La géopolitique a pris le dessus sur l’économie. C’est désormais un fait inexorable. Cette semaine, nous analysons la fin du libre-échange tel qu’on le connaissait. De la rivalité technologique entre la Chine et les États-Unis à la souveraineté financière de l’Afrique, en passant par la stratégie de l’Algérie face aux bouleversements actuels ; les États reprennent le contrôle. En ce début février 2026, l’économie n’est plus une question de marché, mais une question de survie…
Par Lyazid Khaber
L’économie mondiale évolue vers un système fragmenté où la sécurité nationale l’emporte sur l’optimisation des coûts, marquant la fin de la mondialisation libérale et imposant aux nations de maîtriser l’énergie, la technologie et l’indépendance alimentaire.
Cette transition crée des fractures, notamment en Afrique avec la recherche d’indépendance monétaire et dans la région MENA où l’instabilité maritime contraste avec la santé financière des exportateurs de pétrole, tandis que l’Algérie mise sur l’industrialisation intégrée pour capitaliser sur sa position stratégique.
La fin de l’«innocence» libérale
Au niveau global, nous assistons au crépuscule de la «mondialisation heureuse». La rivalité sinoaméricaine sur l’IA et les semi-conducteurs a franchi un nouveau palier ce week-end avec l’entrée en vigueur de restrictions croisées sur les terres rares.
Comme le souligne l’économiste Nouriel Roubini dans sa dernière note, «nous sommes passés d’une logique de coût minimal à une logique de risque minimal».
L’Europe, de son côté, tente de protéger son tissu industriel face à la déferlante des véhicules électriques asiatiques en durcissant ses barrières douanières, une stratégie que certains experts du FMI qualifient de «protectionnisme de survie», générant une inflation structurelle inévitable.
La ZLECAF : Vers un bloc monétaire africain ?
Sur le continent africain, les sommets de la semaine écoulée ont placé la «souveraineté financière» au cœur des débats. Face à un dollar utilisé comme arme de pression, l’Afrique accélère la recherche d’alternatives.
On observe une intensification inédite des échanges via le système PAPSS (Pan-African Payment and Settlement System).
En ce début 2026, plus de 12 banques centrales et 600 banques commerciales ont rejoint la plateforme, permettant d’économiser environ 5 milliards de dollars de frais de transaction annuels. Le paradoxe africain est saisissant: une croissance projetée à 4,3% par la BAD, portée par l’appétit mondial pour les métaux critiques.
Cependant, pour passer du statut de «réservoir de ressources» à celui de «pôle industriel», la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF) doit surmonter ses infrastructures logistiques saturées.
Le défi n’est plus d’extraire, mais de transformer localement le cuivre et le cobalt pour capter la valeur ajoutée au sein même du continent.
Dividendes pétroliers et risques maritimes en région MENA
Dans le sillage du dernier comité de suivi de l’OPEP+, la zone MENA affiche une santé financière insolente. Toutefois, ce tableau est assombri par l’instabilité des routes maritimes.
Le coût du fret en Mer Rouge a encore bondi de 12% en sept jours, asphyxiant l’Égypte, dont les revenus du Canal de Suez s’érodent.
Une fracture nette se dessine entre les pétromonarchies du Golfe, qui déploient leurs fonds souverains dans l’IA générative, et leurs voisins méditerranéens, toujours en quête de refinancements pour stabiliser leurs balances de paiements.
Algérie : L’offensive de la souveraineté industrielle
Dans ce concert de tensions, l’Algérie trace sa propre voie. Le pays ne se contente plus de sa stature de fournisseur d’énergie primaire mais opère une mutation vers un modèle industriel intégré.
À Alger, la semaine s’achève sur une note de volontarisme. Le dernier Conseil des ministres a confirmé l’accélération des mégaprojets miniers.
Gara Djebilet entre dans sa phase de production intensive avec l’ambition de fournir 50 millions de tonnes de minerai de fer par an à l’horizon 2026-2027, tandis que le projet de zinc et plomb de Tala Hamza finalise ses installations de traitement.
L’expert financier Mahfoud Kaoubi note que «l’Algérie réussit à découpler progressivement sa croissance de la seule rente pétrolière grâce à la pétrochimie et à la sidérurgie».
Avec le complexe d’El Hadjar modernisé et les extensions de Tosyali, l’Algérie devient un exportateur d’acier de premier plan, sécurisant ses propres besoins de construction tout en générant des devises hors hydrocarbures.
La stabilité du dinar témoigne de cette résilience monétaire, bien que la maîtrise des prix alimentaires reste un point de vigilance. L’enjeu du trimestre réside dans l’attractivité des IDE, alors que la sécurité énergétique de l’Europe dépend plus que jamais de la fiabilité du partenaire algérien.
Le verdict du dimanche
Ce dimanche 8 février 2026, le constat est sans appel: l’économie est devenue une science de la survie. Malgré les orages, la croissance mondiale tient bon la rampe, projetée entre 2,7% et 3,3% grâce au bouclier technologique de l’IA.
Mais cette croissance est asymétrique. Les nations gagnantes sont celles qui maîtrisent le triptyque: Énergie, Technologie et Indépendance alimentaire. Pour l’Algérie, l’équilibre se joue sur un fil: capitaliser sur sa position de pivot énergétique pour arracher des transferts technologiques d’envergure.
Dans un monde où les chaînes de valeur se politisent, la neutralité économique est un défi quotidien. Le marché ne croit plus aux promesses; il ne réagit plus qu’aux preuves tangibles de souveraineté.
L. K.







