À Béjaïa, les prix de la prestigieuse figue sèche de Béni Maouche, connaît cette année une baisse notable, sans toutefois devenir réellement accessible pour la majorité des consommateurs. Malgré cette diminution, ce produit phare demeure coûteux, bien que la saison 2025 ait enregistré une récolte exceptionnellement abondante, inégalée depuis plusieurs années. Selon plusieurs acteurs de la filière, la production aurait même pu être plus élevée encore si des stratégies agricoles plus performantes étaient mises en place, notamment dans la gestion des vergers, la lutte contre les pertes et l’organisation des circuits de commercialisation.
Une enquête réalisée par Sofiane Idiri
Baisse des prix : un recul limité face à un produit toujours cher
Depuis plusieurs années, la récolte n’avait pas atteint des quantités comparables à celles de cette saison. Environ 18 000 quintaux de figues sèches ont été produits par les figuiculteurs de Béni Maouche, un volume remarquable.
«Le rendement de cette année est meilleur que celui des précédentes. Depuis environ cinq ans, nous n’avions pas vu une production similaire», explique Mohand Salah Hamlaoui, subdivisionnaire de l’agriculture des daïras de Seddouk et Béni Maouche. «C’est une très bonne chose pour la filière et pour l’économie locale», ajoute-t-il.
Un constat partagé par Omar Bekkouche, secrétaire général de l’Association des producteurs de la figue sèche de Béni Maouche : «Cette année, nous avons atteint des quantités considérables. Les conditions ont été favorables à tous les niveaux.» En moyenne, la récolte a atteint 18 quintaux par hectare, un taux jamais atteint depuis des années.
Cette performance repose sur plusieurs facteurs, notamment la rareté des pertes constatées. «Il n’y a pas eu beaucoup de pertes sur le fruit cette saison, ce qui a largement contribué à améliorer le rendement», détaille Omar Bekkouche.
Mais l’un des éléments déterminants demeure la pluie. « Cette année, la pluviosité a été particulièrement favorable. Le figuier n’a pas souffert comme les années précédentes », précise Mohand Salah Hamlaoui.
Les agriculteurs eux-mêmes confirment cette analyse. «Le figuier a bien réagi grâce aux pluies régulières. On n’a pas vu de stress hydrique notable», témoigne Mourad Sila, producteur de la région.
Naturellement, un tel niveau de production a eu un impact direct sur les prix, qui ont connu une baisse par rapport aux dernières années. «Oui, il y a une baisse des prix par rapport à l’an dernier», confirme M. Bekkouche.
La variété la plus prisée, le premier choix “Toufrint”, a été vendue «au maximum à 2 500 DA le kilogramme», explique Mourad Sila. «Elle a baissé d’au moins 1 000 DA par rapport aux saisons précédentes.»
Lui et ses frères possèdent entre 300 et 400 figuiers, un patrimoine familial qui leur permet d’observer précisément l’évolution du marché. D’autres variétés suivent la même tendance, comme la Taamriwt, dont le prix varie d’un producteur à un autre. «Cette année, elle s’est vendue à moins de 2 000 DA», poursuit M. Sila.
Selon d’autres producteurs, elle est parfois descendue en dessous de 1 800 DA, notamment en raison de son abondance, car il s’agit de la variété produite en plus grande quantité. Les prix varient ainsi selon la variété, la disponibilité, mais aussi selon les méthodes et les choix individuels des agriculteurs.
Cependant, malgré cette baisse des prix, la figue sèche demeure un produit cher pour la plupart des familles. «C’est vrai que les prix ont baissé, mais cela reste toujours cher», reconnaît Mohand Salah Hamlaoui. Il illustre cette difficulté : «Un citoyen payé au SMIC, entre 18 000 et 20 000 DA, doit travailler au moins deux jours pour pouvoir acheter un kilogramme de ce fruit.»
Le subdivisionnaire compare même la figue sèche à certains fruits importés : «Il faut rappeler que même la banane ou le kiwi n’atteignent pas les 1 400 DA le kilogramme, alors qu’ils sont importés et soumis à différentes taxes».
Dans ces conditions, la figue sèche de Béni Maouche, pourtant produit local, tend à devenir un article de luxe, inaccessible pour une grande partie de la population.
Des obstacles structurels qui freinent toute progression de la filière
Malgré les efforts consentis et le potentiel important de la filière, les agriculteurs de Béni Maouche continuent de faire face à de nombreuses difficultés susceptibles d’entraver durablement le développement de la figue sèche et, par conséquent, d’impacter les consommateurs.
Ces contraintes, souvent structurelles, sont régulièrement évoquées par les producteurs et leurs représentants, qui alertent sur la nécessité d’intervenir rapidement pour préserver cette richesse locale.
La première préoccupation demeure l’apparition de maladies touchant le figuier, notamment pendant les périodes humides ou lorsque les arbres sont affaiblis. Plusieurs agriculteurs signalent l’émergence de parasites et de pathologies susceptibles d’affecter la qualité et la quantité des récoltes.
L’absence d’un dispositif d’accompagnement technique permanent rend la prévention plus difficile et accentue la vulnérabilité des vergers, dont certains sont vieillissants.
À cela s’ajoute un manque d’organisation dans la commercialisation. «Heureusement il y a ces foires agricoles, comme celle de Beni Maouche, notamment , offrent un espace de visibilité aux producteurs, elles ne suffisent pas à structurer un marché stable» souligne Karim Kemadi producteur.
L’absence de circuits commerciaux organisés, tels que des coopératives actives, une plateforme de vente. Beaucoup réclament la mise en place de systèmes de collecte et de distribution plus efficaces, capables d’assurer une meilleure valorisation du produit.
Le manque d’eau représente également un obstacle majeur. Les épisodes de sécheresse se multiplient, et les capacités d’irrigation restent limitées, en particulier dans les zones escarpées.
Or, le figuier, bien que résistant, nécessite des irrigations d’appoint à des périodes clés de son cycle pour garantir un rendement optimal. Sans un accès régulier à l’eau, les efforts engagés dans l’entretien des vergers deviennent insuffisants.
Enfin, la question du labour et de la mécanisation reste un défi persistant. Dans cette région montagneuse, les agriculteurs disposent rarement de matériels adaptés. Le recours à la motoculture est souvent évoqué comme une solution, mais le coût élevé des équipements et l’absence de subventions accessibles freinent leur adoption.
La modernisation des outils agricoles apparaît aujourd’hui indispensable pour alléger la pénibilité du travail, améliorer les rendements et rendre la filière plus compétitive.
S. I.
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