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Pr. Youghourta Bellache à Éco Times : «L’emploi informel est un phénomène contracyclique»

Par Eco Times
29 mars 2026
Dans Interview
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Pr. Youghourta Bellache à Éco Times : «L’emploi informel est un phénomène contracyclique»

Youghourta Bellache est docteur en sciences économiques des universités Paris-Est Créteil et de Béjaïa. Ses travaux de recherche portent sur les questions de l’emploi, des PME et de l’entrepreneuriat en Algérie et dans la région MENA, avec une expertise particulière dans l’économie informelle. Il a publié plusieurs articles dans des revues à comité de lecture et participé à des ouvrages collectifs. Dans cet entretien, il revient sur un sujet important et d’actualité : l’économie informelle en Algérie.

Entretien réalisé par Sofiane Idiri

  • L’économie informelle en Algérie reste aujourd’hui massive, persistante et difficile à quantifier. Professeur, quelle en est réellement l’ampleur, et comment les économistes parviennent-ils à mesurer un phénomène qui, par nature, cherche à rester invisible ?

Tout d’abord il convient d’apporter quelques précisions sémantiques et conceptuelles afin d’éviter certaines confusions. L’économie informelle recouvre les activités productives légales des entreprises non enregistrées ou partiellement enregistrées.

Ces activités ne sont pas exercées avec une volonté délibérée d’échapper aux obligations légales. Ces entreprises préfèrent rester non enregistrées parce qu’elles ne peuvent pas supporter les coûts de la réglementation.

L’économie informelle se distingue donc de l’économie souterraine qui regroupe les activités légales dont une partie ou la totalité de la production est délibérément dissimulée et de l’économie criminelle qui concerne la production de biens et services dont la vente, la distribution ou la possession sont interdites par la loi (armes, drogues) ainsi que le trafic de biens légaux ou d’être humains (cigarettes, alcool, prostitution, proxénétisme).

Ces clarifications conceptuelles sont nécessaires car elles conditionnent la mesure du phénomène ainsi que les politiques de formalisation.

Selon les estimations les plus récentes utilisant le modèle MIMIC (Multiple Indicators Multiple Causes), l’économie informelle en Algérie représente entre 30 et 35 % du PIB. En termes d’emplois, elle représente 38,8 % de l’emploi total, soit 4,680 millions de travailleurs informels selon la dernière enquête emploi de l’ONS (2024).

Les économistes utilisent des méthodes directes et indirectes pour évaluer la taille de l’économie informelle. Les premières sont basées sur des enquêtes annuelles sur l’emploi ou spécifiquement sur des enquêtes sur l’économie informelle.

Les secondes sont basées sur la technique du solde qui consiste à déduire la production ou les revenus de l’économie informelle de la différence entre les estimations globales de la production et de l’emploi de la comptabilité nationale et les données issues du secteur formel enregistré.

Le modèle MIMIC, qui relève des méthodes indirectes, permet d’estimer indirectement la taille de l’économie informelle à partir des causes qui favorisent l’économie informelle et de certains indicateurs comme l’utilisation du cash, les recettes fiscales, les anomalies dans la consommation d’électricité ou encore les écarts entre le revenu et la consommation.

  • Quelles sont les causes structurelles qui alimentent l’informalité en Algérie ? S’agit-il principalement d’un problème de fiscalité trop lourde, de bureaucratie excessive, de chômage, ou bien de facteurs culturels et historiques plus profonds ?

L’économie informelle en Algérie est un phénomène hétérogène, qui tire sa source de facteurs fiscaux, réglementaires, démographiques et socio-économiques. La forte croissance de la population active dans les années 2000 a entraîné une expansion de l’emploi informel, tandis que son ralentissement après 2010 a contribué à une baisse relative.

Le chômage, notamment des jeunes, et la réduction des opportunités d’emploi dans le secteur public favorisent également le recours à l’informel.

L’emploi informel est un phénomène contracyclique ; il se développe en période de récession et se rétracte en période de reprise économique. Plus globalement, le modèle de croissance de notre économie, basé sur les hydrocarbures, qui crée peu d’emplois (1 à 3 % de l’emploi total), explique en grande partie la persistance et l’ampleur de l’économie informelle.

  • Quel est le profil sociologique de l’acteur de l’économie informelle en Algérie aujourd’hui ? S’agit-il principalement de jeunes diplômés sans emploi, de travailleurs précaires, ou bien observe-t-on également des opérateurs économiques organisés qui font le choix délibéré de rester dans l’ombre ?

L’économie informelle affecte principalement les individus faiblement qualifiés, en particulier les jeunes et les femmes issus de milieux modestes.

Par ailleurs, certains segments de ce secteur tels que les vendeurs de rue, les petits commerçants non déclarés ou encore les cambistes du marché parallèle des devises constituent le dernier maillon visible d’une chaîne plus vaste et structurée, contrôlée par des opérateurs économiques de plus grande envergure (importateurs informels ou semi-formels, grossistes du change parallèle) dont l’activité relève de l’économie souterraine voire criminelle.

  • Le marché des changes parallèle, le fameux « square » — est-il le symbole le plus visible de cette économie informelle. Quel rôle joue-t-il dans l’économie nationale ?

Le marché parallèle des changes se situe à l’intersection de l’économie informelle, de l’économie souterraine et de l’économie criminelle. Son existence s’explique par le contrôle strict des changes – qui limite l’accès aux devises pour les particuliers comme pour les entreprises – ainsi que par la surévaluation du taux de change officiel.

Ce marché parallèle joue un rôle ambivalent. D’une part, il constitue une réponse aux rigidités du système de change officiel en fournissant des devises aux agents exclus du circuit bancaire. Il finance ainsi le commerce informel ainsi que certains besoins des ménages que le système officiel ne couvre pas tels que les soins et les études à l’étranger.

Dans un contexte d’inflation et de dépréciation du dinar, il permet aux agents économiques d’accéder à des monnaies étrangères perçues comme plus stables, lesquelles remplissent une fonction de réserve de valeur.

D’autre part, il favorise des pratiques illégales, en facilitant le blanchiment de capitaux et la fuite de fonds à l’étranger, via des réseaux informels de type hawala.

  • Les réformes engagées ces dernières années par l’État algérien : numérisation, encouragement de la bancarisation, lutte contre l’évasion fiscale, ont-elles produit des résultats tangibles sur le terrain ?

Ces réformes ont certes produit certains progrès, mais leur impact sur l’économie informelle reste limité. Le recours aux paiements électroniques, envisagé comme un instrument d’intégration des liquidités circulant hors du système bancaire, demeure marginal. Par ailleurs, la numérisation progresse lentement et de manière incomplète, entravée notamment par des lourdeurs bureaucratiques persistantes.

Dans ce contexte, l’économie informelle en Algérie, structurelle et profondément ancrée, ne peut être réduite sans une amélioration globale du cadre institutionnel, la mise en place d’incitations économiques effectives à la formalisation et un renforcement de la confiance envers les institutions publiques.

  • Quelles sont les conséquences à long terme de cette économie parallèle sur le développement du pays, investissement, emploi structuré, recettes fiscales de l’État ?

Les activités informelles se caractérisent par une faible intensité capitalistique, une faible productivité et un faible potentiel d’innovation. Elles freinent ainsi la transformation structurelle de l’économie nationale et entravent les efforts de diversification économique. À long terme, leur prépondérance entraîne une perte de productivité globale.

Par ailleurs, l’économie informelle génère d’importantes pertes fiscales pour l’État, limitant le financement des services publics essentiels et renforçant la dépendance de l’État à la rente pétrolière. Elle constitue également une concurrence déloyale pour les entreprises opérant dans le secteur formel et entretient un marché du travail précaire.

  • Professeur, plusieurs pays à travers le monde ont vécu cette situation. La Géorgie, par exemple, a réussi à réduire significativement son économie informelle grâce à des réformes courageuses de simplification administrative et fiscale. Que faut-il faire dans le cas qui est le nôtre pour endiguer ce phénomène, sans provoquer de choc social ?

L’économie informelle, hétérogène par la diversité de ses acteurs et de ses activités, nécessite des politiques de formalisation adaptées à ses différentes composantes. Pour les micro-entreprises, majoritaires dans ce secteur, le non-enregistrement s’explique par la complexité administrative et la précarité des revenus. La simplification des procédures, via un guichet unique, et l’instauration d’une fiscalité souple et adaptée aux petites entreprises sont donc essentielles pour encourager leur formalisation.

Par ailleurs, la formalisation des travailleurs non déclarés, présents dans les entreprises formelles, requiert des politiques actives du marché du travail, ciblant notamment les jeunes et les femmes, et s’appuyant sur la formation professionnelle, la promotion de l’entrepreneuriat et la création d’emplois publics aidés. La simplification de la protection sociale et la réduction des cotisations sociales constituent également des leviers efficaces, comme l’illustre l’expérience de l’Égypte en 2019, qui a conduit à une réduction significative de l’économie informelle.

S. I.

Tags: AlgérieBancarisationéconomieéconomie informelleEmploi informelmarché parallèleMIMIC.PIB Algérieréformes économiquesSquare Port-SaïdYoughourta Bellache

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