Le ministre des Finances, Abdelkrim Bouzred, a répondu, mardi soir, aux préoccupations des députés concernant le projet de loi de finances (PLF) 2026, notamment, la question de l’augmentation du déficit budgétaire.
Par Akrem R.
En effet, dans une intervention marquée par la franchise et la pédagogie, l’argentier du pays a tenu à rassurer les élus de la chambre basse (APN) sur la solidité des équilibres économiques et budgétaires du pays, indiquant que les données macroéconomiques ayant servi à l’élaboration du PLF 2026 «ne sont ni approximatives ni exagérées, mais reflètent la réalité d’une économie en voie de diversification».
Il a rappelé que l’Algérie est désormais engagée dans une phase de croissance soutenue, tirée par les secteurs hors hydrocarbures, et qu’elle a su maintenir ses équilibres externes tout en maîtrisant l’inflation.
Doté d’un budget estimé à 17 000 milliards de DA, le PLF 2026 se veut une réponse à la volonté des pouvoirs publics de soutenir la croissance économique du pays et de répondre aux besoins des citoyens en matière de développement et de qualité de vie. Selon le ministre, ce projet de loi s’inscrit dans une démarche réaliste, responsable et tournée vers la croissance et la justice sociale.
Pour lui, «le budget de 2026 n’est pas le plus grand budget de l’État depuis 1962, mais c’est simplement une évolution normale et continue, comme le veut toute dynamique économique saine».
«Le budget 2026 a donc été élaboré sur cette base, conformément à la politique de suivi et de stabilité économique adoptée depuis plusieurs années, ayant permis de maintenir un équilibre externe et des taux d’inflation maîtrisés. Je tiens à rassurer les députés : nous sommes sur la bonne voie», a-t-il rassuré.
D’autre part, le ministre a rappelé que le budget a été financé sur la base de 70 % de la consommation de l’année dernière, alors que «le déficit budgétaire prévu pour 2026, estimé à environ 5 000 milliards de DA, sera financé par la dette intérieure, un mécanisme classique utilisé dans la plupart des pays, sans incidence sur les prix et les taux d’inflation», précisant qu’« il n’existe aucune dette extérieure en Algérie ».
Le ministre s’est étalé largement sur cette question, en expliquant que la situation budgétaire du pays est toujours sous contrôle. «L’Algérie n’a aucune dette extérieure, et notre niveau d’endettement interne reste largement soutenable», a-t-il insisté.
En effet, et selon les chiffres du ministre, la dette publique actuelle est strictement interne, s’élevant à 18 000 milliards de DA et non 20 000 milliards comme cela a parfois été rapporté.
Dans le détail, 8 000 milliards de DA proviennent du financement des anciens déficits budgétaires, cumulés au fil des exercices, 6 000 milliards de dette non conventionnelle pour l’année 2017, et 3 500 milliards de DA représentant les crédits destinés aux entreprises publiques, notamment Sonelgaz, pour financer les projets de production d’électricité et les stations de dessalement, précise M. Bouzred.
S’agissant des dispositions du règlement fiscal volontaire proposé dans le projet de loi, permettant aux commerçants et opérateurs de régulariser leur situation en payant 10 % des sommes déclarées, le ministre a affirmé qu’il s’agit d’une expérience différente de celle de 2016 «où les résultats escomptés n’avaient pas été atteints», notant que l’article relatif au traitement des arriérés fiscaux impayés vise à améliorer le recouvrement fiscal.
Réformes fiscales : régularisation et transparence
Parmi les mesures phares du PLF, M. Bouzred a évoqué la régularisation fiscale volontaire, destinée à offrir aux opérateurs la possibilité de se remettre en conformité en payant une pénalité de 10 % sur les montants non déclarés.
Cette démarche, a-t-il expliqué, «n’a rien à voir avec l’opération de 2016, qui visait la réintégration de fonds non bancarisés. Elle s’inscrit dans une logique de moralisation et de modernisation de la relation entre l’administration fiscale et le contribuable».
Pour illustrer ses propos, il a affirmé, à titre d’exemple, qu’un commerçant disposant d’un registre et d’un numéro d’identification fiscale, mais qui n’a jamais fait de déclaration, peut désormais régulariser sa situation en payant 10 % du montant qu’il déclare. Cette mesure vise à élargir la base fiscale, à moraliser l’activité économique et à inciter les opérateurs à sortir de l’informel.
Autre réforme majeure : l’amendement de la loi monétaire et bancaire, qui relève de 10 % à 20 % le plafond d’avance du Trésor public auprès de la Banque d’Algérie.
Cette mesure, selon le ministre, «aligne la législation nationale sur les pratiques internationales» et permettra d’inclure les recettes pétrolières dans la base de calcul, ce qui n’était pas le cas auparavant.
Le ciblage des subventions : une priorité
Sur la question du système de subventions, le ministre des Finances a rappelé que la mise en place d’un dispositif de ciblage précis nécessite d’abord une numérisation complète des administrations. «Le soutien doit aller à ceux qui en ont réellement besoin, mais cela suppose des bases de données interconnectées. Nous avançons rapidement dans cette direction», a-t-il assuré.
Il est à rappeler que la loi de finances 2022 prévoyait la mise en place d’un comité national chargé de proposer un système plus efficace de gestion des subventions. Ce comité n’a finalement pas été installé, ce qui s’est avéré bénéfique, car le pays n’était pas encore prêt à appliquer un système aussi complexe, affirme le ministre, précisant qu’aujourd’hui, la priorité est donnée à la numérisation des administrations pour créer une base de données complète et interconnectée permettant d’identifier les véritables bénéficiaires.
À titre d’exemple, indique-t-il, un protocole d’accord a été signé entre le ministère des Finances et celui de l’Habitat pour permettre à l’administration du logement de consulter les biens immobiliers des demandeurs via l’Agence nationale du cadastre et la Direction des domaines.
Le ministre a ainsi souligné les progrès réalisés par la Direction des domaines de l’État, qui dispose désormais d’une base nationale des biens fonciers, et par la Direction générale des impôts, en voie d’achever la numérisation intégrale des dossiers fiscaux.
«Un système numérique intégré comprenant l’ensemble des dossiers des commerçants et des opérateurs économiques sera lancé d’ici la fin de l’année en cours, ce qui garantira davantage de transparence et empêchera toute manipulation des dossiers ou des droits de l’État et des citoyens», a-t-il souligné, annonçant l’arrivée prochaine du livret foncier électronique muni d’une puce sécurisée, qui marquera une avancée majeure dans la modernisation de la gestion domaniale.
Vers une exécution budgétaire dématérialisée
S’agissant de l’exécution du budget, le ministre a indiqué qu’elle connaîtra, dès le début de l’année prochaine, une transformation radicale, consistant en un recours total aux transactions électroniques, ce qui facilitera le paiement des salaires, la collecte des statistiques et le suivi des opérations financières, la numérisation devant s’étendre ultérieurement à la Trésorerie publique.
La numérisation des opérations d’exécution budgétaire permettra l’amélioration de la gestion des liquidités, notamment en ce qui concerne les créances des entreprises et les opérations d’investissement.
«Grâce au système de suivi électronique, le Trésor pourra identifier les entités n’ayant pas utilisé les fonds qui leur ont été alloués, permettant ainsi une meilleure maîtrise des dépenses et une utilisation plus efficiente des deniers publics», a-t-il souligné.
Cette réforme permettra, selon lui, de suivre en temps réel l’exécution budgétaire, d’accélérer le paiement des prestataires et d’améliorer l’efficacité de la dépense publique, notamment pour les projets d’investissement.
Par ailleurs, Abdelkrim Bouzred a indiqué que son ministère œuvre à la révision et à la simplification des procédures relatives aux marchés publics dans le cadre de la nouvelle loi sur les marchés publics de 2023. Il a précisé que le décret exécutif de cette loi n’a pas encore été publié en raison de l’introduction d’amendements visant à simplifier les procédures.
Les amendements permettront de tenir compte des spécificités des régions du Sud, a affirmé le ministre, ajoutant que le ministère «aspire à mettre en place un système consacré aux marchés publics dans le Sud». Il a souligné que «les amendements garantiront l’efficacité de l’exécution des projets et leur suivi sur le terrain».
En conclusion, Abdelkrim Bouzred a réaffirmé la détermination du gouvernement à poursuivre les réformes économiques et financières dans un esprit de rigueur et de transparence : «Le projet de loi de finances 2026 repose sur des fondements réalistes et sur une approche responsable. Notre objectif est clair : garantir la stabilité macroéconomique, renforcer la justice sociale et consolider la confiance dans la gestion publique».
A. R.







