Alger s’apprête à confirmer une hausse de 12,5 % du débit du gazoduc Medgaz la reliant à l’Espagne, et ce dans un contexte de flambée des prix de l’énergie et de rapprochement diplomatique avec Madrid. C’est ce que rapporte le quotidien Espagnol «The Objective».
Par K. Boukhalfa
En effet, les autorités algériennes ont informé le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, de leur accord pour augmenter les livraisons de gaz naturel à l’Espagne via le gazoduc Medgaz, selon des sources diplomatiques citées par The Objective.
Concrètement, le débit quotidien passera de 28 à 32 millions de mètres cubes par jour, frôlant ainsi la capacité maximale de l’infrastructure — soit une progression de 12,5 % qui reflète la solidité du partenariat énergétique algéro-espagnol.
Cette décision intervient dans un contexte international particulièrement sensible. Le gouvernement espagnol avait formulé cette demande à Alger plusieurs semaines auparavant, après l’escalade des tensions militaires entre les États-Unis, l’entité sioniste et l’Iran.
Les hostilités ont provoqué une forte tension sur les marchés énergétiques mondiaux : le prix du gaz sur le marché de référence européen TTF aux Pays-Bas a bondi de plus de 23 % en l’espace d’une semaine, atteignant 67,3 € par mégawattheure, avant de se stabiliser autour de 55 €.
Par ce geste, Alger entend récompenser la position adoptée par l’Espagne au Moyen-Orient, tant sur le dossier de Gaza que dans le cadre du récent conflit avec l’Iran — une posture diplomatique que l’Algérie juge équilibrée et conforme aux intérêts des peuples de la région.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En novembre dernier, l’Algérie s’est imposée comme le premier fournisseur de gaz naturel de l’Espagne, assurant 45,2 % des livraisons totales, loin devant les États-Unis (24 %), la Russie (11 %) et le Nigeria (3,4 %), selon les données du Bulletin statistique d’Enagás.
Sur l’ensemble de l’année, l’Algérie consolide une part de marché de 35 %, grâce à un acheminement via le Medgaz et par voie maritime à bord de méthaniers.
Avantage concurrentiel
Cet avantage concurrentiel repose en grande partie sur la nature même de l’infrastructure gazoduc : contrairement au gaz naturel liquéfié (GNL) acheminé par voie maritime, qui s’oriente systématiquement vers les marchés offrant les prix les plus élevés, le gaz transporté par pipeline sous-marin garantit une stabilité d’approvisionnement précieuse, à des coûts plus compétitifs.
Pour l’Espagne, cette équation est décisive dans sa stratégie de diversification et de sécurisation de ses approvisionnements.
Pour concrétiser cette hausse de débit, Alger aurait même ordonné à ses principales entreprises de suspendre temporairement leurs exportations afin d’accroître les volumes destinés à l’Espagne — un arbitrage significatif qui témoigne de la priorité accordée à ce partenariat.
Cette coopération énergétique s’inscrit dans un mouvement de normalisation diplomatique plus large entre les deux pays. Après 28 mois de crise diplomatique ayant coûté quelque 3,2 milliards d’euros aux entreprises espagnoles — dont des exportations effondrées de 1,88 milliard d’euros en 2021 à seulement 332 millions en 2023 — les relations commerciales ont repris leur cours en 2024.
La visite d’Albares à Alger revêt dès lors une portée symbolique considérable. Depuis sa prise de fonctions il y a près de cinq ans, le chef de la diplomatie espagnole ne s’était rendu en Algérie qu’une seule fois, en 2021.
Une tentative en février 2024 avait même été annulée à la dernière minute, le président Tebboune n’ayant pas prévu de le recevoir. Le contexte est aujourd’hui radicalement différent.
Sa visite devrait également permettre d’avancer sur la question d’un sommet bilatéral entre Pedro Sánchez et Abdelmadjid Tebboune, dont le lieu — Madrid ou Alger — reste encore à déterminer. Le président algérien ne s’est jamais rendu en Espagne depuis son arrivée au pouvoir en décembre 2019.
Une chose est certaine : à l’heure où l’Europe scrute anxieusement ses approvisionnements énergétiques, l’Algérie confirme son rôle de partenaire stratégique fiable — et indispensable — pour la péninsule ibérique.
K. B.







