Le Kremlin a réagi à la prolongation par les États-Unis d’une dérogation autorisant l’achat de pétrole russe, en affirmant que le marché mondial de l’énergie ne peut pas se passer des volumes de brut russe, rapportait, hier, l’agence Reuters. Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, poursuit la même source, a souligné que la Russie reste un acteur « responsable et très important » sur les marchés énergétiques mondiaux, rendant ses volumes indispensables en cette période de turbulences. Qu’est-ce à dire ?
Par R. I.
Malgré le régime de sanctions internationales, les États‑Unis ont discrètement prolongé une dérogation permettant l’importation de volumes massifs de pétrole russe stocké en mer.
Pour le Kremlin, en effet, ce revers de la diplomatie américaine est l’aveu qu’une stabilité énergétique mondiale est impossible sans les ressources de Moscou.
Un «aveu de réalisme», selon le Kremlin
C’est une petite phrase de Dmitri Peskov qui a mis le feu aux poudres diplomatiques. Le porte‑parole du Kremlin, commentant le récent renouvellement par Washington d’une dérogation pétrolière en faveur de la Russie, n’a pas boudé son plaisir.
«On ne peut tout simplement pas ignorer les volumes russes», a‑t‑il affirmé, qualifiant la Russie d’«acteur responsable et indispensable» du marché énergétique mondial.
Pour Moscou, cette décision américaine — qui permet de débloquer des millions de barils actuellement en transit maritime — est la preuve que l’économie mondiale ne peut se passer de son brut.
Le Kremlin utilise ce pivotement technique pour briser l’image d’un pays isolé, rappelant que même ses adversaires les plus farouches sont contraints à une forme de pragmatisme lorsque le prix à la pompe menace la paix sociale domestique.
Les détails d’une « dérogation »
Le 17 avril dernier, l’administration américaine a en effet officialisé une extension de 30 jours (courant jusqu’au 16 mai) pour les transactions portant sur le brut russe chargé avant la mi‑mars.
Ce n’est pas une mince affaire : ce sont environ 100 millions de barils supplémentaires qui s’ajoutent aux 100 millions déjà autorisés précédemment. Au total, 200 millions de barils de pétrole russe, initialement visés par l’embargo, vont pouvoir intégrer les circuits de raffinage mondiaux.
Officiellement, Washington justifie cette mesure par la nécessité de stabiliser les marchés. Le conflit persistant au Moyen‑Orient a fait grimper les cours du baril à des niveaux critiques, menaçant de provoquer une récession mondiale.
En libérant ce pétrole « en transit », les États‑Unis espèrent injecter suffisamment de liquidités physiques sur le marché pour calmer la volatilité des prix, tout en précisant que cette mesure est temporaire et strictement encadrée techniquement.
13 milliards de dollars : le prix de la stabilité ?
Cependant, ce « réalisme » passe mal auprès des alliés de Washington. À Kiev, l’indignation est palpable. Les experts ukrainiens estiment que ces dérogations pourraient rapporter jusqu’à 13 milliards de dollars au Trésor russe. Une somme colossale qui, selon eux, servira directement à financer l’effort de guerre sur le front de l’Est.
L’opposition républicaine aux États‑Unis, ainsi que plusieurs capitales européennes, s’interrogent également sur la cohérence de la stratégie de sanctions. Si l’objectif affiché est d’asphyxier la machine de guerre du Kremlin, comment justifier l’achat de volumes de cette ampleur ?
De leur côté, plusieurs pays asiatiques, durement touchés par la crise énergétique, ont exercé une pression constante sur les États‑Unis pour assouplir les restrictions, craignant une rupture de leurs propres approvisionnements.
Cette affaire souligne la fragilité du consensus occidental sur les sanctions énergétiques. La Russie, forte de ses partenariats avec les puissances émergentes, a réussi à maintenir ses exportations de brut, même si elle a dû concéder des rabais importants.
Mais ce que montre l’épisode de la dérogation américaine, c’est que même sans rabais excessif, le brut russe demeure la pièce maîtresse d’un puzzle énergétique mondial que personne ne sait encore résoudre sans Moscou.
Alors que la période de dérogation se terminera à la mi‑mai, la question reste entière : Washington osera‑t‑il fermer définitivement les vannes au risque de voir le prix du carburant s’envoler à l’approche de scrutins électoraux cruciaux ? Pour le Kremlin, la réponse est déjà connue : le marché impose ses propres lois, et elles sont, pour l’heure, favorables à la Russie.
R. I.







