En ce milieu de février 2026, l’économie mondiale vit un tournant décisif. Tandis que Francfort fige ses taux pour contrer l’inflation, l’Europe s’enlace dans une prudence qui frise l’immobilisme. À l’opposé, le Sud global s’affirme, porté par la dynamique de croissance africaine et une autonomie stratégique retrouvée. Dans ce vaste basculement, l’Algérie confirme sa propre trajectoire : avec des indicateurs au vert validés par le dernier Conseil des ministres, elle s’arrime à cette nouvelle ère de souveraineté pour s’imposer comme un pôle de stabilité régionale incontournable.
Par Lyazid Khaber
Le monde économique observe avec une fascination mêlée d’inquiétude la fin du cycle de domination sans partage des banques centrales occidentales. Ce week-end, l’attention s’est cristallisé sur l’incapacité des marchés du Nord à retrouver leur souffle.
Le Nord dans l’étau, le Dollar en sursis
La décision de la Banque Centrale Européenne (BCE) de maintenir ses taux directeurs inchangés pour la cinquième fois consécutive —le taux de dépôt restant ancré à 2,00%— résonne comme un aveu de vulnérabilité.
Pour Sylvain Broyer, chef économiste EMEA chez S&P Global Ratings, cité par CNBC, la banque centrale se contente de «garder le pilotage automatique», alors que les marchés de change restent «déformés par l’incertitude».
Aux États-Unis, bien que le FMI révise la croissance mondiale à 3,3% grâce aux investissements technologiques, l’instabilité persiste. Fabio Balboni, économiste senior chez HSBC, avertit dans les colonnes de Reuters que des «risques évidents à la baisse subsistent», notamment en raison d’un essoufflement des plans de relance traditionnels qui peine à masquer la volatilité structurelle du dollar face aux tensions commerciales.
L’Europe patine, l’Afrique s’émancipe
Réunis en sommet informel au château d’Alden Biesen (dans le Limbourg, en Belgique) le 12 février, les dirigeants européens ont affiché leurs divisions sous le regard sévère d’Ursula von der Leyen.
La présidente de la Commission a fustigé l’immobilisme des capitales, affirmant que la puissance européenne dépend de sa «force sur le front économique» et appelant à lever les obstacles du marché unique.
Elle a martelé que les leaders nationaux ne peuvent plus «utiliser Bruxelles comme bouc émissaire» pour leur propre bureaucratie.
Au cœur de cette paralysie, le paradoxe franco-allemand atteint son paroxysme. La France, plombée par une dette dépassant les 115% du PIB, plaide pour un protectionnisme ciblé, tandis qu’une Allemagne en crise industrielle profonde —dont le déficit pourrait atteindre 3,5% en 2026, selon Politis— s’arc-boute sur ses instincts de marché. Cette déconnexion laisse le champ libre aux puissances émergentes.
En Afrique, la Banque Africaine de Développement (BAD) prévoit déjà une progression des richesses de 4,3%, portée par une intégration régionale (ZLECAf) qui, contrairement à celle de l’Europe, semble enfin passer la vitesse supérieure.
Algérie : Le partenaire fiable d’un Nord en quête de souffle
Si l’Algérie ne prétend pas bousculer seule les équilibres mondiaux, elle s’impose comme une exception de fiabilité au sein d’une zone MENA en mutation.
Lors de la 6e réunion de haut niveau du dialogue énergétique tenue la semaine dernière à Alger, le commissaire européen Dan Jørgensen a été catégorique. Pour lui, l’Algérie est un partenaire «qui va le devenir encore plus».
Pour Bruxelles, l’enjeu est de s’affranchir du gaz russe dès 2027 sans tomber dans le piège du GNL américain aux coûts prohibitifs.
«Il y a une inquiétude liée au risque de remplacer une dépendance par une autre», a averti Jørgensen en présence des ministres Mohamed Arkab et Mourad Adjal, confirmant que la sécurité énergétique de l’Europe passe désormais par la stabilité du gazoduc algérien.
Le Conseil des ministres tenu ce 10 février vient d’ailleurs consolider ce socle interne par l’adoption de programmes complémentaires pour les wilayas en développement et une maîtrise stricte des prix en prévision du Ramadhan.
Cette capacité à honorer ses contrats internationaux tout en blindant son front social permet à l’Algérie de transformer sa croissance de 4,1% en un levier diplomatique majeur.
Comme le souligne le FMI, le pays ne subit plus la morosité de la zone euro; il en devient, par sa souveraineté énergétique, l’un des remparts indispensables contre la volatilité des marchés mondiaux.
Le verdict du dimanche
Ce milieu de février 2026 marque la fin d’une illusion: celle d’un Nord garant éternel de la stabilité mondiale. Le surplace de la BCE, les fractures du couple franco-allemand à Alden Biesen et l’aveu de dépendance européenne envers le gaz algérien témoignent d’un basculement irrémédiable des rapports de force.
Dans ce nouvel ordre, l’Algérie ne cherche pas l’hégémonie mondiale, mais elle impose la sécurité de sa propre trajectoire comme une pièce maîtresse de l’échiquier régional.
Entre un Occident qui redoute ses propres dépendances et un Sud Global qui diversifie ses horizons, la souveraineté est devenue le rempart ultime des nations émergentes.
Le constat est désormais sans appel: quand le Nord perd son «nord», c’est au Sud que s’écrivent les nouvelles règles de la fiabilité économique.
L. K.







