Dans un contexte de mondialisation, la faible démographie de nos PME est vivement ressentie par des groupes industriels importants dans notre pays. Face au tissu peu étoffé en PME/PMI, nos industriels continuent d’importer les entrants nécessaires à la fabrication de leurs produits. Selon le président de la Bourse algérienne de sous-traitance et du partenariat (BASTP), Kamel Agsous, le tissu national de PME ne fournit que 10% de l’ensemble des besoins des grandes entreprises locales. Pour beaucoup d’observateurs la faiblesse du nombre de nos PME, résulte du fait que ce type de petites entreprises a longtemps été marginalisé dans les choix macro-économiques de l’Algérie.
Par Réda Hadi
Des choix qui, aujourd’hui, pénalisent les activités des grands groupes algériens, qui, selon les termes de M. Agsous, tournent à 50 % de leurs capacités. Pourtant, selon l’expert en économie, Billel Laouali, «les PME sont des composantes importantes de l’économie de nombreux pays. Elles sont souvent, le moteur de la croissance et pourvoyeuses d’emplois». C’est le résultat d’un mauvais choix économique.
Alors que l’Algérie s’était lancée, corps et âme, dans «l’industrie industrialisante» des années 70, avec comme objectif, la création et promotions des grandes usines ou complexes, le tissu des PME s’est retrouvé en portion congrue, entrainant ainsi une perte de savoir et de connaissances en matière industriel et d’engineering.
La situation est telle qu’aujourd’hui, assure M. Agsous, que «plusieurs grandes entreprises nationales continuent à s’orienter vers l’importation pour s’approvisionner en produits et intrants nécessaires à leurs activités».
Pour, l’expert, M. Nabil Djemaa, quant à lui, «l’ouverture économique de l’Algérie amorcée dès 1989 a entraîné un développement assez important du parc des entreprises privées, sans pour autant être accompagnée, en parallèle, de PME. Et les différentes politiques de création de PME (ANSEJ, CNAC, FGAR, ANGEM ), n’ont pas donné les fruits escomptés, et ce, d’autant plus que 90 % des PME créées l’ont été pour des services». « Un manque qui s’en ressent maintenant»
L’importance des PME est aujourd’hui soulignée et M. Agsous pense «que ce secteur reste un élément-clé de la compétitivité de l’industrie nationale et qui devrait être en phase avec les évolutions technologiques mondiales, notamment en matière de numérisation des process industriels».
Billel Laouali qui soutient cette phase de modernisation, estime, tout de même, «que rattraper le retard demande énormément de moyens, de formation et beaucoup de changement de mentalité» et de préciser : «De nos jours, l’entrepreneur algérien quelle que soit sa taille est taxé d’opportuniste orienté vers le gain rapide».
Dans cette optique, M. Agsous recommande la réorganisation et la restructuration des grands donneurs d’ordres pour permettre aux petites et moyennes entreprises d’atteindre la performance voulue.
En ce sens Bilel Laouali préconise «une approche plus pragmatique, plus de formation ainsi que beaucoup de sensibilisation envers les jeunes porteurs de projets. «Il faut savoir initier tous ces jeunes, les sensibiliser. L’Etat doit savoir et pouvoir aussi accompagner ces jeunes, avec des facilitations très grandes pour des projets autres que pour les services». Et de préciser : « Il faut durcir les aides pour des projets de transport, de fast food ou autres.» a-t-il conclu.
Dans le même ordre d’idées, Nabila Sahnoune, responsable au sein du ministère de l’Industrie, a souligné, pour sa part, la nécessité de «structurer et d’encadrer la politique de promotion de la sous-traitance par des dispositions réglementaires adossées à des mesures organisationnelles, techniques et d’accompagnement».
«Il est temps que notre plate-forme industrielle soit dotée d’un tissu d’entreprises de sous-traitance aussi large que possible, suffisamment compétitif en vue de multiplier les projets et de rendre notre pays plus attractif pour les investissements étrangers en apportant aux industriels porteurs de projets, la certitude d’approvisionnements locaux compatibles en qualité et en quantité avec leurs besoins».
R. H.





