Le recyclage des déchets industriels est l’une des activités à développer en Algérie. Actuellement, beaucoup de déchets sont générés par les industries de transformation, notamment la pétrochimie, à l’instar des boues des hydrocarbures, ou par la nature, comme les vases des barrages. Deux déchets ayant un impact négatif sur l’environnement, d’où la nécessité de mettre en place une stratégie nationale pour les valoriser tout en réglant de nombreux problèmes environnementaux.
Par Akrem R.
Les cimenteries peuvent en effet jouer un rôle important dans le traitement et la valorisation de ces déchets. Des études expérimentales ont fait leurs preuves et il ne reste que la mise en place d’un cadre réglementaire pour passer à l’action.
En effet, les barrages en Algérie, au nombre de 81, une vingtaine d’entre eux sont presque à sec, à cause de l’accumulation de la vase, suite à la sécheresse. Des opérations de dévasement menées par l’Agence nationale des barrages et transferts (ANBT) ont permis la récupération des capacités de stockage et la génération de 1,7 milliard de m³ de vases.
Une quantité qui pourrait être intégrée dans la chaîne de production de ciment, tout en générant des profits colossaux pour les cimentiers algériens en matière de coûts de production, de réduction de l’empreinte carbone et surtout d’économies en matière de consommation du gaz.
«Les vases de barrages peuvent être valorisées comme matière première alternative dans la fabrication du ciment, en substitution de l’argile naturelle», a expliqué la directrice de Geocycle.
Des tests menés par l’opérateur Holcim El-Djazaïr, en collaboration avec l’université de Mostaganem, ont été concluants, a indiqué Karima Fareha, directrice de Geocycle à Holcim El Djazaïr. En effet, les essais menés sur plusieurs cimenteries et barrages, notamment à Mascara, M’sila et Biskra, ont démontré que ces sédiments présentent un comportement comparable à celui des argiles utilisées traditionnellement.
Une tonne de vase permet ainsi d’économiser environ 0,7 tonne d’argile, contribuant à la préservation des ressources naturelles et à la réduction de l’empreinte environnementale du ciment.
Une réglementation à mettre en place
En dépit de la réussite des essais techniques et industriels, l’exploitation de cette vase est toujours en stand-by, faute de l’existence d’un cadre réglementaire.
À cet effet, des industriels et des experts interpellent le gouvernement sur cette question, en soulignant la nécessité de mettre en place une loi permettant la valorisation de ces déchets dans l’industrie du ciment, notamment durant cette conjoncture où la protection de l’environnement est devenue une priorité.
D’ailleurs, une taxe carbone aux frontières entrera en vigueur dès 2026 avec un taux de 2,5 %, avant d’être généralisée à 100 % d’ici 2034, applicable à des industries clés telles que le ciment, l’acier, les fertilisants, l’électricité, l’hydrogène et l’aluminium.
En termes clairs, la valorisation de la vase des barrages dans la production du ciment permettra de préserver les carrières pour les générations futures et de réaliser des gains en matière de production.
Selon les cimentiers algériens, 500 000 tonnes de matières premières seront économisées et substituées par la vase des barrages. En effet, les quantités de vases stockées, avoisinant les 1,7 milliard de m³, sont suffisantes pour garantir le bon fonctionnement des usines de production pour plusieurs années.
En clair, tout cela contribuera à l’augmentation de la compétitivité du ciment «made in Algeria», à la contribution à la diversification de l’économie nationale, d’autant plus que près de 10 millions de m³ de gaz seront économisés. Le placement de ces quantités additionnelles sur le marché international générera des devises supplémentaires pour le Trésor public.
«Malgré nos efforts, notre potentiel de valorisation reste largement sous-exploité. Nous avons la capacité, la technologie et l’expérience pour faire mieux en matière de valorisation de la vase, mais cela exige un déploiement massif et l’activation des leviers de décision», ajoute la même intervenante.
Des économies en gaz naturel
Outre la valorisation de la vase, l’Algérie gagnera davantage en traitant les boues issues de l’industrie des hydrocarbures. Ces déchets sont considérés comme une énergie alternative.
La directrice de Geocycle a souligné que ces résidus, longtemps considérés comme des déchets à forte nuisance environnementale, peuvent aujourd’hui être transformés en énergie alternative, se substituant au gaz naturel dans les fours à ciment.
«Les boues d’hydrocarbures, si elles ne sont pas traitées, émettent du méthane, un gaz dont le pouvoir de réchauffement est 28 fois supérieur à celui du CO₂», a-t-elle précisé. Leur co-traitement permet non seulement de réduire ces émissions, mais aussi d’économiser le gaz naturel, ressource stratégique pouvant être préservée pour les générations futures ou destinée à l’exportation.
Karima Fareha a indiqué que Geocycle a déjà valorisé plusieurs milliers de tonnes de boues d’hydrocarbures, en partenariat notamment avec Naftal et des collecteurs agréés, générant des gains environnementaux et économiques mesurables, tant en matière de réduction des émissions que de baisse des taxes environnementales.
À travers ces initiatives, Karima Fareha a souligné que la cimenterie n’est plus seulement une industrie lourde, mais un acteur central de la transition écologique. «L’économie circulaire appliquée au ciment permet de répondre simultanément aux enjeux environnementaux, énergétiques et économiques», a-t-elle affirmé, appelant à un déploiement plus large de ces solutions à l’échelle nationale.
«La valorisation des boues d’hydrocarbures et des vases de barrages n’est pas seulement une solution environnementale, c’est un levier de compétitivité et de souveraineté industrielle», a-t-elle affirmé, appelant à un renforcement des partenariats entre les industriels, les autorités publiques et le monde académique afin d’accélérer le déploiement de ces innovations au service d’une industrie cimentière plus durable.
En somme, l’Algérie dispose aujourd’hui des capacités industrielles, de la technologie et de l’expertise nécessaires pour faire de la valorisation des déchets un véritable levier de compétitivité et de durabilité, à condition de renforcer les mécanismes de décision et d’accélérer la généralisation de ces pratiques innovantes.
A.R.







