L’industrie automobile mondiale vit une transformation sans précédent. La voiture n’est plus une simple mécanique : c’est désormais un ordinateur sur roues. La transition vers le moteur électrique ne représente pas une évolution progressive, mais une véritable rupture qui redéfinit les chaînes de valeur, la géopolitique industrielle et les compétences requises.
Par Abderrahmane Hadef (*)
Pour l’Algérie, qui aspire à une transformation économique profonde, ce secteur emblématique illustre mieux que tout autre l’urgence d’un changement radical de mindset politique et stratégique.
Le Nouveau Paradigme : Où se Crée la Valeur ?
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : En 2023, une voiture sur cinq vendue dans le monde était électrique. Le parc mondial de véhicules électriques (VE) dépasse aujourd’hui les 26 millions d’unités, une part encore modeste mais en croissance exponentielle. Cependant, l’enjeu ne réside plus dans la voiture elle-même, mais dans son cœur technologique : la batterie.
La Chine domine ce marché stratégique, concentrant environ 60 % des ventes mondiales de VE et près de 76 % des capacités mondiales de production de batteries. Elle contrôle également plus de 85 % des anodes et 70 % des cathodes, les composants essentiels de cette révolution énergétique.
Ce constat est clair : la valeur ajoutée et la souveraineté industrielle ne se jouent plus dans l’assemblage, mais dans la maîtrise des #batteries, de l’électronique de puissance et des logiciels embarqués.
L’Urgence d’un Changement de Mindset en Algérie
Pour l’Algérie, la transformation de l’industrie automobile – et, par extension, de toute industrie d’avenir – impose d’abandonner la mentalité du passé pour adopter une culture de la création de valeur.
1. De la Rente à la Création de valeur
Pendant des années, la stratégie automobile nationale s’est limitée à la substitution aux importations par l’assemblage local. Ce modèle, fondé sur l’importation de kits subventionnés, a produit peu de valeur réelle et très peu d’intégration locale. Il a entretenu une logique de rente plutôt qu’un esprit d’innovation. Le nouveau mindset stratégique doit reposer sur deux piliers :
Une vision long terme : reconnaître que le cycle de l’électrique est désormais irréversible, et que l’investissement doit viser les technologies de demain, même si leur rentabilité n’est pas immédiate.
Une intégration industrielle réelle : dépasser les taux d’intégration “cosmétiques” pour cibler les segments à haute valeur – batteries, câblage intelligent, électronique de puissance.
2. De l’Incentive Fiscale à la Planification Industrielle
Le débat politique s’est trop souvent limité aux conditions d’importation et aux avantages fiscaux accordés aux assembleurs.
Or, le véritable levier se trouve dans la planification industrielle et la construction d’un écosystème complet autour des technologies électriques.
Cela implique :
Le développement d’une filière batterie nationale :
– Exploration des matières premières (lithium, cobalt, nickel, manganèse, etc.) ;
– R&D et #formation pour maîtriser la technologie des cellules ;
– Partenariats stratégiques publics-privés pour implanter des Gigafactories en Algérie. La montée en compétences : La voiture électrique exige de nouvelles expertises –électronique, chimie des matériaux, intelligence artificielle. Les politiques éducatives et de formation doivent s’adapter à ces nouveaux besoins et délaisser les filières obsolètes.
3. Du Réflexe des “Petits Projets” à l’Ambition Mondiale
L’Algérie, grande nation africaine, ne peut plus se contenter d’une approche fragmentée ou défensive. La transition vers l’électrique est un marché globalisé, où seules les capacités industrielles de grande échelle peuvent rivaliser.
L’enjeu est donc d’oser la vision continentale : faire de l’Algérie une plateforme régionale pour la production de composants stratégiques, en s’appuyant sur ses ressources naturelles (gaz, minerais, énergie).
Cela requiert un courage politique et une volonté d’investissement massif, à l’échelle du milliard de dollars, soutenue par des partenariats solides et une planification rigoureuse.
L’avenir de l’industrie automobile algérienne et plus largement, celui de la transformation économique du pays – ne dépend pas seulement des ressources ni des lois, mais de la capacité des décideurs à penser autrement.
Réussir cette transition exige un mindset audacieux, tourné vers l’innovation, la technologie et la souveraineté industrielle.
C’est ce changement de mentalité, plus encore que les investissements, qui conditionnera la place de l’Algérie dans la nouvelle géographie mondiale de l’automobile.
A. H.
(*) Consultant international en développement économique, Numérique, Énergie, promotion d’investissements







