Bachir Messaïtfa, appartient à l’élite universitaire. Son nom reste lié à la prospective, dont il a occupé le département ministériel à deux reprises. Il fut, en 2012, Secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargé de la prospective et des statistiques, et en 2020, ministre délégué chargé de la prospective et des statistiques. Messaitfa, a étudié l’économétrie aux universités d’Alger et de Birmingham (Royaume-Uni), et a exercé comme professeur d’économétrie et d’économie macroéconomique à l’Université d’Alger ainsi qu’aux grandes écoles de finance et de commerce. Il a également été chercheur principal à Beyrouth (Liban), Dubaï (Emirats arabes unies) et Doha (Qatar). Actuellement, il est chercheur en macroéconomie, avec des centaines de recherches et d’articles scientifiques publiés en Algérie et à l’étranger. Il intervient régulièrement dans les débats économiques et donne des conférences lors d’événements nationaux et internationaux.
Il est l’auteur de 11 ouvrages disponibles sur le marché du livre, portant sur l’économie et la prospective. A son actif, l’initiative « Construire l’avenir – صناعة الغد », lancée en février 2014.
Entretien réalisé par Zoheir Zaid
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Ecotimes : Vous avez lancé « Sinaat el Ghad ». De quoi s’agit-il au juste ?
Bachir Messaïtfa : Depuis sa création en février 2014, l’initiative « Construire le futur » a produit 11 ouvrages (série « Industrie du futur » en arabe et en langues étrangères) ; 500 articles publiés (série « Industrie du futur ») ; 200 épisodes d’émissions radiophoniques sur la Radio nationale (émission « Industrie du futur ») ; 5 épisodes de l’émission mensuelle « Petit-déjeuner de la prospective », lancée en janvier 2025 ; 4 bulletins de veille stratégique, des centaines de conférences et séminaires, des dizaines de colloques nationaux et internationaux. Elle a également donné naissance à 50 associations locales (wilayas), le centre de presse de « Construire l’avenir », dédié à l’information prospective ; le Club de « Construire l’avenir »
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Nous sommes à l’ère de la transition vers l’économie de la connaissance. Comment l’Algérie doit-elle s’adapter ?
Concernant l’intégration dans l’intelligence artificielle, la technologie et la numérisation, l’Algérie a un réel besoin de renforcer sa place dans l’environnement mondial de la recherche scientifique. Cela commence par la réforme du système éducatif, de l’enseignement supérieur et de la recherche.
A mon humble avis, trois mesures clés doivent être initiées. La première, élaborer un plan sectoriel de formation aux technologies numériques, axé sur la formation de base, la recherche scientifique et la communication entre enseignants et étudiants. La deuxième mesure : allouer un budget adéquat à la modernisation des infrastructures universitaires (architecture des espaces, infrastructures numériques). Quant à la troisième et dernière mesure, nous proposons de « Penser à l’université du futur », c’est-à-dire à l’université numérique, en coordination avec le secteur de l’Éducation nationale qui doit lancer l’école numérique dans les plus brefs délais.
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La recherche scientifique est l’épine dorsale du développement économique du pays. Comment cela doit-il se faire pour qu’elle remplisse convenablement ce qui est attendu d’elle, selon vous ?
La réalité actuelle de l’université algérienne (à l’exception de certains pôles comme Bordj Bou Arréridj, M’Sila ou Constantine) montre une faible intégration dans les problématiques de développement et dans les attentes de la société. Il y a également un manque de vision prospective au niveau scientifique.
Le faible lien avec l’environnement économique a vidé l’entrepreneuriat universitaire de sa mission première : développer l’industrie et l’innovation technologique.
C’est pourquoi la Fondation algérienne « Construire le futur » a lancé une série de partenariats avec des universités algériennes pour instaurer une véritable collaboration entre l’université et les institutions de la société civile, porteuses d’une vision de l’innovation scientifique future.
Nous sommes convaincus que pour permettre à l’université algérienne de s’approprier les clés de l’intelligence scientifique, il est nécessaire, d’appliquer les normes de qualité de l’enseignement supérieur reconnues à l’échelle mondiale, d’adopter les standards internationaux en recherche fondamentale, de mettre en œuvre les normes de formation continue, y compris pour les post-doctorants, et de former les encadrants universitaires dans une logique d’amélioration continue ; d’orienter l’enseignement en fonction de la capacité de communication pédagogique envers les étudiants.
Mais aussi, de former en continu les enseignants et le personnel administratif, en tenant compte de l’évolution rapide des méthodes et des outils d’évaluation pédagogique ; et d’adopter une méthode de « comptabilité scientifique » pour suivre les faiblesses du système de formation et évaluer l’impact financier des budgets alloués à la recherche scientifique.
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Si vous étiez ministre des Statistiques et de la Prospective, quelles seraient vos priorités ?
Dans le cas où je serais choisi pour le ministère de la Prospective et des Statistiques, mes priorités seraient les suivantes : ouvrir des services de prospective et de statistiques au niveau des wilayas, à l’échelle de la wilaya et de la commune, en se conformant à la législation en vigueur ; lancer un atelier de réflexion sur le développement du système national d’information statistique, finaliser le système national d’information statistique, créer l’Institut algérien pour la croissance et les études prospectives en tant qu’établissement public.
Je lancerais également un atelier de réflexion et des études sur « la vision Algérie 2050 », concrétiser « la vision Algérie 2050 », et élaborer « le modèle de croissance économique 2045 ».
Z.Z.







