La commune de Taguedite, la plus vaste de la wilaya de Bouira, avec une superficie de 261 kilomètres carrés, à l’extrême sud-est de la wilaya du territoire, accueille le projet de relance du Barrage vert dans sa partie septentrionale, là où se côtoient les terres de parcours et les terres improductives, juste après la latitude qui limitent la forêt dans sa zone étendue à peine sur 1000 ha.
Par Amar Nait Messaoud
Depuis 2023, des chantiers de plantation, d’aménagement de piste, d’ouverture de pistes, de construction de seuils de correction torrentielle et d’aménagement de sources d’eau sont installés ici, mobilisant une main-d’œuvre locale restée longtemps en attente d’un improbable emploi dans cette région située à la limite des wilayas de Msila et Bordj Bou Arréridj et qui est distante d’environ 70 km du chef-lieu de la wilaya de Bouira.
La commune relève de la daïra de Bordj Okhriss dont le chef-lieu est à 11 km de distance. Sur le plan historique, c’est un territoire de l’ancien aârch de Ouled M’Sellem.
Parce qu’un marché hebdomadaire se tenait jadis chaque jeudi dans l’actuel chef-lieu de commune, ce dernier était appelé Souk El Khemis, un toponyme qui n’a pas complètement disparu chez les populations de la région.
Une langue de terre vaste, dénudée, accessoirement vallonnée, fermée dans sa partie d’extrême sud par les falaises de M’hezzem Lekbir. Dans le corps de ce mont, s’ouvre une anfractuosité qui laisse passer la rivière Targa vers les vastitudes steppiques jusqu’à se perdre dans la dépression de Chott El Hodna, à 15 km au sud de la ville de M’Sila.
Le mont M’hazzem est flanqué à l’ouest par une autre masse rocheuse imposante, Keskes Bousbaïne, dont la partie la plus basse laisse passer une piste rocailleuse rappelant étrangement les regs du désert.
La population, forte de ses 14 000 habitants, répartie sur plus d’une dizaine de villages et de hameaux, vit essentiellement de l’élevage ovin en régime extensif. Néanmoins, hormis l’année exceptionnelle en cours, la sécheresse a laissé ses empreintes presque indélébiles sur le sol, sur le couvert végétal, sur le cheptel et sur l’économie des ménages.
Les fourrages ont été réduits à la portion congrue sur les terres de parcours dont la superficie est de 5919 ha. Faisant une nette incursion dans l’aire écologique de la steppe, la commune de Taguedite abrite un patrimoine alfatier réparti en mosaïque.
Avant le grand cycle de la sécheresse qu’a vécu la région, l’alfa se répartissait sur une superficie de 7822 ha. Elle faisait nourrir les foyers, aussi bien en tant que plante fourragère que productrice de fibre végétale comme matière première de l’activité des vanniers (fabricants de nattes, paniers…).
L’alfa (Stipa tenacissima) est une graminée vivace des zones arides, utilisée comme fourrage d’appoint, notamment pour ovins et les caprins, même si sa valeur nutritive est relativement faible. Sont consommés par le bétail ses jeunes pousses, son inflorescence (fleur) et la base de ses gaines.
La surconsommation des fourrages naturels par un élevage ovin, de type extensif, sur ces collines ou ces maigres pénéplaines qui appartiennent aux derniers contreforts de l’Atlas tellien, a chamboulé l’économie locale au cours de ces deux dernières décennies. Surconsommation signifie un rythme de consommation des fourrages plus important que le rythme de leur régénération.
La régénération a été compromise par une réduction drastique de la pluviométrie annuelle. En temps normal, dans cette zone à la limite de l’aridité, la moyenne des pluies annuelle est située entre 200 et 250 mm. Au cours de la dernière décennie, cette moyenne est descendue parfois à 80 mm.
Les agriculteurs qui s’« aventuraient » à cultiver des céréales, avec des rendements de 8 à 10 quintaux/ha, ont complètement abandonné cette culture, d’autant plus qu’elle a contribué à fragiliser les sols sans aucune contrepartie. D’où un processus de désertification qui s’est accéléré, réduisant à néant les sources de résurgence, les puits et les forages.
C’est pourquoi l’alimentation en eau potable de la majorité du territoire de la commune de Taguedite est actuellement assurée par l’adduction à partir du barrage de Tilesdite située au pied du Djurdjura, dans la commune de Bechloul.
La Ceinture oléicole se renforce
Faisant partie du périmètre du Barrage vert (95 000 ha sur le territoire de la wilaya de Bouira), la commune de Taguedite n’a pas été touchée par les travaux du premier projet. Ce dernier, réalisé par l’ANP (entre 1982 et 1989), s’était concentré sur les communes de Sour El Ghozlane, Dirah et accessoirement El Hakimia.
Sa relance, depuis 2023, touche sept communes et confère une place de choix à Taguedite, principalement sur une zone de parcours, le mont Touila, qui surplombe le village steppique de Zbara.
Là, les plantations pastorales (avec l’espèce atriplex halimus) côtoient les reboisements forestiers (pin d’Alep et cyprès), les plantations en feuillus destinés à la fixation biologique de berges (eucalyptus, robinier, peuplier…) et les seuils de corrections torrentielles destinés à protéger des inondations les terrains agricoles en aval ainsi que l’agglomération de Zbara.
La nouvelle vision du Barrage vert porte l’ambition d’intégrer les populations et l’économie rurale dans la stratégie de la lutte contre la désertification, seule voie à même d’assurer la réussite du projet.
En effet, les foyers ruraux ont bénéficié de plantations fruitières, principalement constituées d’oliviers, s’ajoutant aux oliveraies réalisées dans la même région dans deux projets importants au cours de ces vingt dernières années, à savoir le Projet d’emploi rural (PER2), avec cofinancement de la Banque mondiale, et le projet de la Ceinture oléicole réalisée par le Haut Commissariat au développement de la steppe (HCDS) dont la majorité occupe le plateau de Chréa, Ouled Yahia, Guern Safia.
Avec de telles réalisations, le patrimoine oléicole de la wilaya de Bouira bénéficie d’une nette extension vers la zone des Hauts Plateaux où, en plus de sa valeur économique directement exploitable, il est intégré dans la stratégie de lutte contre la désertification.
A. N. M.







