L’évidence du statut de technologie phare de la révolution technologique de l’intelligence artificielle ayant tôt fait de s’imposer à tous les Etats du monde, ces derniers, sont conscients du défi à s’en montrer à la hauteur au risque d’être relégués au rang de pays à la traine de l’évolution générale du monde. D’où, la priorité quasi-absolue, en termes d’investissements, notamment, qu’ils accordent à ce secteur vital pour leur développement multidimensionnel.
Par Hakim O.
L’Algérie, en plus d’avoir rapidement pris à bras-le-corps le défi imposé par la nécessité de développer son intelligence artificielle, dévoile aujourd’hui une stratégie visant à adapter cette technologie aux réalités et aux spécificités locales.
Une initiative ambitieuse
Cette ambition a été évoquée mardi dernier par le ministre de l’Économie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises, Noureddine Ouadah, lors d’une visite effectuée dans la ville de Médéa, dans le cadre d’initiatives destinées à renforcer l’écosystème technologique du pays.
Selon le ministre, cette stratégie vise à garantir la souveraineté numérique du pays et à répondre aux besoins locaux sans dépendre exclusivement de modèles conçus à l’étranger.
Autrement dit, l’approche algérienne se veut évolutive et entend intégrer l’intelligence artificielle comme un complément aux capacités humaines plutôt que comme un substitut, afin d’éviter les déséquilibres organisationnels et de s’adapter aux réalités du terrain, notamment la diversité linguistique et les besoins spécifiques des entreprises locales.
Pour concrétiser cette ambition, analyse l’Agence Ecofin, le gouvernement compte mobiliser plusieurs acteurs de l’écosystème national, dont les universités, les centres de recherche et les start-up.
Il mise notamment sur l’exploitation de données locales afin d’améliorer la pertinence des systèmes d’IA destinés aux services publics, à l’économie numérique et à certains secteurs stratégiques.
Cette orientation s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer l’économie de la connaissance et à positionner l’Algérie comme un acteur émergent dans le domaine des technologies avancées.
Les principaux atouts de cette stratégie
La démarche algérienne visant à créer une IA respectant les valeurs et l’éthique de la société nationale tout en traitant les données locales de manière pertinente s’appuie sur deux principaux atouts.
Le premier concerne les infrastructures stratégiques. Le pays a investi dans le lancement d’un grand data center ainsi que dans un centre de calcul intensif destiné à soutenir le traitement massif des données nécessaires au développement de ces technologies.
Le second atout réside dans la formation de la ressource humaine. Grâce à son réseau universitaire, l’Algérie forme une nouvelle génération de talents spécialisés, notamment à travers l’École Nationale Supérieure d’Intelligence Artificielle, implantée à Sidi Abdellah.
Contraintes et défis à relever
Malgré son ambition, l’initiative algérienne visant à développer une IA locale doit encore surmonter plusieurs défis structurels, techniques et humains pour devenir pleinement opérationnelle et souveraine.
Le premier défi concerne les infrastructures et la connectivité. Bien que le pays investisse dans des data centers, comme celui de Mohammadia, certifié Tier III, l’intelligence artificielle de pointe nécessite une puissance de calcul massive et constante que les infrastructures actuelles doivent encore consolider pour atteindre les standards internationaux.
Par ailleurs, l’Algérie se classe au quatrième rang africain pour la vitesse moyenne de l’internet mobile, estimée à environ 54 Mbps, mais reste encore derrière certains leaders du continent, ce qui peut limiter le déploiement d’applications d’intelligence artificielle particulièrement gourmandes en bande passante.
Autre défi majeur : la fuite des cerveaux. Bien que le pays forme une élite dans les domaines technologiques à travers des écoles spécialisées comme l’ENSIA, il continue de faire face à un phénomène d’émigration des compétences. Les pertes économiques liées à cette fuite des talents sont estimées à plusieurs dizaines de milliards de dollars au cours des dernières décennies.
Enfin, la question de la disponibilité et de la qualité des données demeure essentielle. Pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle locaux, il est indispensable de disposer de volumes massifs de données structurées et représentatives de la réalité algérienne.
Or, la numérisation encore incomplète de certains secteurs administratifs et économiques constitue un frein à la collecte de ces données indispensables.
H. O.







