Face à la volatilité récurrente des marchés pétroliers et à la forte dépendance de l’économie nationale à la rente des hydrocarbures, la diversification économique s’est imposée comme une option stratégique incontournable pour l’Algérie.
Synthèse Akrem R.
Dans ce contexte, les industries agroalimentaires (IAA) apparaissent comme l’un des leviers les plus structurants de cette transition, en raison de leur ancrage productif, de leur capacité à créer de la valeur ajoutée et de leur rôle central dans la sécurité alimentaire.
Depuis le choc pétrolier de 2014, qui a mis en évidence la vulnérabilité structurelle de l’économie algérienne, les pouvoirs publics ont intensifié les réformes visant à élargir la base productive nationale.
Le Nouveau Modèle de Croissance Économique (2016-2030) a ainsi placé l’agriculture et les industries de transformation, notamment agroalimentaires, au cœur de la stratégie de croissance hors hydrocarbures.
L’objectif affiché est double : réduire la dépendance aux importations alimentaires et créer de nouvelles sources de revenus, d’emplois et d’exportations, soulignent des enseignants universitaires de l’Université de Bouira, en l’occurrence Saida Oulebsir et Dr. Farida Merzouk, dans une étude intitulée «Les industries agroalimentaires dans le processus de diversification de l’économie algérienne».
En effet, les industries agroalimentaires regroupent l’ensemble des activités de transformation des produits agricoles, d’élevage et de pêche destinés à l’alimentation humaine ou animale. Leur importance économique et sociale est majeure.
Elles permettent d’absorber les excédents agricoles en période d’abondance, de stabiliser les marchés, de réduire les pertes post-récolte et de proposer des produits à plus forte valeur ajoutée. Elles jouent également un rôle clé dans la substitution aux importations, contribuant ainsi à la préservation des réserves de change.
En Algérie, les IAA figurent aujourd’hui parmi les branches les plus dynamiques de l’industrie manufacturière. Elles représentent près de 40 % de la valeur ajoutée du secteur industriel hors hydrocarbures, devançant largement d’autres branches comme la chimie ou les matériaux de construction.
Leur chiffre d’affaires affiche une tendance globalement haussière, portée par la croissance démographique, l’urbanisation et l’augmentation de la demande alimentaire. Des filières comme la meunerie et la production laitière constituent les segments les plus dominants de cette activité.
Sur le plan de l’emploi, les industries agroalimentaires constituent une source importante de création de postes, notamment dans le secteur privé. Leur caractère saisonnier explique toutefois certaines fluctuations.
Néanmoins, l’effectif global du secteur, public et privé confondus, a connu une progression notable ces dernières années, confirmant son rôle social et territorial. En matière de commerce extérieur, le secteur agroalimentaire reste marqué par un déséquilibre structurel.
Les importations de produits alimentaires demeurent élevées, en particulier pour les céréales, le lait et leurs dérivés, ce qui pèse sur la balance commerciale. Les exportations, bien qu’en progression sur certaines périodes, restent modestes et concentrées sur un nombre limité de produits, tels que les dattes, les sucres, les eaux minérales et certaines huiles végétales. Ce constat souligne la nécessité de renforcer la compétitivité et la capacité exportatrice des IAA.
Conscientes de ces enjeux, les autorités publiques ont mis en place plusieurs dispositifs d’appui au secteur. Les industries agroalimentaires ont été intégrées parmi les filières prioritaires de développement, bénéficiant de mesures financières incitatives, notamment un accès facilité au crédit pouvant couvrir jusqu’à 90 % des investissements.
Des structures de soutien et d’accompagnement ont également été créées, à l’image du Conseil national des IAA, du Centre technique des industries agroalimentaires ou encore de différents clusters spécialisés.
Parallèlement, le développement des IAA est étroitement lié à celui du secteur agricole. Plusieurs programmes successifs ont été lancés pour moderniser l’agriculture, améliorer la productivité et sécuriser l’approvisionnement en matières premières locales.
Malgré des progrès notables, la faiblesse des liens entre agriculture et industrie demeure un obstacle majeur. Le taux de transformation des produits agricoles reste relativement bas comparé aux standards internationaux, limitant ainsi la montée en gamme de la production nationale.
En définitive, les industries agroalimentaires occupent une place stratégique dans le processus de diversification de l’économie algérienne. Elles constituent un moteur de croissance hors hydrocarbures, un vecteur d’emplois et un instrument clé de souveraineté alimentaire.
Leur plein essor reste toutefois conditionné par le renforcement de l’amont agricole, l’intégration des chaînes de valeur et l’amélioration de la compétitivité, autant de défis à relever pour inscrire durablement l’Algérie sur la voie d’une économie plus diversifiée et résiliente.
A.R.







