Parmi les chantiers que doit lancer et réaliser le nouveau premier responsable de l’institut d’émission figure la digitalisation, l’introduction du dinar numérique, un système d’information unique et l’ouverture du marché à des sociétés spécialisées.
Le Président de la République a procédé à la nomination de Mohamed Lamine Lebbou comme nouveau Gouverneur. Une décision rendue publique par un communiqué officiel à l’issue du Conseil des ministres, réuni lundi. Quel est le parcours et le pedigree de M. Lebbou qui n’est pas un enfant de la «boîte», c’est-à-dire un cadre issu de la Banque d’Algérie et formé par elle ? Il n’a exercé aucune responsabilité à la Banque centrale.
Concernant ses diplômes, «il est titulaire d’une licence en sciences de gestion option finances décernée par l’Université d’Annaba, d’une maîtrise en économie industrielle et d’un DEA en analyses économiques», indique une source sûre. Chargé de clientèle à BNP Algérie et Société Générale Algérie, il devient après plusieurs années d’expérience dans les banques, Directeur Général de la BNA pendant deux ans à partir de 2024.
Plus récemment, il a occupé le poste de DG de BEA International avant d’être désigné nouveau gouverneur de la Banque d’Algérie, a ajouté la même source. Un profil hybride donc.
Le premier responsable de l’institut d’émission se trouve face au grand défi de modernisation de la Banque centrale, observe Nabil Djemaa, spécialiste financier contacté par Ecotimes. L’un des grands chantiers est la digitalisation des opérations de la Banque centrale.
Il faut savoir que la nouvelle loi sur la monnaie et le crédit présente, ajoute-t-il, comme principales nouveautés le développement de l’inclusion financière, l’introduction du dinar numérique et la digitalisation et l’ouverture du secteur à des sociétés spécialisées (PSP) chargées entre autres de digitaliser les systèmes Swift des banques commerciales.
Selon Nabil Djemaa, les textes d’application sur les bureaux de change, le dinar numérique, le marché des changes, le marché interbancaire et sur ces sociétés spécialisées ne sont pas encore promulgués.
L’autre chantier est l’uniformisation du système d’information bancaire. La Banque centrale doit disposer d’un système informatique unique qu’elle met à la disposition des banques commerciales.
Et donc dépasser la situation d’aujourd’hui où chaque banque commerciale s’est dotée d’un système d’information différent des autres banques commerciales et déconnecté des autres banques.
Le spécialiste prévient : «Mohamed Lamine Lebbou ne peut faire des miracles si la gestion de la Banque centrale reste administrée et ne dispose pas d’une autonomie de décision». Car une plus grande autonomie lui assure la crédibilité monétaire.
L’un des enjeux, relève-t-il, est le rôle d’inspection des banques commerciales par la Banque d’Algérie qui doit être renforcé pour éviter le problème qui se posait auparavant, celui du transfert illicite de devises.
Le nouveau Gouverneur de la Banque doit également accélérer l’application des normes Bâles III, des normes internationales que doivent appliquer aujourd’hui les banques centrales de chaque pays dans le monde. Ce sont des standards prudentiels internationaux. Il s’agit également pour le nouveau Gouverneur de bousculer les pratiques et les lenteurs administratives.
La Banque d’Algérie doit veiller à ce que les banques commerciales allouent les crédits à leur clientèle dans des délais réduits et non pas après trois, six mois, un an dans plusieurs cas. Il s’agit également de moderniser la supervision bancaire.
La Banque centrale doit également encourager l’introduction de nouveaux instruments financiers en coordination avec la COSOB, le Trésor, comme de nouvelles obligations, les SICAV et les fonds communs de placement. Elle doit contribuer à solutionner la faible culture financière en Algérie.
Selon le spécialiste, il faudrait, en outre, une réforme du commerce extérieur. La domiciliation bancaire devra être supprimée. Ce qui pourrait assurer une plus grande fluidité dans les circuits du commerce extérieur. Le contrôle des opérations d’importation pourrait s’effectuer à travers l’analyse des factures, des flux financiers et d’autres documents nécessaires à l’acte d’importation.
K. R.







