà de ces accords signés, Alger, qui affiche une vision ambitieuse pour la diversification de l’économie nationale à travers la promotion du “Made in Algeria”, veut attirer davantage d’investissements directs étrangers (IDE), notamment turcs.
Une stratégie nationale est mise en place à cet effet, en mobilisant les leviers de la diplomatie économique et même présidentielle. D’ailleurs, le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, accorde une importance particulière aux questions économiques lors de ses déplacements à l’étranger.
C’est dans ce cadre qu’il s’est entretenu avec les responsables de deux leaders mondiaux dans la sidérurgie et le textile, en l’occurrence Tosyali et Tayal. Deux rencontres qui témoignent de la volonté du président Tebboune de stimuler l’investissement et de veiller personnellement au bon déroulement des projets engagés en Algérie.
Dans le domaine de la sidérurgie, l’Algérie s’apprête à franchir une nouvelle étape dans l’exploitation du gisement de Gara Djebilet (Tindouf), avec la réalisation d’unités de transformation du minerai de fer et la fabrication de matières premières destinées aux usines sidérurgiques.
La société algéro-turque Tosyali Algérie jouera un rôle important dans cette nouvelle orientation axée sur la valorisation locale des richesses naturelles. Le complexe sidérurgique Tosyali, qui est d’ailleurs devenu un acteur majeur de la production d’acier en Algérie, a annoncé un investissement supplémentaire de deux milliards de dollars afin d’augmenter sa capacité de production et de diversifier sa gamme de produits.
Ce nouveau plan d’investissement s’inscrit en droite ligne avec la nouvelle orientation du partenariat algéro-turc, davantage centré sur la production locale, l’intégration industrielle et les exportations.
Même dynamique pour le groupe Tayal, l’un des géants mondiaux du textile. Celui-ci poursuit ses investissements en Algérie, notamment au complexe textile de Sidi Khettab, à Relizane, avec l’ambition d’accroître la production nationale dans le secteur textile et de conquérir davantage de parts de marché à l’international.
Du côté algérien, le groupe Sonatrach, en partenariat avec le groupe turc Rönesans Holding, développe un mégaprojet pétrochimique à Ceyhan, dans la province d’Adana.
D’un investissement de près de 2 milliards de dollars et doté d’une capacité de production de 450 000 tonnes/an de polypropylène, ce projet permettra à Sonatrach, qui détient 34 % des parts, de fournir la matière première (propane) à hauteur de 550 000 tonnes par an dans le cadre d’un contrat à long terme.
10 milliards de dollars d’échanges à l’horizon 2030
Ces projets d’envergure ne sont que quelques exemples du partenariat économique entre les deux pays, dont chacun entend tirer profit des atouts de l’autre.
En combinant le savoir-faire turc avec les richesses naturelles de l’Algérie et ses nombreux avantages compétitifs, notamment la disponibilité de l’énergie à des coûts attractifs, l’axe Algérie-Turquie devrait se renforcer davantage et atteindre un niveau supérieur.
La visite du président Tebboune à Ankara confirme ainsi que les relations entre l’Algérie et la Turquie ne se limitent plus à une simple coopération commerciale.
Elles s’orientent progressivement vers une alliance économique structurée, portée par des intérêts convergents dans l’industrie, l’énergie, l’agriculture et les infrastructures. Les deux pays ambitionnent de porter les échanges commerciaux à 10 milliards de dollars à l’horizon 2030, contre 6 milliards de dollars en 2025.
Cette montée en puissance des échanges est le fruit d’une coopération pragmatique fondée sur la confiance mutuelle. Les entreprises turques, attirées par les faibles coûts énergétiques et le positionnement géostratégique de l’Algérie, multiplient leurs investissements tout en visant les marchés africains et européens.
Dans une déclaration de presse conjointe avec le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, à l’occasion de la première session du Conseil de coopération stratégique de haut niveau algéro-turc, Recep Tayyip Erdogan a réaffirmé l’engagement de son pays à renforcer davantage la coopération bilatérale avec l’Algérie dans tous les domaines, au mieux des intérêts communs des deux pays.
Plus de 1600 sociétés turques présentes en Algérie
Il a souligné la volonté de son pays de développer la coopération avec l’Algérie, qu’il a qualifiée de “l’un des plus grands partenaires commerciaux de la Turquie sur le continent africain”, notamment dans plusieurs secteurs stratégiques, à leur tête l’énergie, les mines, les transports et l’agriculture.
Et d’ajouter : “Les efforts ont été intensifiés conformément à l’objectif d’atteindre un volume d’échanges commerciaux de 10 milliards de dollars, fixé en 2023”, faisant état de “plus de 1 600 entreprises turques présentes en Algérie, où elles réalisent des projets et des investissements importants dans les secteurs de l’industrie, des mines et de l’agriculture”.
Dans le domaine de l’énergie, le président turc a rappelé que son pays “a établi et développé avec l’Algérie, depuis de longues années, une coopération énergétique caractérisée par la fiabilité, la stabilité et la durabilité”. “Au stade actuel, nous progressons jour après jour dans le renforcement d’une coopération à long terme concernant la sécurité des approvisionnements énergétiques, notamment le gaz naturel”, a-t-il déclaré.
Comptant désormais parmi “les questions les plus vitales à l’ère actuelle”, le domaine de l’agriculture et de la sécurité alimentaire figure également parmi “les secteurs pouvant faire l’objet d’une coopération bilatérale renforcée entre l’Algérie et la Turquie”, a-t-il ajouté.
Le président Erdogan s’est dit convaincu que la coopération bilatérale dans le domaine des industries de défense “contribuera à la sécurité de nos deux pays et de nos régions”, soulignant “l’importance particulière” accordée à l’ouverture réciproque de centres culturels susceptibles de “raffermir les liens de fraternité entre les deux peuples”.
Et d’ajouter : “Nous continuerons à développer notre amitié et notre coopération avec l’Algérie dans tous les domaines, sur la base du principe gagnant-gagnant”.
En somme, avec la création du Conseil de coopération stratégique de haut niveau et le lancement des négociations autour d’un accord commercial préférentiel portant sur une liste déterminée de marchandises, l’Algérie et la Turquie affichent clairement leur volonté de construire un partenariat durable fondé sur des intérêts communs, la diversification économique et une coopération élargie dans les secteurs stratégiques.
H. O.
Investissement : Plus de 90 projets turcs inscrits à l’AAPI
L’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) a enregistré plus de 90 projets turcs depuis la promulgation de la nouvelle loi sur l’investissement, a fait savoir, jeudi à Ankara (Turquie), le directeur général de l’Agence, Omar Rekkache, lors de sa participation aux travaux du Forum d’affaires algéro-turc, estimant que ce bilan reflète « une dynamique croissante » de partenariat entre les deux pays.
Dans son allocution lors de ce Forum, organisé dans le cadre de la visite officielle qu’effectue le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune en Turquie, M. Rekkache a précisé que « plus de 90 projets d’investissement turcs ont été enregistrés depuis la promulgation de la nouvelle loi sur l’investissement, venant s’ajouter aux expériences réussies réalisées ». Il a ajouté que « près de 30 entreprises turques sont actuellement engagées dans la concrétisation de nouveaux projets en cours d’étude, ce qui témoigne de la confiance croissante dans le marché algérien ».
Dans ce contexte, M. Rekkache a estimé que « la présente forte des entreprises turques en Algérie reflète le niveau de confiance mutuelle entre les opérateurs économiques des deux pays, ce qui confirme l’attractivité du marché algérien et sa capacité à attirer des investissements turcs, notamment dans les secteurs productifs et industriels, du bâtiment et des services ».
Cette présence « constitue une base solide pour renforcer un partenariat économique bilatéral et œuvrer pour sa promotion à de plus hauts niveaux d’intégration, à travers des projets d’investissement communs à valeur ajoutée », a-t-il relevé.
Par ailleurs, Omar Rekkache a réaffirmé que l’AAPI est prête à accompagner les investisseurs et à réunir toutes les conditions nécessaires à la réussite de leurs projets, ainsi qu’à transformer les opportunités disponibles en investissements productifs et en partenariats durables à impact économique concret.
Synthèse H. O.







