La production industrielle des textiles a connu un déclin de près de 27% (26,6%) entre mars et juin 2020, alors que celle des industries des cuirs et chaussures a été divisée par plus de deux, chutant de 54,7% à plus de70%. C’est le secteur « Cuir » qui a été le plus touché par la mondialisation, les importations sauvages et le manque d’organisation. Si le secteur textile s’est avéré moins fragile que prévu, parce qu’une industrie performante et compétitive, à contrario celui du cuir est déjà engoncé dans des problèmes liés au manque de matière première et à une baisse drastique des investissements.
Par Réda Hadi
C’est dans l‘optique de sa relance effective et pérenne, que le comité de concertation et de dialogue social de la filière «Cuir et textile», entre le ministère de l’Industrie et l’UGTA, vient d’être installé. L’objectif visé par la création de ce comité est d’identifier les problématiques et les difficultés qui entravent le développement de la filière afin de trouver des solutions et de mettre en place une démarche pour assurer la pérennité de ces activités.
L’installation de ce comité a, néanmoins étonné bon nombre d’économistes, qui notent que les problèmes de ces deux filières sont déjà recensés et connus, et que ce genre d’actions ne sert nullement à leurs épanouissement, à un moment où la compétitivité rime avec réactivité.
Chennane Mourad, un producteur de chaussures de Médéa, estime que «ce type d’action nous ramène à une époque révolue, où chaque problème devait être solutionné par une série de réunions interminables qui ne faisaient que perdre du temps. De nos jours, il faut agir vite»
Déjà très malmené par des exportations tous azimuts, le cuir (chaussures et vêtements) en Algérie, souffre de la défiance des clients, et d’une technologie obsolète dans les procédés de tannage, ainsi qu’un mauvais ramassage des peaux. « De plus» nous fait remarquer M. Chennane «Avec le Coronavirus, la situation a eu des retombées dramatiques sur les fabricants de la chaussure. Il faut comprendre, nous dit-il, que les entreprises algériennes de la chaussure travaillent deux saisons par an, à la rentrée des classes et à la période de l’Aïd. Nous n’avons pas, de ce fait, de revenus réguliers». S’agissant du secteur «textile», celui-ci déjà titubant, malgré de multiples plans de relance, a vu sa situation s’aggraver davantage avec la pandémie liée au Coronavirus. Il faut savoir que les importations ont accaparé près de 90% du marché, et la production locale ne représente qu’environ 6% des parts du marché local.
Pour Benyoucef Zenati, secrétaire général de la FNTTC, questionné par des confrères, il estime que «si on prend toutes les mesures demandées, le secteur des cuirs et textile, qui emploie actuellement 13 000 travailleurs, pourrait contribuer considérablement à la résorption du chômage, à la diversification des exportations et à tirer vers le haut la croissance économique»
L’installation de ce comité participera-t-elle à la résolution des problèmes qui empoisonnent ces deux secteurs ? L’expert en économie Billel Aaouali relève que «ce genre de réunions ne peuvent être que de la poudre aux yeux, et ne sont nullement un aboutissement d’une projection tant économique que politique, à long terme»
R.H.
Billel Aouali expert en économie : «On a mis la charrue avant le bœufs»
Si pour beaucoup d’observateurs, le déclin de l’industrie du cuir en Algérie est un fait constaté, et si relance il peut y avoir, elle sera d’autant plus longue à atteindre par manque de volonté politique et par une défiance accrue envers le label algérien. Pour Billel Aouali expert en économie, c’est le résultat d’une politique économique de facilité, car on a commencé à importer avant de savoir bien produire. «On a mis la charrue avant les bœufs»
Eco Times : Quel peut être l’impact de l’installation du comité de concertation et de dialogue social de la filière «Cuir et textile», entre le ministère de l’Industrie et l’Ugta, sur ces deux filières, et en quoi cela peut-il être utile ?
Billel Aouali : Je ne sais pas s’il peut y avoir un impact car les problèmes sont déjà connus et certains même ont fait l’objet d’un début de solution. Ce qui arrive maintenant est le résultat d’une vision borgne qui s’est limitée à juste réparer les pots cassés ; à un moment de notre parcours économique on a commencé à importer au lieu de savoir mieux produire. On a «désintéressé» les investisseurs par une réglementation trop lourde et un système économique dévoyé De ce fait, on a incité l’Algérien à consommer au lieu de mieux produire. On a donc perdu de notre technicité et de notre savoir-faire. Remonter la pente sera difficile
Que devrions-nous faire alors ?
La situation est peut être grave mais pas désespérée. On peut redresser la barre pour peu d’avoir une volonté politique certaine, mais entreprenante et surtout avoir le courage d’aller jusqu’au bout. Car, quelque part, c’est cela qui nous manque. Chez nous, hélas, c’est toujours le verre à moitié plein. Dans le cuir et le textile, ce sont des entreprises familiales qui opéraient. Or dans beaucoup de ces entreprise, il n’y a pas de volonté forte d’expansion. On se contente d’avoir des revenus. De nos jours, la problématique s’est encore accrue avec des pouvoirs publics qui ont des réactions timides, qui n’encouragent en rien les investissements. Qui de nos jours voudrait entreprendre dans le textile ou le cuir, alors que les débouchées ne sont pas garanties ? En amont ou en aval, l’investisseur se retrouve face à une situation bloquée. On a perdu de notre attractivité et de notre compétitivité. Ajouté à cela, un Etat qui ne favorise en rien les exportations. Dans le cuir, par exemple, les procédés de tannage datent d’une autre époque. Qu’attendons-nous pour les reformater? L’Etat doit aussi intervenir par le biais d’aides efficaces. Il faut accompagner les gens à mieux mettre en valeur leurs produits, leur apprendre à suivre les courants du moment en matière de mode, par exemple, les aider à ouvrir des bureaux d’études, etc. Cela fera reprendre au consommateur le goût du «Made in Algeria»
Propos recueillis par Réda Hadi





