L’Algérie devra relever des défis concurrentiels, environnementaux et logistiques afin de s’imposer durablement sur le marché international de l’acier.
Par Khaled Remouche
Le développement des gisements de Gara Djebilet constitue un enjeu stratégique pour l’Algérie. En clair, l’entrée en production récente de ces ressources minières considérées parmi les plus importantes au monde permet de consolider la position sa position comme acteur majeur sur le marché de l’acier en Afrique et dans le bassin méditerranéen.
L’acier produit en Algérie présentait déjà des atouts compétitifs indéniables : position géographique stratégique à proximité des pays consommateurs et les avantages des accords de libre-échange arabe (ZALE)et africaine (ZLECAF), énergie et main-d’œuvre à moindre coût.
L’apport du minerai de fer de Gara Djebilet permettra d’accroitre le taux d’intégration de l’industrie sidérurgique nationale et rendre l’acier algérien plus compétitif à l’échelle internationale, de développer ainsi une chaine de valeur 100 % algérienne du minerai de fer, son pré traitement, son enrichissement, sa transformation jusqu’aux laminoirs en rond à béton, fil machine, tubes, acier plat.
L’Algérie pourrait produire 12 à 12 millions de tonnes d’acier par an
Cela dit, quel est le positionnement de l’Algérie en Afrique et en Méditerranée ? Prenons les chiffres de 2024, les complexes de sidérurgie de Bethioua de Tosyali Algérie produisaient entre 6 et 7 millions de tonnes d’acier selon ces entreprises.
Leur capacité de 7 à 8 millions de tonnes aujourd’hui passera à 10 millions de tonnes annuellement en 2026- 2027 avec l’achèvement du complexe de tôles ou d’acier plat de Tosyali Algérie (capacité 2,5 millions de tonnes par an, laminés à chaud produits à partir de novembre 2024, laminés à froid produits à partir de septembre 2026).
Cette production et ces capacités placent l’Algérie sur le podium en Afrique et le top 10 en Afrique. En 2024, l’Algérie se plaçait en seconde position en Afrique après l’Egypte et en sixième position dans le bassin méditerranéen après la Turquie, l’Italie, la France, l’Espagne et l’Egypte.
Si AQS exécute sa seconde phase à savoir le passage d’une capacité de 2 à 4 millions d’acier et que le complexe d’El Hadjar arrive à s’approcher de sa capacité de 1,2 million d’acier par an, l’Algérie à moyen terme pourrait disposer d’une capacité de production 12 à 13 millions de tonnes d’acier par an. Tout cela consoliderait la position de l’Algérie comme acteur majeur dans le marché de l’acier en Afrique et en Méditerranée.
Dans un récent entretien à la presse nationale Alp Topcuoglu, le responsable de Tosyali évoquait sur un ton optimiste cette évolution positive : «Avec le minerai de fer de Gara Djebilet, l’Algérie pourra s’imposer sur le marché international. De statut d’importateur, le pays sera exportateur net de minerai de fer. L’accès à une matière première locale change l’équation économique. Cela permet de réduire les importations de minerai, de sécuriser les approvisionnements et de mieux maitriser les coûts. A terme, l’intégration du minerai de fer de Gara Djebilet renforcera la compétitivité de l’acier produit par Tosyali Algérie»
De telles avancées ne doivent pas occulter les défis que doit relever l’industrie sidérurgique nationale pour s’imposer durablement sur les marchés internationaux. Ces challenges sont d’ordres concurrentiels, environnementaux et logistiques.
Des challenges sont d’ordres concurrentiels
Même si Tosyali Algérie a pu exporter vers 25 pays en 2025, la politique des quotas de l’Union européenne pour sauvegarder sa sidérurgie freine l’expansion des exportations de Tosyali Algérie sur le marché européen en défit d’une forte demande de clients européens.
Ce problème posé à ce gros client devrait être réglé dans le cadre de l’accord d’association avec l’Union européenne. Concernant le défi environnemental, la production d’acier algérienne devra réagir face au mécanisme CBAM ou exigences européennes en matière d’environnement (taxe carbone) si elle veut continuer à développer ses exportations d’acier vers l’Union européenne.
Autrement dit, la tendance au cours des prochaines années est la production de l’acier vert. Tosyali a anticipé cette évolution en projetant une production d’hydrogène vert alimenté par l’énergie solaire avec Sonatrach et un partenaire étranger destiné au complexe sidérurgique de Bethioua. «Le green steel est un élément durable de la compétitivité des entreprises» concluait à ce propos Alp Topcuoglu.
Enfin, pour les contraintes logistiques, nos ports d’Oran, d’Arzew, de Mostaganem, de Jijel, d’Annaba devraient être armés pour réceptionner les gros navires et traiter les produits sidérurgiques destinés à l’exportation dans des délais plus rapides.
K. R.







