Chlef connaît une dynamique de développement économique axée sur l’investissement privé, l’agroalimentaire, et l’industrie (levure, matériaux) avec 14 projets débloqués récemment. La wilaya se positionne comme un pôle régional grâce à l’extension du port de Ténès, le développement de l’agrumiculture et de nouvelles infrastructures touristiques. Le secteur hôtelier se développe, en effet, avec l’ouverture d’établissements 4 étoiles en centre-ville, ciblant principalement les hommes d’affaires algériens et étrangers. Ces développements s’inscrivent dans une volonté nationale de poser les bases de nouvelles industries, notamment mécanique et agro-industrielle, en s’appuyant sur la position géographique carrefour de la wilaya.
Dossier réalisé par Hakim O.
Une économie diversifiée : Chlef «s’émancipe» de sa vocation agricole
Longtemps considérée, comme wilaya agricole par excellence, jusqu’à n’être perçu que sous ce prisme, Chlef, a tôt fait de prouver sa capacité à s’y émanciper, vers une diversification de son économie.
Ainsi, aujourd’hui, la wilaya s’impose, désormais, et de plus en plus, comme un pôle économique stratégique en Algérie, portée, en effet, par une diversification dans l’industrie, l’agriculture et les infrastructures hydrauliques, entre autres.
En matière d’Industrie et d’Investissements, la wilaya a su combiner, secteur public et privé dans sa quête d’une économie dynamique, diversifiée et performante. La relance des investissements privés s’est faite, notamment, avec le groupe Rahmoune, et la création de nouvelles unités de production, outre une zone industrielle de 200 hectares prévu à Boukadir.
Symbole de la renommée de la wilaya et repère de son identité, le port commercial de Ténès, pour les gros tonnages que les autorités locales et centrales ont tôt fait de moderniser, et ce, à travers un projet d’extension et de dragage permettant d’accueillir des navires de plus gros tonnage, augmentant sa capacité de traitement annuelle.
Il est connu, entre autres, comme terminal privilégié pour l’exportation du ciment produit par l’ECDE (Oued Sly). En 2024-2025, le port a enregistré des volumes records d’exportation de clinker vers l’Afrique et l’Europe, renforçant les entrées en devises du pays. En matière de réalisations dans le domaine
hydraulique, autre performances distinguant la wilaya, Chlef a lancé en 2025-2026 des projets hydrauliques d’envergure pour sécuriser l’approvisionnement en eau potable et soutenir l’agriculture, notamment après les perturbations de distribution enregistrées début 2026. Ainsi, la station de Dessalement d’El Marsa (Dahra), est considéré en tant que chantier majeur inauguré par Sonatrach en décembre 2025. Autre secteur né de la démarche de diversification de l’économie de la wilaya, le développement du tourisme d’affaires avec plusieurs hôtels de haut standing en cours de réalisation.
Chlef un pivot industriel
Grâce à ses ressources géologiques, Chlef est un pivot industriel, notamment à travers son industrie des matériaux de construction. Les performances et le potentiel de sa cimenterie, en est l’illustration, l’usine ECDE d’Oued Sly étant l’un des plus grands complexes d’Afrique du Nord, qui alimente les grands chantiers nationaux. La céramique et Agrégats, ne sont pas en reste, profitant de la multiplication des unités de transformation le long de l’axe de l’autoroute Est-Ouest.
En matière de logistique et de commerce maritimes, ils sont assurés par le Port de Ténès transformant la wilaya en plateforme d’échanges, à travers l’exportation et la sortie massive de clinker et de produits agricoles, il est aussi un point d’entrée pour le bois, le fer et les céréales destinés à tout l’ouest et le centre du pays.
«Le grenier du Cheliff»

L’agriculture est historiquement et économiquement le domaine le plus développé et le pilier central de la wilaya de Chlef.
Elle constitue le moteur économique de la wilaya, s’appuyant sur une superficie agricole utile (SAU) de plus de 262 000 hectares de terres arables. La région se distingue par une production diversifiée et une modernisation accélérée. Chlef occupe la 2e place nationale en production d’agrumes, juste après Blida.
Elle se distingue également par ses filières d’excellence, dont le fleuron local demeure l’agrumiculture. Les prévisions pour la campagne 2025-2026 tablent sur une récolte de 1,3 million de quintaux, alors que certains vergers atteignent des rendements de 100 quintaux par hectare.
La céréaliculture et la production de semences constituent également un point fort du secteur agricole local. Ce segment mobilise environ 4 500 agriculteurs, avec des rendements ayant progressé de 22 qx/ha à 45 qx/ha en moyenne, grâce à l’utilisation d’engrais et au suivi technique.
Quant aux cultures stratégiques et oléagineuses, elles se déclinent comme suit :
- Tournesol : une forte dynamique est observée à Boukadir et M’djahed afin de réduire la dépendance aux importations d’huile.
- Colza : près de 1 700 quintaux récoltés sur 513 hectares lors de la saison 2024-2025.
- Oléiculture : quelque 90 000 quintaux d’olives sont attendus pour la campagne 2025-2026.
Les opérations de modernisation des infrastructures
- Raccordement électrique : un levier majeur de développement avec 371 exploitations déjà raccordées dans 28 communes. Un programme vise à raccorder 300 exploitations supplémentaires d’ici 2028.
- Recensement et suivi : un recensement général de l’agriculture a été lancé en 2024 dans les 35 communes afin de mieux cartographier les besoins et les potentiels du secteur.
- Pêche et aquaculture : en complément de l’agriculture terrestre, la wilaya a produit près de 4 000 tonnes de poisson en 2025.
Contraintes et défis
Le secteur fait toutefois face au défi majeur de la contrainte hydrique, poussant les autorités à encourager l’investissement privé dans l’irrigation et les techniques économes en eau.
Malgré son statut de « grenier agricole », le développement économique et agricole de Chlef se heurte à plusieurs défis importants.
Le stress hydrique reste le plus crucial. Le barrage de Sidi Yacoub souffre d’un envasement récurrent, ce qui limite les quotas d’irrigation lors des années de faible pluviométrie.
Par ailleurs, bien que la station d’El Marsa soit en cours de réalisation, la transition vers cette source alternative n’est pas encore totalement opérationnelle pour couvrir les besoins agricoles massifs.
Autre contrainte, et non des moindres : le déficit en transformation agro-industrielle. Une grande partie de la production d’agrumes et de tomates est encore vendue à l’état brut. Le manque d’unités de transformation (jus, concentrés) et de chambres froides modernes limite la création de valeur ajoutée locale.
En matière de foncier, plusieurs obstacles subsistent. La conversion des actes de jouissance en concessions demeure un processus bureaucratique lent pour certains jeunes investisseurs. Par ailleurs, la division des terres fertiles réduit la rentabilité de la mécanisation à grande échelle.
L’Etat à la rescousse des agriculteurs
Pour les jeunes agriculteurs de la région de Chlef, l’État algérien propose plusieurs dispositifs de soutien financier et technique à travers le Ministère de l’Agriculture et du Développement rural (MADR) et la Banque de l’Agriculture et du Développement rural (BADR).
En matière de financement, la formule la plus connue est celle des crédits bonifiés, conçus pour alléger la charge financière des jeunes investisseurs grâce à des taux d’intérêt pris en charge par l’État.
Autre formule tout aussi avantageuse : le crédit « R’FIG », un crédit de campagne sans intérêt (taux de 0 %) destiné à financer les besoins de fonctionnement à court terme, tels que l’achat de semences, d’engrais ou d’aliments pour bétail.
Le crédit «ETTAHADI», quant à lui, est un prêt d’investissement à moyen ou long terme destiné à la création ou à l’extension d’exploitations agricoles. Il couvre notamment l’acquisition de matériel, la mise en place de systèmes d’irrigation, la réalisation d’infrastructures de stockage et le développement de l’élevage.
En dehors des aides financières, plusieurs dispositifs et programmes sont également mis en place, dont le projet «ProAgro Jeunes», qui vise à promouvoir l’emploi décent des jeunes en milieu rural à travers le soutien aux chaînes de valeur agroalimentaires.
Aides directes et subventions
Par ailleurs, l’État octroie des subventions destinées à moderniser les équipements et à réduire les coûts de production. Il s’agit notamment d’aides à l’acquisition de matériel agricole, telles que l’achat de tracteurs, moissonneuses-batteuses et systèmes d’irrigation économiseurs d’eau, accessibles via le portail des services en ligne du MADR.
L’aide à l’habitat rural consiste également en des apports financiers directs régulièrement attribués dans la wilaya de Chlef (communes d’Ouled Farès, Boukadir, etc.) afin de fixer les populations en zones rurales.
On note aussi le soutien aux intrants, à travers des subventions sur le prix des engrais et des semences destinées à encourager la productivité.
Aides à l’accès au foncier
Concernant l’accès au foncier agricole, certaines démarches administratives sont nécessaires afin de bénéficier des dispositifs d’aide.
La carte de l’agriculteur constitue un document essentiel à obtenir auprès de la Chambre d’agriculture de la wilaya (CAW) de Chlef. Elle permet de s’intégrer aux programmes de soutien et de bénéficier de divers avantages fiscaux.
La concession agricole, quant à elle, est une procédure permettant d’exploiter des terres domaniales. Le dossier doit être déposé auprès de la Direction des services agricoles (DSA) de Chlef pour évaluation, avant validation par le wali.
Orientations stratégiques 2026
Le budget alloué à l’agriculture pour 2026 prévoit un renforcement de la modernisation du secteur, avec un accent particulier sur :
- L’agriculture de précision, notamment l’utilisation de technologies telles que les capteurs et les drones;
- L’aquaculture intégrée à l’agriculture, un programme déjà actif dans la wilaya de Chlef afin de diversifier les sources de revenus des exploitants agricoles.
Un potentiel multi-sectoriel

La wilaya de Chlef offre un terrain fertile pour l’investissement, avec plus de 300 projets déjà enregistrés auprès du guichet unique de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI).
Pour l’année 2025-2026, plusieurs domaines d’investissement prioritaires ont été identifiés, constituant autant d’opportunités pour le développement économique de la wilaya.
Le secteur de l’agro-industrie et de la transformation figure parmi les plus stratégiques, dans la mesure où il permet de valoriser la production agricole locale. Il s’agit notamment de la création d’unités de transformation destinées aux agrumes (jus, confitures) ainsi qu’aux produits maraîchers.
Autre domaine étroitement lié à la vocation agricole de la wilaya : la chaîne du froid et la logistique. Ce secteur nécessite des investissements dans les entrepôts frigorifiques et les centres de stockage, à l’image des cinq nouveaux centres d’une capacité de 5 000 tonnes chacun récemment réceptionnés, afin de mieux réguler le marché.
La filière céréalière représente également une opportunité importante, avec l’objectif affiché de doubler les rendements dans les prochaines années.
Industrie manufacturière
Dans le secteur industriel, la wilaya dispose également d’un potentiel notable. Plus de 57 hectares de foncier récupéré sont disponibles pour accueillir de nouveaux projets.
Cet atout pourrait renforcer un secteur déjà dynamique, notamment dans l’industrie mécanique, avec la fabrication de bus et de camions à Oum Drou.
La wilaya offre également des opportunités dans le domaine des matériaux de construction, grâce à l’exploitation des ressources minières locales destinées à alimenter les projets de bâtiment.
Par ailleurs, les énergies renouvelables constituent un autre créneau porteur, avec des projets de systèmes solaires destinés aux exploitations agricoles non raccordées au réseau électrique classique.
Le secteur du tourisme et des services présente également des perspectives intéressantes. La wilaya dispose d’un littoral de 120 kilomètres, encore largement sous-exploité malgré un potentiel important.
Plusieurs projets sont envisagés, notamment la construction d’hôtels et de complexes touristiques sur le littoral, dans le cadre de pôles économiques côtiers prévus à l’horizon 2026. Le développement de centres thermaux et d’espaces de bien-être, valorisant les ressources naturelles de la région, figure également parmi les pistes envisagées.
Enfin, l’économie bleue constitue un autre axe de développement pour la wilaya. Les opportunités concernent notamment l’aquaculture, avec des projets d’élevage de poissons en mer ou en eau douce, soutenus par des programmes nationaux de coopératives.
À cela s’ajoute la perspective de créer des unités de mise en conserve et de conditionnement des produits de la pêche, notamment au niveau du port de Ténès.
H. O.
Accès aux avantages fiscaux
Pour la région de Chlef, les secteurs éligibles s’articulent autour de trois régimes principaux :
1. Secteurs Prioritaires (Régime des Secteurs)
Ce régime cible les activités stratégiques pour la sécurité alimentaire et l’indépendance industrielle de l’Algérie :
Agro-industrie et Industrie Agroalimentaire : Transformation des agrumes et cultures maraîchères (filière dominante à Chlef). Industries de Transformation : Matériaux de construction (cimenterie, dérivés), industries pharmaceutiques et pétrochimie.
Mines et Carrières : Exploration et exploitation minière, bénéficiant d’avantages douaniers spécifiques.
Énergies Renouvelables : Projets liés au photovoltaïque et à l’efficacité énergétique.
Tourisme et Artisanat : Projets hôteliers et infrastructures touristiques. Économie Numérique : Technologies de l’information et de la communication (TIC).
2. Grands Projets (Régime des Investissements Structurants) Les investissements de grande envergure bénéficient de conditions exceptionnelles :
L’Agence Algérienne de Promotion de l’Investissement (AAPI) ‘Agence Algérienne de Promotion de l’Investissement (AAPI) Seuils requis : Création d’au moins 500 emplois directs et un montant d’investissement égal ou supérieur à 10 milliards de DA.
Secteurs : Tous les secteurs mentionnés ci-dessus, avec une priorité pour ceux favorisant l’intégration nationale.
3. Principaux Avantages Accordés
L’éligibilité permet de bénéficier d’exonérations durant deux phases distinctes :
Phase de Réalisation (Investissement) :
- Exonération des droits de douane sur les équipements importés. Franchise de TVA sur les biens et services acquis localement ou importés.
- Exonération des droits d’enregistrement sur les actes de propriété et augmentations de capital.
Phase d’Exploitation (Production) :
- Exonération de l’Impôt sur le Bénéfice des Sociétés (IBS) pour une durée de 3 à 10 ans.
- Exonération de la Taxe sur l’Activité Professionnelle (TAP). Réduction de 30% de l’obligation de réinvestissement des avantages, limitée aux bénéfices distribuables.
4. Procédure d’Enregistrement
L’accès à ces avantages est conditionné par l’enregistrement du projet sur la Plateforme Numérique de l’Investisseur de l’AAPI. Les investisseurs doivent également déposer un état annuel d’avancement pour maintenir leurs droits.







