C’est dans la ville industrielle des Marches, Fabriano, connue pour ses traditions manufacturières, qu’une nouvelle page du partenariat algéro-italien s’est écrite le 2 mars dernier. L’ambassadeur d’Algérie à Rome, Mohamed Khelifi, y a pris part selon sa page Facebook à une rencontre économique organisée à l’initiative de la municipalité locale. Autour de la table : des élus, des chefs d’entreprise, des universitaires. L’ordre du jour, sans ambiguïté : traduire l’intérêt politique en actes commerciaux concrets.
Par K. Boukhalfa
Dans son intervention, l’ambassadeur Khelifi a brossé un panorama de l’économie algérienne en mutation, insistant sur les réformes engagées pour améliorer l’environnement des affaires et sur les incitations dédiées aux investisseurs étrangers. Il a mis en avant la volonté d’Alger de diversifier son tissu économique en privilégiant les investissements productifs et les projets à forte valeur ajoutée — industrie, énergie, agroalimentaire, manufacturing.
L’ambassadeur a également rappelé la position géostratégique de l’Algérie, présentée comme une passerelle naturelle entre l’Europe et l’Afrique subsaharienne, un argument de poids dans un contexte de recomposition des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Ainsi, à l’issue des discussions, les deux parties ont acté la tenue prochaine d’un forum d’affaires à Ancône, capitale régionale et principal port de l’Adriatique centrale. Une étape supplémentaire dans la stratégie de diplomatie économique de l’ambassade, qui entend désormais décliner le partenariat bilatéral à l’échelle des territoires, loin des grandes déclarations de principe.
D’ailleurs, les chiffres donnent corps à cette dynamique. Selon les données publiées par l’agence Agenzia Nova dernièrement, le volume des échanges commerciaux bilatéraux a atteint près de 9 milliards d’euros entre janvier et août 2025 — un niveau qui place l’Algérie au rang de premier partenaire commercial de l’Italie dans la région MENA.
Dans le détail, les exportations italiennes vers l’Algérie ont progressé de 11,7 % sur la période, à 1,93 milliard d’euros, témoignant d’une demande algérienne soutenue en biens industriels et en équipements. Dans le sens inverse, les importations italiennes en provenance d’Algérie se sont établies à 7,05 milliards d’euros.
Ce déséquilibre de la balance commerciale, largement favorable à Alger, s’explique en grande partie par les livraisons de gaz naturel acheminées via le gazoduc Transmed, ainsi que par les flux pétroliers transitant par la raffinerie sicilienne d’Augusta, propriété de Sonatrach.
Au-delà du gaz par pipeline, l’Algérie marque des points sur le segment du gaz naturel liquéfié. Ses exportations de GNL vers l’Italie ont bondi de 50 % en 2025 par rapport à l’année précédente, lui permettant de capter environ 20 % du marché italien du GNL — une part de marché qui en fait un fournisseur de premier rang.
Les volumes parlent d’eux-mêmes : 47 cargaisons de GNL algérien ont été réceptionnées par l’Italie en 2025, sur un total de 221 cargaisons déchargées dans les terminaux italiens.
Un partenariat qui dépasse l’énergie
Si l’énergie demeure le pilier central de la relation bilatérale, les deux économies travaillent activement à élargir leur spectre de coopération. Dans l’agro-industrie, le groupe BF International est engagé dans le développement des filières locales, contribuant aux objectifs de sécurité alimentaire algériens.
Dans l’automobile, l’intégration de l’usine Fiat d’Oran dans le tissu industriel national marque une étape concrète dans la stratégie de diversification productive du pays.
Il convient de rappeler que cette dynamique s’inscrit dans le cadre du Plan Mattei, l’initiative italienne qui vise à structurer une coopération euro-méditerranéenne renforcée autour de l’énergie, de l’innovation, de la sécurité et du développement durable.
Ainsi, la rencontre de Fabriano illustre une évolution méthodologique notable dans l’approche algérienne de la coopération économique : ne plus se contenter des grandes capitales et des sommets bilatéraux, mais aller chercher les entrepreneurs là où ils se trouvent — dans les régions industrielles, au contact des chambres de commerce et des pôles universitaires.
K.B.







