L’État poursuit ses efforts pour le renforcement de l’inclusion financière et l’intégration, notamment de l’argent circulant hors circuit bancaire. En effet, des sommes chiffrées en centaines de milliards de dollars continuent d’alimenter le marché informel.
Par Hakim Outoudert
Plusieurs mécanismes ont été mis en place par les pouvoirs publics, notamment depuis 2020, à travers la simplification des procédures d’ouverture de compte bancaire, l’élargissement du réseau bancaire, la digitalisation et l’innovation financière, dont le but est de réduire le recours à l’utilisation du cash dans les différentes transactions commerciales et économiques.
Des avancées ont certes été enregistrées dans le domaine financier, mais elles restent toutefois loin du potentiel existant, nécessitant l’engagement d’autres actions, tout en renforçant la sensibilisation à l’importance de l’épargne et de la bancarisation dans le développement économique du pays.
En effet, si le nombre de cartes interbancaires en circulation a dépassé les 21 millions de cartes, dont 81 % «EDAHABIA» et 19 % de cartes «CIB», le nombre de transactions de paiement électronique reste en deçà des attentes. D’ailleurs, ces cartes sont utilisées, la plupart du temps, dans les opérations de retrait de l’argent liquide.
Les chiffres du GIE Monétique témoignent sur ce phénomène. En chiffres, l’année 2025 a enregistré 213,9 millions de retraits pour un montant total de près de 4 000 milliards de DZD, contre 197,3 millions de retraits et 3 692 milliards de DZD en 2024, soit une augmentation notable de 8,5 % en volume et de 8,3 % en valeur.
Ces résultats confirment que l’usage des guichets automatiques (ATM) reste un levier majeur pour la mobilité financière des ménages et que, malgré le développement des paiements par carte, les retraits continuent de dominer le paysage des transactions quotidiennes.
Nécessité de diversifier les sources de financement
C’est un véritable casse-tête pour l’État, qui veut à tout prix diversifier ses ressources de financement en réduisant la pression sur le Trésor public. Ce dernier fait face, d’ailleurs, à une forte demande, notamment en matière de financement des projets d’investissement structurants et de ceux de développement local. Il est impératif d’activer d’autres mécanismes, dits «alternatifs», notamment dans cette conjoncture marquée par des bouleversements géopolitiques où l’instabilité des marchés du pétrole est fréquente.
En effet, la diversification des sources de financement devient impérative, en allant à la recherche de crédits à l’intérieur du pays, sans recourir à l’endettement extérieur, qui constitue une ligne rouge pour le président de la République, Abdelmadjid Tebboune.
Donc, la bancarisation de l’argent de l’informel, estimée à plus de 90 milliards de dollars, et de celui thésaurisé est considérée comme étant une alternative sérieuse pour le financement de l’économie nationale, dominée jusqu’à là à 80 % par les six banques publiques, en attendant l’émergence d’un véritable marché boursier, en pleine construction.
L’introduction, dernièrement, de deux banques publiques, à savoir le CPA et la BDL, a donné un coup d’accélérateur au marché financier, qui devrait se dynamiser davantage avec le lancement de la première opération de sukuk souverains «Ijara Usufruit».
De grands espoirs placés dans les sukuk Le coup d’envoi officiel de cette opération a été donné hier mardi par le Trésor public. De grands espoirs sont placés dans
les sukuk pour la captation de l’argent circulant hors banques. Le Trésor public a expliqué, dans son communiqué, que «cette opération s’inscrit dans une vision visant à diversifier les sources de financement de l’État, à mobiliser l’épargne nationale et à proposer des instruments financiers conformes aux principes de la finance islamique, en tant qu’instrument complémentaire aux mécanismes de financement existants».
La souscription sera ouverte au public à travers les établissements habilités, avec la proposition de sukuk d’une valeur de 100 000 DA et d’autres d’un million de DA. Ces sukuk offrent, selon le communiqué, une «opportunité d’investissement à rendement attractif, sécurisée, accessible et transparente, répondant à une demande croissante pour des produits conformes à la charia».
Cette initiative traduit aussi «la volonté des autorités publiques de renforcer l’inclusion financière, de dynamiser le marché des capitaux et de consolider la confiance dans les nouveaux instruments financiers», a-t-on également mentionné de la même source.
Le ministère des Finances avait publié, fin septembre 2025, une note fixant les modalités d’émission de ces titres, qui offrent aux souscripteurs un revenu locatif annuel de 6 % sur sept ans, exonéré d’impôts.
En effet, la note précise que «l’État verse aux porteurs de sukuk un revenu locatif correspondant à 6 % par an du montant de la souscription d’usufruit, durant les six premières années. À la septième année, les souscripteurs reçoivent un loyer égal au montant investi ainsi que le revenu de l’année et, par conséquent, il est procédé à l’extinction de l’émission. Les loyers versés aux porteurs de sukuk souverains sont exonérés de tout impôt».
La souscription est ouverte aux particuliers et aux institutionnels algériens, résidents ou non-résidents, avec possibilité de négociation, de cotation en Bourse et de rachat anticipé par le Trésor public.
Les sukuk souverains sont «librement négociables et peuvent être achetés et/ou cédés par des personnes physiques ou morales, soit par voie de transaction directe, soit par endossement, donnés en nantissement et éligibles aux opérations de refinancement».
Un impact positif est attendu, notamment en matière d’inclusion financière et d’encouragement de l’investissement. En somme, ces mécanismes permettent d’intégrer des liquidités dormantes ou informelles dans le circuit officiel, au bénéfice de l’État, du citoyen, de la société et du budget public.
H. O.







