C’est un signal fort envoyé au secteur énergétique algérien. Le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, a présidé ce lundi l’installation officielle de la Commission intersectorielle de maîtrise de l’énergie (CIME), lors d’une cérémonie tenue à l’École de formation en gestion relevant du groupe Sonelgaz.
Par K. Boukhalfa
Un événement qui a réuni plusieurs membres du gouvernement, les PDG de Sonatrach et Sonelgaz, ainsi que des représentants du monde académique et du secteur privé — témoignant de l’ambition transversale portée par cette initiative.
En effet, la CIME n’est pas un organe administratif de plus. Placée sous la tutelle du ministère de l’Énergie, cette structure consultative à vocation nationale rassemble des représentants de la majorité des ministères, des groupes Sonelgaz et Sonatrach, d’universités et de centres de recherche.
Sa mission s’articule autour de trois piliers : la rationalisation de la consommation, l’amélioration de l’efficacité énergétique et la promotion des énergies renouvelables.
Pour Mourad Adjal, la force de cette commission réside précisément dans la diversité de sa composition. « C’est l’expression d’une volonté collective d’instaurer une gouvernance énergétique moderne et efficace », a‑t‑il affirmé lors de son allocution tout en insistant sur la dimension participative d’un dispositif appelé à coordonner des politiques jusqu’ici trop souvent cloisonnées.
Derrière la transition énergétique se profilent des impératifs économiques que le ministre d’État chargé des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, a explicitement mis sur la table.
Face à une demande nationale en énergie en hausse continue, le modèle de consommation actuel pèse sur les équilibres budgétaires et réduit mécaniquement les volumes d’hydrocarbures disponibles à l’exportation.
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Le nouveau modèle énergétique que prône Arkab repose ainsi sur l’intégration des technologies propres dans les sites industriels et de production, avec un double effet attendu : la réduction des coûts d’exploitation et la libération de volumes d’hydrocarbures pour l’exportation ou la transformation industrielle à plus forte valeur ajoutée. En clair, chaque baril ou mètre cube économisé en consommation interne est un baril ou un mètre cube qui peut alimenter les recettes en devises du pays.
Dans cette logique, plusieurs projets structurants ont été évoqués : le déploiement de centrales solaires sur les sites de Sonatrach, la généralisation des audits énergétiques dans les raffineries et unités de liquéfaction, la réduction du torchage du gaz associé, ou encore le développement de technologies de captage et de stockage du carbone.
Parmi les perspectives évoquées, la stratégie nationale de l’hydrogène vert retient l’attention. Mentionnée comme un chantier en cours de structuration, elle ouvre des perspectives d’exportation d’énergie propre vers des marchés européens en quête de décarbonation.
L’Algérie, qui dispose d’un ensoleillement exceptionnel et d’infrastructures gazières déjà en place, se positionne ainsi sur un segment à fort potentiel dans l’économie énergétique mondiale de demain.
La ministre de l’Environnement et de la Qualité de vie, Kaouter Krikou, a pour sa part insisté sur le rôle central de son département dans l’articulation entre politiques environnementales et énergétiques.
Il s’agit, selon elle, de construire un cadre intégré permettant de réduire les émissions de carbone, de soutenir la recherche scientifique et l’innovation, et d’ancrer durablement une culture de sobriété énergétique au sein de la société.
Elle a également mis en avant la nécessité de renforcer les mécanismes de coopération internationale, dans un contexte où les engagements climatiques de l’Algérie sont appelés à se concrétiser.
Industrialiser la transition : le pari du ministre de l’Industrie
La transition énergétique ne saurait être durable si elle repose uniquement sur des équipements importés. C’est le message qu’a porté le ministre de l’Industrie, Yahia Bachir, en plaidant pour le développement d’une filière nationale de fabrication d’équipements liés aux énergies renouvelables.
L’objectif est double : réduire la dépendance aux importations et stimuler l’innovation industrielle locale, notamment à travers des clusters spécialisés comme celui des industries électriques.
Le potentiel solaire algérien — l’un des plus importants au monde — est présenté comme un levier réel pour consolider la position concurrentielle du pays.
L’installation de la CIME marque donc une étape, pas une arrivée. Les intervenants ont unanimement insisté sur la nécessité d’une coordination étroite entre secteurs pour que la politique de maîtrise de l’énergie produise des résultats tangibles.
La commission est désormais attendue sur sa capacité à produire une feuille de route claire, chiffrée et opposable — un document de référence qui devra traduire les ambitions affichées en indicateurs mesurables et en politiques sectorielles cohérentes.
K. B.







