Le plastique, aux atours avenants, renferme cependant des substances dangereuses pour notre état général. Symbole de confort et article de consommation de masse, il est omniprésent dans nos vies : tissus, emballages, véhicules, jouets, vaisselle, sacs de courses… Et pourtant, son utilité pratique s’avère être un poison pour l’humanité. Il connait une ascension exponentielle, parce qu’il séduit les utilisateurs. En moins de soixante-dix ans, sa production a été multipliée par plus de deux cents. Né de l’industrie pétrolière et adoubé par des consommateurs naïfs, il accompagne les tâches journalières : faire ses achats, protéger ses denrées, embellir ses fêtes. Cependant, il n’est pas biodégradable et met plusieurs siècles à disparaître : un fléau aux conséquences économiques et sociales considérables.
Par L. HAMIDI
Chaque année, des millions de tonnes de substances toxiques finissent dans les océans, emportées par les tempêtes et les vents violents. Ces quantités abyssales fragilisent gravement la flore et la faune marines, dérèglent les écosystèmes et portent atteinte à notre bien-être.
Des étendues entières de mer sont recouvertes de déchets flottants, affectant directement la biodiversité. Des tortues géantes, classées parmi les espèces protégées, avalent sacs et gobelets.
Les volatiles, eux, meurent en ingérant des fragments décomposés qu’ils ne peuvent digérer. Quant aux poissons, ils absorbent des particules que l’on retrouve ensuite dans notre chaine alimentaire. Hormis les mers et les océans, les terres agricoles sont elles aussi envahies de bâches plastifiées, abandonnées à même le sol, souillant les paysages et infiltrant les nappes phréatiques.
L’air que nous respirons est également altéré, principalement par les fumées des incendies de forêt et par l’incinération d’ordures ménagères dans des dépotoirs illicites.
Comme elle ne se dégrade pas, la résine se fragmente progressivement en particules : des microplastiques et même des nanoplastiques, invisibles à l’œil nu, apparaissent alors. On en retrouve dans les bouteilles d’eau potable, le sel de table, mais aussi dans la nourriture du quotidien comme le miel ou la confiture. Tous présentent une similitude : la majorité est conditionnée dans des emballages polymérisés.
Plus préoccupant encore, des résidus ont même été détectés dans le sang humain, laissant perplexes la communauté médicale et les chercheurs.
Le rapport du PNUE de 2023 (programme des Nations Unies pour l’environnement) intitulé « tarir le flot : mettre fin à la pollution plastique et créer une économie circulaire à l’échelle mondiale », montre la magnitude et la nature des changements à opérer pour créer une économie circulaire qui ne soit pas nocive pour les humains et l’environnement.
Cette technique est un modèle qui vise à réduire le gaspillage en permettant aux producteurs de réutiliser les ressources de façon durable : au lieu de produire, de consommer et de jeter, ce système prolonge la vie des objets en favorisant leur recyclage et leur réintroduction dans le cycle de production.
Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme, nous rappelle le père de la chimie moderne, Laurent de Lavoisier.
Les conséquences cliniques sur les individus restent mal connues, mais elles constituent néanmoins un risque émergent pour notre hygiène. Des études scientifiques suggèrent que le polymère, en se fragmentant, peut libérer des agents chimiques nocifs.
Parmi eux figurent des perturbateurs endocriniens : le bisphénol A, utilisé dans la production de polycarbonates, est spécialement suspecté d’affecter la fertilité masculine, de provoquer des déséquilibres hormonaux et d’entrainer des troubles de l’ovulation chez la femme. Il est pareillement associé à l’obésité, au diabète et à divers cancers.
De plus, les fragments inhalés ou ingérés pourraient être responsables d’inflammations, en particulier pulmonaires et intestinales.
Cette nuisance sanitaire représente un coût économique et écologique colossal. Les Nations-Unies, tout en tirant la sonnette d’alarme, estiment qu’elle entraine chaque année des pertes de plusieurs centaines de milliards de dollars : la baisse de revenus des pêcheurs, confrontés aux rejets organiques et chimiques, la diminution du nombre de touristes en raison de paysages dégradés, dommages directs et indirects causés aux biosystèmes, dépenses engagées pour la dépollution des sites et des monuments.
Des régions entières d’Afrique et d’Asie sont aujourd’hui submergées de déchets importés des contrées développées. Cette invasion empoisonne les populations autochtones, provoquant maladies respiratoires et affections cutanées, conséquence directe des fumées toxiques provenant de la combustion et de la manipulation de ces matières.
Pour gagner le maigre revenu d’une journée de survie, des familles complètes vivent au milieu de décharges à ciel ouvert, véritables montagnes pestilentielles où s’accumulent des matériaux synthétiques et agents organiques néfastes.
Devant ce spectacle de la désolation, des enfants dont l’âge oscille parfois entre huit et dix ans fouillent dans les ordures, espèrent dénicher quelques objets qu’ils pourraient revendre à des intermédiaires de l’ombre, lesquels les écoulent ensuite à d’autres, jusqu’à atteindre les sphères de la criminalité et de la contrebande en tous genres.
En certains lieux du monde, la chaine de la honte, de la misère et de l’exploitation semble s’étendre à l’infini, entretenue par l’indifférence des autorités locales, incapables de briser ce cercle infernal.
En agissant de la sorte, le Nord transfère sa souillure vers le Sud, tout en nourrissant les trafics internationaux et les réseaux criminels qui en tirent profit. Où est cette conscience qui exporte ses rebuts, après avoir recyclé une partie et incinéré le reste ? Outre leur impact sur notre vitalité, les composés artificiels pourrissent les sols, bouleversent la biodiversité et constituent un danger direct pour les animaux.
Ces derniers ingèrent des composés toxiques, (piles, métaux lourds ou aliments avariés) qui empoisonnent leur organisme. Ils attirent aussi des nuisibles vecteurs de maladies infectieuses et parasitaires, favorisant la prolifération de bactéries.
A cela s’ajoutent les risques physiques : des éclats de verre et des objets tranchants blessent chiens et chats, fidèles compagnons de l’homme et proches de toujours, tandis que des oiseaux s’asphyxient ou s’emmêlent dans les plastiques issus des serres agricoles. Tous ces déchets, dommageables pour l’humain et la nature ont un dénominateur commun : la plupart proviennent des dérivés de l’industrie pétrolière.
Des lobbys puissants freinent l’émergence de produits de substitution, découlant du pétrole et du gaz, car des intérêts économiques majeurs sont en jeu. Dès lors, la grande distribution comme l’industrie alimentaire continuent de s’approvisionner auprès de ces acteurs, faute d’alternatives viables pour soutenir leurs activités.
Face à cette catastrophe écologique qui menace la richesse faunistique et floristique, tout en altérant l’harmonie des milieux naturels, plusieurs pays, dont certains sont dépourvus de moyens financiers ou de technologies adaptées, ont interdit les sacs jetables à usage unique.
L’union européenne, et des Etats comme le Rwanda et le Kenya en Afrique, figurent parmi les pionniers. Parallèlement, des techniques innovantes sont expérimentées ici et là : plastiques biodégradables à base d’engrais, d’amidon ou même de champignons.
Des campagnes de sensibilisation, en réaction à cette plaie planétaire, ont de surcroit suscité l’adoption de règlementations plus strictes, imposant des règles contraignantes, limitant l’usage massif de matériaux plastifiés et partant opérant un changement de paradigme technologique.
Au total, le plastique, censé faciliter notre vie, hypothèque désormais notre avenir et nuit à notre santé, physique comme mentale. Ce qui fut un allié commode est devenu un cauchemar pour l’écosystème et l’homme.
Les fragments, qui souillent notre eau et contaminent nos aliments en se désagrégeant, survivront bien au-delà de notre existence et marqueront plusieurs générations.
Pour combattre ce péril, les organisations internationales et les associations de protection de la nature se doivent de redoubler d’efforts pour alerter et mobiliser les citoyens contre ces produits à l’apparence innocente, aux effets insidieux.
Ne pas céder à la logique économique et mercantile implique de transformer nos habitudes et d’exiger des gouvernants des décisions courageuses, capables de préserver notre patrimoine vert.
L’environnement n’est pas une poubelle : nos enfants, la nature, les animaux terrestres et marins ont besoin de sérénité et de quiétude, puisque nos destins sont indissociables. L’élaboration d’une nouvelle feuille de route est plus que jamais vitale.
L. H.
Docteur en droit







