Pour comprendre la portée de cette offensive diplomatique et industrielle, il faut revenir sur l’identité des acteurs impliqués. DRB-HICOM Berhad, conglomérat fondé en 1996 à partir de la Heavy Industries Corporation of Malaysia, figure aujourd’hui parmi les groupes industriels les plus diversifiés de Malaisie, employant environ 47.000 personnes à travers les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique et de la défense, de la banque et des services postaux.
Sa filiale la plus emblématique reste PROTON, le constructeur automobile national malaisien créé en 1983 à l’initiative de l’ancien Premier ministre Mahathir Mohamad. Depuis 2017, PROTON a opéré un tournant stratégique majeur en s’associant au géant chinois Zhejiang Geely Holding Group, qui détient désormais 49,9 % du capital, aux côtés de DRB-HICOM qui conserve la majorité avec 50,1 %.
Cette alliance a permis à PROTON de moderniser sa gamme, notamment via le lancement des modèles X50 et X70, tout en consolidant sa position de première marque automobile malaisienne, avec une production dépassant les 150 000 unités annuelles ces dernières années.
Le groupe possède également MODENAS, son constructeur national de motocyclettes, partenaire du japonais Kawasaki.
La première rencontre rapportée par l’ambassade a réuni les dirigeants de DRB-HICOM et PROTON avec M. Boukerzaza Mohamed Lamine, représentant du ministère algérien de l’Industrie, ainsi que M. Debbache Abdelaziz Malek, représentant du Groupe industriel des ciments d’Algérie (GICA), acteur public engagé dans la diversification industrielle.
GICA et le ministère de l’Industrie en première ligne
L’échange a porté sur la mise à disposition d’infrastructures existantes pour d’assemblages, des étapes clés de la chaîne de production automobile.
L’enjeu affiché est clair selon le communiqué de l’ambassade de Malaisie en Algérie : accompagner l’Algérie vers son objectif stratégique d’un taux d’intégration locale de 30 % d’ici trois ans, une ambition centrale de la politique industrielle algérienne visant à réduire la dépendance aux importations de véhicules et à structurer une véritable filière de sous-traitance nationale.
Les équipes techniques des deux pays échangeraient déjà des plans industriels, tandis que la direction de DRB-HICOM évalue les montages financiers et technologiques les plus adaptés à ce projet.
Oran, future terre d’assemblage pour PROTON ?
Deuxième volet de cette séquence diplomatique : une rencontre à Oran avec M. Noura Mohamed, directeur d’Automotive Plant Algeria. Face à une demande annuelle du marché algérien estimée à 1,2 million de véhicules, ce dernier a proposé la création d’une coentreprise (joint‑venture) autour d’une unité de production déjà existante à Oran, dotée d’une capacité de 20 000 unités par an, en vue d’y accueillir de potentielles opérations d’assemblage pour PROTON.
Une option qui permettrait au constructeur malaisien de s’implanter rapidement sur le marché algérien sans recourir à des investissements de construction lourds, en s’appuyant sur un outil industriel déjà opérationnel.
Sur le segment des deux‑roues, MODENAS envisage pour sa part l’Algérie comme une porte d’entrée stratégique vers l’ensemble du continent africain, avec un projet de fabrication locale de châssis de motocyclettes conforme aux cadres réglementaires en vigueur.
Troisième temps fort de cette dynamique : une rencontre entre la délégation de DRB-HICOM et la SARL SODIVEM, acteur reconnu du secteur automobile algérien et partenaire exclusif de la marque Geely dans le pays, une proximité de marque qui n’est pas anodine, puisque Geely est justement l’actionnaire chinois de PROTON.
Les discussions ont mis en lumière les incitations gouvernementales algériennes destinées aux marques qui s’engagent dans une intégration industrielle domestique. Fait marquant de cette rencontre, SODIVEM a manifesté un intérêt concret pour un partenariat avec MODENAS autour de sa chaîne de production de motocyclettes déjà établie.
Prises isolément, ces trois rencontres pourraient sembler anecdotiques. Mises bout à bout, elles dessinent une stratégie cohérente de la Malaisie pour s’implanter durablement dans l’industrie automobile algérienne, en s’appuyant à la fois sur les leviers institutionnels (ministère de l’Industrie), sur les infrastructures industrielles existantes (Automotive Plant Algeria à Oran) et sur les réseaux de distribution déjà en place (SODIVEM).
Pour l’Algérie, engagée depuis plusieurs années dans une politique volontariste de développement de sa filière automobile et de réduction de sa facture d’importation, l’arrivée potentielle de PROTON et MODENAS constituerait un signal supplémentaire de l’attractivité du pays pour les investisseurs asiatiques, aux côtés des partenariats déjà noués avec d’autres constructeurs internationaux.
Reste désormais à transformer ces intentions affichées en accords formels et en unités de production effectivement opérationnelles.
S. I.





