L’Algérie, qui veut renforcer sa sécurité alimentaire, s’est lancée dans un vaste programme de réformes, pratiquement, sur tous les fronts. Outre les efforts en cours pour l’augmentation des superficies cultivées et surtout des rendements pour les cultures stratégiques, à l’instar des céréales, l’État se penche également sur un autre dossier tout aussi important.
Par Akrem R.
Il s’agit de l’assurance agricole, notamment contre les risques climatiques. La recrudescence de ce phénomène devient de plus en plus «préoccupante » pour les agriculteurs. Ces catastrophes impactent lourdement les producteurs et endommagent leurs récoltes. Des pertes agricoles sont enregistrées annuellement dans certaines régions du pays.
En effet, la baisse de la pluviométrie, la sécheresse, les inondations, le verglas, les incendies et d’autres phénomènes sont autant de risques pouvant impacter négativement la production agricole nationale. Chaque année, des millions de DA sont décaissés du Trésor public pour la prise en charge des sinistrés dans ce secteur crucial.
Une situation qui ne pourrait perdurer encore, notamment avec la nouvelle orientation des pouvoirs publics, qui ont opté pour une approche plus structurée de la gestion des crises, en impliquant progressivement les assurances. Un secteur qui n’a pas encore pleinement joué son rôle dans la gestion des catastrophes naturelles.
C’est dans ce cadre que s’inscrit la réforme des assurances agricoles, visant à élargir la couverture du système pour inclure les différentes catastrophes naturelles résultant des changements climatiques.
Selon le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Yacine El-Mahdi Oualid, la nouvelle orientation consiste à passer progressivement de l’indemnisation conjoncturelle à un système d’assurance organisé et durable contre les catastrophes agricoles.
Lors d’une plénière à l’Assemblée populaire nationale (APN), consacrée aux questions orales et présidée par Ahmed Anouar Bouchouit, vice-président de l’APN, M. Oualid a indiqué que « la Caisse nationale de mutualité agricole (CNMA) s’emploie à développer et à moderniser ses produits d’assurance afin d’offrir une protection totale contre les risques climatiques, à travers de nouvelles formules adaptées couvrant tous les produits agricoles, végétaux et animaliers, notamment la filière céréalière, l’une des plus exposées aux changements climatiques ».
Un nouveau système d’assurance contre les risques climatiques
En effet, un nouveau système d’assurance contre les catastrophes dues aux changements climatiques, telles que la sécheresse et les vents, a été proposé et « se trouve actuellement en cours d’examen ».
Il viendra s’ajouter aux formules d’assurance classiques proposées par la CNMA via ses antennes locales, qui couvrent déjà plusieurs risques, tels que le gel, les incendies, les inondations et la baisse de rendement, a-t-il ajouté.
Ainsi, « la CNMA procédera au lancement de nouvelles offres d’assurance, en tenant compte des différentes problématiques et catastrophes naturelles auxquelles les agriculteurs sont fréquemment exposés ces dernières années », selon le ministre.
Dans ce contexte, M. Oualid a relevé la recrudescence récente des effets négatifs des intempéries sur le secteur agricole, notamment l’allongement des périodes de sécheresse, la faible pluviométrie, les glissements de terrain, la hausse des températures et la baisse de la production, en particulier pour les cultures dépendant des systèmes d’irrigation pluviale.
Cela a poussé à intensifier les efforts pour accompagner les agriculteurs et les sensibiliser à l’importance de généraliser les systèmes agricoles modernes et à la nécessité d’assurer leur activité.
À cette occasion, M. Oualid a présenté un bilan de l’activité de la CNMA dans le domaine de l’assurance contre les catastrophes agricoles, qui a permis l’indemnisation de 4 233 agriculteurs assurés dans 40 wilayas en 2024, pour un montant dépassant 387 millions de DA, contre 133 millions de DA en 2023 pour 33 wilayas.
Il a également mentionné l’indemnisation des agriculteurs affectés par la sécheresse en 2023, touchant 892 communes dans 34 wilayas, ce qui leur a permis de poursuivre leur activité et d’assurer leurs revenus, cette indemnisation ayant été prise en charge par le Trésor public, le système d’assurance ne couvrant pas le phénomène de la sécheresse.
Il est à noter que la branche agricole est peu développée en Algérie, comme partout sur le continent africain, et ne représente que 3 % d’un marché d’assurance estimé à 1,2 milliard de dollars.
Un grand travail de sensibilisation des agriculteurs reste à faire afin de développer cette branche et de mieux protéger les différentes filières agricoles, dont les céréales. Des experts et professionnels du domaine des assurances ne cessent de souligner l’impératif pour les agriculteurs de se protéger contre les sinistres et les aléas climatiques.
Les responsables de la CNMA insistent également sur la nécessité de mettre en place de nouveaux dispositifs d’assurance adaptés, tenant compte de l’ampleur des calamités agricoles accentuées par les changements climatiques.
1,9 milliard de DA de chiffre d’affaires en neuf mois de 2025
Selon la dernière note du Conseil national des Assurances, au terme des neuf premiers mois de 2025, la branche « Agricole » enregistre un chiffre d’affaires de 1,9 milliard de DA, en progression de 22,5 %, soit une augmentation de 357,3 millions de DA par rapport au 30 septembre 2024.
Cette dynamique résulte de la signature de nouveaux contrats, suite à l’effort commercial fourni pour le développement de cette branche, ainsi qu’à l’amélioration des conditions climatiques dans les régions « Centre » et « Est », notamment durant les mois de mars et avril écoulés.
La croissance est globalement attribuable aux diverses sous-branches, avec une distinction particulière pour la sous-branche « Production animale », qui représente 44 % de la production globale de ladite branche et enregistre une hausse significative de 41,6 %, équivalente à 251,5 millions de DA en chiffre d’affaires.
La sous-branche « Production végétale » enregistre un chiffre d’affaires de 435,2 millions de DA, soit une hausse de 25,5 millions de DA (+6,2 %).
Cette progression est tirée par la garantie « Grêle », qui affiche un chiffre d’affaires de 26,6 millions de DA, avec une hausse exceptionnelle de 25,1 millions de DA. La sous-branche « Incendie & multirisques agricoles » enregistre une hausse de 71,9 millions de DA (+45,2 %), principalement portée par la garantie « Incendie des récoltes », qui enregistre une augmentation de 61,4 millions de DA (+94,7 %).
La sous-branche « Autres dommages agricoles » enregistre également, au cours des neuf premiers mois de 2025, un accroissement de son chiffre d’affaires de 14,5 millions de DA (+99,3 %). En termes de volume, la branche « Agricole » est marquée par la concrétisation de 61 208 polices d’assurance, en régression de 18,7 % par rapport aux réalisations de la même période en 2024.
A.R.







