La crainte est que l’orientation vers un nouveau choc pétrolier né da Guerre au Moyen Orient se précise avec comme répercussions potentielles sur des pays comme l’Algérie des perturbations plus prononcées de l’approvisionnement mondial en marchandises et des poussées plus importantes de l’inflation importée.
Par Khaled Remouche
La flambée des prix du pétrole se poursuit. Le baril de Brent crude oil, variété de la mer du Nord et référence pour l’Algérie, s’est maintenu brièvement hier au-dessus de la barre des 100 dollars, précisément à 100,24 dollars en fin de matinée, soit le plus haut niveau depuis août 2022.
Il est ensuite légèrement retombé à 99,66 dollars à 12h28, avant de remonter à 99,10 dollars à 14h18.
À la clôture du marché londonien jeudi dernier, le Brent était coté 100,46 dollars, soit une hausse de 9,22 %. Pour rappel, il s’établissait à 98,95 dollars lundi, 87,90 dollars mardi 10 mars, puis 91,90 dollars mercredi 11 mars.
Premier constat des analystes sur cette dernière hausse : «les cours du pétrole sont restés insensibles à l’annonce du recours aux stocks stratégiques des pays du G7 : 400 millions de barils devant être injectés sur le marché par 32 pays».
«Ces 400 millions de barils puisés dans les stocks de 32 pays constituent un tampon temporaire mais probablement insuffisant pour compenser la réduction des flux passant par le détroit d’Ormuz», observe l’analyste Angelo Kourfalas.
Cette voie maritime stratégique, par laquelle transitent environ 20 millions de barils de pétrole par jour, reste fortement perturbée. Dans le même temps, les pays pétroliers du Golfe ont réduit leur production de 10 millions de barils par jour.
Autre signal renforçant cette tendance haussière : les groupes pétroliers TotalEnergies et Shell ont décidé de réduire leur production issue du Golfe. La première compagnie pétrolière a annoncé suspendre, ou être sur le point de suspendre, près de 15 % de sa production mondiale de pétrole brut provenant de plusieurs États du Golfe.
Depuis le 23 février, le baril de Brent de la mer du Nord a gagné près de 30 dollars, alors qu’il était coté autour de 70 dollars à cette date.
Le cycle de hausse s’est amorcé le 2 mars, avec des prix oscillant entre 80 et 90 dollars, pour frôler à nouveau les 100 dollars ces derniers jours.
Les cours ont même culminé le 9 mars, lorsque le Brent a brièvement atteint 118 dollars, son plus haut niveau depuis juin 2022, avant de retomber autour de 80 dollars après une déclaration de Donald Trump affirmant que l’issue de la guerre au Moyen-Orient serait rapide.
Pour certains analystes, cette hausse des prix reste largement alimentée par les tensions géopolitiques. «Dans le langage des marchés, la libération des réserves stratégiques par l’AIE équivaut à pointer un tuyau d’arrosage vers un incendie de raffinerie», observe l’analyste Stephen Innes.
Même son de cloche chez Alexandre Baradez, qui estime que «les marchés voient bien que la situation n’est absolument pas sous contrôle».
Depuis le 23 février, le Brent a gagné près de 30 dollars
La situation dans le détroit d’Ormuz semble se compliquer davantage avec des informations selon lesquelles l’Iran aurait commencé à miner ce passage maritime stratégique.
Cette hausse des prix du pétrole observée depuis une dizaine de jours profite directement à l’Algérie, qui produit environ un million de barils de pétrole par jour et exporte à la fois du brut et des liquides tels que le condensat, le GPL et les produits raffinés.
Le brut algérien bénéficie en outre d’une prime de qualité. Ce pétrole léger figure parmi les plus chers du marché, très apprécié par les raffineurs internationaux.
Selon plusieurs analystes, cette situation de rupture des approvisionnements et de réduction de l’offre pétrolière ne pourra se normaliser qu’après la fin des hostilités. Une période relativement longue sera nécessaire pour rétablir l’équilibre entre l’offre et la demande et permettre un retour à la normale des chaînes d’approvisionnement mondiales.
En attendant, certains observateurs redoutent que ce nouveau choc pétrolier, alimenté par la poursuite du conflit au Moyen-Orient, n’entraîne des répercussions négatives pour des pays comme l’Algérie, notamment à travers des perturbations plus marquées des chaînes d’approvisionnement et une inflation importée plus forte.
Cette situation souligne, selon plusieurs analystes, l’urgence de réduire la dépendance du pays vis-à-vis des importations, notamment en céréales, aliments du bétail, sucre, produits oléagineux et diverses matières premières industrielles.
Cela passe inévitablement par une diversification plus poussée de l’économie nationale et une plus grande intégration de l’industrie, afin de renforcer la résilience du pays face aux chocs extérieurs.
K. R.







