Les perturbations dans les chaines d’approvisionnements mondiaux pourraient durer plusieurs mois même dans le cas d’une issue rapide de la guerre au Moyen Orient. Les prix du pétrole resteront fermes sur les marchés internationaux d’ici à la fin de l’année.
Par Khaled Remouche
Les prix du pétrole ont bondi entre 20 et 30 dollars supplémentaires par baril au cours des quinze derniers jours. Le 23 février 2026, le baril Brent de la mer du Nord était coté à 71,49 dollars ; hier il avait atteint 91,23 dollars à 12 heures 41.
Toute cette période avait été caractérisée par une hausse importante des prix du pétrole qui a culminé lundi avec un cours du baril Brent dépassant la barre des 100 dollars.
Il avait atteint 119 dollars précisément, un niveau jamais vu depuis 2022, avant de chuter le même jour à 92,69 dollars à la clôture du marché londonien, à la suite de la déclaration de Donald Trump qui avait dit que la guerre avec l’Iran allait se terminer bientôt.
Il envisage également de lever certaines sanctions autorisant en particulier la Russie à vendre son pétrole à l’Inde. Cette chute des prix s’explique également suite à la décision prise lors de la réunion des ministres des Finances du G7, qui ont pris comme mesure de puiser dans les stocks stratégiques de ces pays. Hier devait se tenir un G7 énergie qui devrait entériner une telle mesure.
Cette période a donc été caractérisée par une forte volatilité des prix du pétrole due aux incertitudes sur l’issue de la guerre États-Unis–Iran et sur l’approvisionnement pétrolier dans le monde en raison du blocage des flux du brut provenant du Moyen-Orient, suite à la fermeture du détroit d’Ormuz par lequel transite 20% de la production mondiale de brut.
Attention : les prix du pétrole en hausse vont augmenter les produits, notamment industriels, importés par l’Algérie d’Europe et de Chine
Ce qui est très inquiétant, c’est la perturbation, du fait de ce conflit, des chaînes d’approvisionnement mondiales. Pour un expert pétrolier, ancien directeur commercial à Sonatrach, le retour à la normale des chaînes d’approvisionnement mondiales prendra du temps, plusieurs mois minimum même dans un scénario d’issue rapide à ce conflit.
Les prix, selon ce spécialiste, pourraient rester fermes et, dans ce scénario, l’Algérie pourrait engranger environ 9 milliards de dollars supplémentaires non pas uniquement tirés des exportations de pétrole brut mais également des ventes des autres liquides : condensat, GPL et produits raffinés.
L’Algérie bénéficiera également de la prime de qualité de son brut.
Pour le gaz, les entrées selon lui seront beaucoup moins importantes que les ventes de pétrole brut, d’une part parce que le gaz s’avère moins cher que le pétrole brut, d’autre part parce que les contrats de vente de gaz de Sonatrach à ses clients européens sont essentiellement des contrats de vente à long terme qui ne sont pas touchés par la flambée des prix du gaz sur le hub hollandais, une référence en Europe en matière de prix.
La question est de savoir si Sonatrach pourra profiter de cette opportunité et placer des volumes significatifs de gaz sur le marché spot. La compagnie a pu exporter récemment sur ce marché 5 milliards de mètres cubes de gaz en un an.
Bémol : cette augmentation des prix du pétrole, observe l’expert, va renchérir les produits industriels en provenance d’Europe et de Chine. Ce dernier pays est un gros importateur de pétrole brut. L’Algérie sera donc impactée par une inflation importée si la guerre au Moyen-Orient se poursuit.
A contrario, nous sommes face au risque d’un nouveau choc pétrolier si l’Iran se montre résilient et s’il met sa menace à exécution : «aucune goutte de pétrole ne quittera le Moyen-Orient».
On omet également un facteur non négligeable : ce conflit entraîne des perturbations dans la production iranienne de brut qui pourraient conduire à la suspension de ses exportations.
Les installations pétrolières iraniennes, cibles des frappes américaines et israéliennes, pourraient être touchées. L’Iran est un gros producteur de brut au Moyen-Orient.
K. R.







