La concrétisation du Gazoduc transsaharien (TSGP) se précise. Une équipe du groupe Sonatrach est déjà à pied d’œuvre à Niamey (Niger), annonçant le lancement effectif de la phase opérationnelle de ce projet stratégique acheminant le gaz du Nigeria via le Niger jusqu’à Tamanrasset (Algérie), avant son expédition vers l’Europe.
Par Hakim O.
Chargé par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, de la réalisation du tronçon restant du TSGP au Niger, sur une distance de 841 km, le groupe Sonatrach a dépêché une équipe technique spécialisée « en vue de récolter les données techniques afférentes au tracé du projet du gazoduc transsaharien (TSGP) sur le sol nigérien, en coordination avec la partie nigérienne ».
L’équipe est chargée d’examiner le cadre légal et réglementaire au Niger, notamment en ce qui concerne la pose de canalisations, les études réglementaires (étude de danger – EDD et étude d’impact environnemental – EIE), ainsi que les permis et les autorisations de construction liés à ce gazoduc.
Selon la même source, le programme de la visite prévoit des rencontres et des discussions techniques avec les responsables de la Société nigérienne du pétrole (SONIDEP) et ceux du ministère nigérien du Pétrole, ainsi qu’avec d’autres parties impliquées dans ce projet.
L’objectif est d’examiner conjointement les premières étapes opérationnelles pour réaliser les études du tracé, tout en tenant compte des résultats préliminaires de l’étude de faisabilité réalisée par le consultant PENSPEN.
Cette avancée marque ainsi le début officiel de la phase exécutive du projet sur le territoire nigérien, après tant d’années d’attente. « Cette étape constitue un prélude à la phase des études détaillées du tracé ainsi qu’à celle de la construction du gazoduc », précise Sonatrach.
Il est à noter que le TSGP est annoncé depuis les années 1980, mais la situation sécuritaire qui prévaut dans la région du Sahel, et surtout le manque de financement pour le gazoduc, avaient freiné son lancement.
L’Algérie, qui croyait à ce projet, a mis tout son poids diplomatique et son expertise pour que le TSGP soit réalisé, et ce malgré les tentatives de certaines parties, notamment le Maroc, de détourner son tracé en proposant un projet « mort-né » économiquement.
Lancement incessamment des travaux de réalisation
C’est à partir de 2022 que les trois pays, l’Algérie, le Niger et le Nigeria, ont affirmé leur engagement à concrétiser ce projet stratégique, lors d’une réunion à Niamey regroupant les ministres chargés du secteur de l’énergie dans les trois pays, à l’issue de laquelle une feuille de route a été mise en place.
Ensuite, un mémorandum d’entente a été signé à Alger en juillet 2022 portant sur la concrétisation du projet du Gazoduc transsaharien (TSGP).
Le processus a été certes long, mais concluant. D’ailleurs, le projet, qui était un rêve, devient enfin une réalité et les travaux de réalisation seront lancés incessamment, conformément au calendrier déjà fixé par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune.
« La phase opérationnelle du projet reliant le Nigeria, le Niger et l’Algérie sera lancée à l’issue du mois de Ramadhan 2026, avec la mobilisation de Sonatrach pour la mise en œuvre de ses différentes étapes, conformément aux instructions du président de la République », indique la même source.
Cette démarche « traduit l’engagement de l’Algérie à concrétiser ce projet qui s’inscrit dans le cadre de la consolidation des partenariats stratégiques avec les pays africains et la promotion de la coopération Sud-Sud ». Elle reflète également la volonté de l’État de renforcer la présence du groupe Sonatrach sur la scène énergétique continentale.
Long de 4.130 kilomètres, le TSGP disposera d’une capacité nominale de 30 milliards de mètres cubes par an. Il permettra de relier les infrastructures gazières du Nigeria à celles de l’Algérie, avant d’acheminer le gaz vers les marchés européens via les gazoducs existants reliant l’Algérie à l’Italie et à l’Espagne, ou sous forme de gaz naturel liquéfié.
Un jalon pour la souveraineté énergétique africaine
Au-delà de sa dimension technique, ce mégaprojet revêt une portée stratégique majeure. Il conforte la position de l’Algérie en tant que hub énergétique incontournable en Afrique et partenaire fiable pour les pays du continent. Il constitue également un levier d’intégration économique régionale, favorisant les échanges et contribuant à la stabilité à travers une dynamique de développement partagé.
Présenté comme l’une des infrastructures énergétiques les plus importantes d’Afrique, le TSGP devrait renforcer l’interconnexion énergétique entre l’Afrique et l’Europe, tout en répondant aux enjeux croissants de sécurité énergétique des marchés internationaux.
Le lancement des travaux de réalisation de ce projet de dimension intercontinentale, notamment durant cette conjoncture « difficile » marquée par des tensions et des perturbations persistantes sur les routes énergétiques traditionnelles, témoigne de la volonté de l’Algérie en particulier, et de l’Afrique d’une manière générale, de renforcer leur rôle sur les marchés énergétiques, en proposant de nouvelles voies de transport sûres, notamment pour les pays du Vieux Continent.
D’ailleurs, l’Organisation africaine des producteurs de pétrole (APPO) avait mis en avant l’importance du gazoduc transsaharien (TSGP) reliant le Nigeria à l’Algérie via le Niger, comme un projet structurant appelé à renforcer la position du continent en tant qu’acteur clé de l’équilibre du marché mondial.
Selon la même source, le marché énergétique mondial vit une rupture historique, notamment avec la paralysie du détroit d’Ormuz, artère vitale transportant 20 % du pétrole mondial (17 millions de barils/jour) et un tiers du GNL global.
« Ces chocs ne sont pas conjoncturels. Ils redessinent durablement les équilibres géopolitiques et commerciaux de l’énergie pour la décennie à venir », avait indiqué le secrétaire général de l’APPO, Farid Ghezali, dans un éditorial publié récemment sur le site web de l’organisation, intitulé « L’Afrique : pivot stratégique du nouvel échiquier énergétique ».
Dans cette « tourmente », l’Afrique devient « l’élément central », estime le SG de l’APPO, ajoutant que ses 715 Tcf de réserves gazières (8 % des réserves mondiales) et 125 milliards de barils de pétrole positionnent le continent comme une « variable d’ajustement indispensable ».
H. O.







