Après des essais de terrain couronnés de succès auprès de plus de 1 700 citoyens, la plateforme nationale des services numériques entre dans sa phase d’exploitation. Le pays franchit une étape décisive vers une administration sans papier à l’horizon 2030.
Par Sofiane Idiri
La transformation numérique de l’administration algérienne connaît une accélération marquée. La ministre, Haut-commissaire à la numérisation, Mme Meriem Benmouloud, a annoncé lundi à Alger que la plateforme nationale des services numériques, baptisée « Dzair Digital Services », est sur le point d’entrer officiellement en phase d’exploitation, «après avoir franchi avec succès l’ensemble de ses étapes de conception, de développement et de validation technique» rapporte l’APS.
La déclaration a été faite en marge d’une journée d’information organisée par l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) sous le thème «Renforcement de l’efficacité du guichet unique», en présence du Premier ministre Sifi Ghrieb.
Selon le communiqué du Haut commissariat à la numérisation, l’événement a également été marqué par «la signature de deux accords de coopération entre le Haut-commissariat à la numérisation et l’AAPI», portant sur le développement du guichet unique numérique de l’investissement et sur l’accès aux ressources d’informatique en nuage souveraine de l’État.
Des essais concluants à grande échelle
Avant son déploiement généralisé, la plateforme a été soumise à deux phases pilotes conduites entre mars et avril 2026, impliquant sept secteurs ministériels. Ces tests ont été réalisés directement avec les usagers au sein de sites pilotes, mobilisant plus de 1 700 citoyens volontaires.
Les retours se sont révélés largement positifs : les participants ont salué la possibilité d’obtenir des documents administratifs et d’accéder à des services publics via leur téléphone portable ou leur ordinateur, sans avoir à se déplacer physiquement vers les administrations.
Sur le plan de la sécurité, la plateforme a subi des tests de cybersécurité rigoureux, conduits en coordination avec les services spécialisés du ministère de la Défense nationale, notamment l’Agence de sécurité des systèmes d’information (ASSI), avec la participation d’experts en cybersécurité.
Une destination numérique unifiée
L’ambition derrière « Dzair Digital Services » est de remplacer la multiplicité des plateformes sectorielles existantes par un espace unifié et cohérent. L’Algérie dispose déjà de plusieurs plateformes numériques performantes, mais leur dispersion rendait l’expérience utilisateur fragmentée.
La nouvelle plateforme centralisera ainsi les services de l’état civil, de la justice, de la santé, de la conservation foncière et de la solidarité nationale, entre autres domaines.
L’infrastructure technologique qui sous-tend ce projet repose sur les réalisations de la stratégie nationale de numérisation : les centres nationaux de données, le réseau souverain IRIES dédié à l’échange sécurisé de données entre administrations, et le dispositif national de gouvernance des données qui offre, pour la première fois, un cadre juridique pour le traitement des données publiques, désormais considérées comme « un actif stratégique de l’État ».
L’investissement au cœur de la dynamique numérique
La journée du 11 mai a aussi mis en lumière la dimension économique de cette transformation. Sous l’égide du Premier ministre, le Haut-commissariat à la numérisation et l’AAPI ont signé deux accords structurants.
Le premier porte sur la conception du guichet unique numérique de l’investissement, destiné à simplifier les démarches des porteurs de projets en les alignant sur les dernières réformes réglementaires.
Le second accord concerne la mise à disposition de ressources cloud souveraines pour accélérer la numérisation des opérations de l’agence.
Ces accords s’inscrivent dans les orientations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui fait de l’investissement un pilier de la diversification économique nationale.
La plateforme numérique de l’investisseur (invest.gov.dz) sera enrichie de nouveaux services, dont l’enregistrement de projets, la gestion du foncier économique, le paiement et la signature électroniques, ainsi que l’interopérabilité avec l’ensemble des organismes intervenant dans l’acte d’investissement.
Cap sur une administration sans papier en 2030
Au-delà du lancement imminent de la plateforme, Mme Benmouloud a rappelé les contours de la stratégie nationale de numérisation pour l’horizon 2030.
L’objectif est de bâtir une administration « efficace, transparente et proche du citoyen et de l’investisseur », en agissant simultanément sur l’infrastructure numérique, les cadres juridiques de protection des données personnelles et le développement des compétences numériques des agents publics comme des citoyens.
La transformation ne se limite pas à un seul secteur : elle embrasse l’ensemble de l’appareil d’État, avec pour horizon une administration entièrement dématérialisée.
S. I.







