Les visites de hauts responsables européens à Alger se multiplient avec comme ligne de mire le renforcement des relations entre l’Algérie et l’Union européenne et comme urgence compenser les quantités de gaz suspendues en provenance du Qatar devant être livrées à l’Europe.
Par Khaled Remouche
Avec les répercussions de la guerre en Iran, des pays européens se tournent aujourd’hui vers l’Algérie pour compenser les quantités de gaz à livrer suspendues par le Qatar suite aux dommages causés dans le gisement de Ras Laffan, le plus important de cet émirat.
Le Qatar approvisionne l’Italie à raison de 20 % de ses importations. Ainsi, les plus importants clients de l’Algérie en gaz, l’Italie et l’Espagne, sollicitent Alger pour subvenir à leurs besoins en matières énergétiques.
La présidente du Conseil des ministres italien, Giorgia Meloni, et le ministre des affaires étrangères espagnol, José Manuel Albares, qui ont été reçus à Alger en fin de semaine, ont exprimé leur souhait que l’Algérie puisse injecter de nouvelles quantités supplémentaires de gaz dans ces deux gazoducs, voire de nouvelles quantités de GNL.
Le premier, le Transmed, qui n’est pas entièrement rempli selon la presse, a permis à l’Italie d’enlever 20 milliards de mètres cubes en 2025. Sa capacité de transport de gaz est de 33 milliards de mètres cubes par an. Le second est quasiment saturé.
Sur les 10 milliards de mètres cubes de capacité de transport du Medgaz, l’Espagne enlève 9 à 10 milliards de mètres cubes. L’Algérie livre également des quantités moins importantes de GNL à ces deux pays.
Donc plus de 30 milliards de mètres cubes de gaz algérien sont injectés sur le réseau européen à travers uniquement ces deux pays. L’Allemagne, le Portugal, la Tchéquie et la Slovénie sont également des clients de l’Algérie avec des quantités beaucoup moindres. L’Algérie s’impose donc comme l’un des fournisseurs majeurs de l’UE en gaz. La relation entre l’Algérie et l’UE dans le domaine énergétique reste stratégique.
Dans ses perspectives moyen et long terme, l’Union européenne compte consolider cette relation stratégique. Elle table sur l’Algérie dans sa politique de diversification de ses clients en matière d’approvisionnement en gaz.
Mais l’Algérie attend de ses partenaires européens des investissements pour réaliser son important potentiel en hydrocarbures et puisse continuer à dégager d’importantes quantités, voire plus substantielles, vers le marché européen.
Il convient de signaler ici que cette stratégie ne se limite pas au gaz. L’Algérie est sollicitée pour approvisionner dans le futur en hydrogène vert et en électricité verte.
Mais avant d’aborder ces deux perspectives, il convient de noter comme actes concrets vers la consolidation de cette coopération entre les deux parties qu’une délégation de la Commission européenne et du European External Action Service a effectué une visite à Alger du 23 au 26 mars 2026.
Potentiel algérien en énergie solaire
Cela viendrait à « confirmer la volonté commune de renforcer le partenariat et la coopération entre l’Union européenne et l’Algérie».
«Cette mission a permis de tenir le dialogue économique UE-Algérie conduit par la Directrice générale adjointe de EU Economy and Finance ainsi que plusieurs sous-commissions techniques dans le cadre de l’accord d’association entre l’Algérie et l’UE », lit-on dans le communiqué de la Commission européenne à Alger. Dans la pipe de ce renforcement de la relation entre l’Algérie et l’UE, deux grands projets : South H2 Corridor et Med Link.
Ces programmes devraient placer l’Algérie comme acteur majeur sur le marché de l’hydrogène européen. L’ouvrage de transport de l’hydrogène reliera l’Algérie à l’Italie, l’Allemagne et l’Autriche.
Les partenaires dans ce projet sont Sonatrach, Sonelgaz, l’Allemande VNG, les italiennes Snam et Sea Corridor et l’autrichienne Verbund Green Hydrogen. Selon le cluster énergie solaire, la capacité à installer pour ce projet entre 2030 et 2040 est de 40.000 MW entre solaire et éolien.
Le second projet est la réalisation d’un câble électrique dénommé Medlink transportant l’électricité verte d’Algérie vers l’Italie, rejoignant le réseau électrique européen.
La capacité à installer, selon la même source, entre énergie solaire et éolien est de 10.000 MW entre 2027 et 2030. L’Espagne est également intéressée par la réalisation d’un câble électrique sous-marin.
L’Algérie pourrait irriguer l’Europe par plusieurs corridors et devenir la pile du Vieux Continent à moyen et long terme pour peu que les financements et le dynamisme soient au rendez-vous pour transformer cette ambition en réalité.
K. R.







