Des orientations claires ont été données par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, au gouvernement en vue d’augmenter la production nationale en céréales et viandes (rouges et blanches), afin de répondre à la forte demande sur le marché local et de réduire la facture d’importation de ces produits.
Par Akrem R.
Annuellement, l’Algérie consacre des millions de dollars pour combler le déficit enregistré dans ces deux filières stratégiques. Une situation jugée « inadmissible » pour un pays-continent comme l’Algérie, qui détient tous les facteurs nécessaires pour renforcer sa sécurité alimentaire, en augmentant significativement la production nationale en céréales et viandes en particulier.
C’est dans cette optique que s’inscrivent les orientations du président Tebboune depuis son arrivée au Palais d’El-Mouradia fin 2019, convaincu que la souveraineté du pays passe par la sécurité alimentaire.
Des réalisations importantes ont été enregistrées depuis 2020, où le secteur agricole continue d’enregistrer des performances dans les différentes filières. Il est d’ailleurs considéré comme étant le fer de lance de la diversification de l’économie nationale, avec une production de 37 milliards de dollars en 2024, soit presque l’équivalent des exportations d’hydrocarbures.
Toutefois, un grand travail reste néanmoins à faire dans certaines filières comme les céréales. Une question qui préoccupe le président Tebboune, qui ne cesse d’insister sur la nécessité de développer cette filière en introduisant les nouvelles techniques agricoles.
Les défis de la filière céréalière
Lors de la réunion du Conseil des ministres de dimanche dernier, Abdelmadjid Tebboune a instruit le gouvernement de mobiliser tous les moyens nécessaires pour augmenter les capacités de production céréalière, soulignant la nécessité d’étendre la surface agricole cultivée à trois (3) millions d’hectares.
En effet, après avoir écouté un exposé sur la campagne labours-semailles 2025-2026, le président de la République «a fixé, comme objectif sectoriel prioritaire, l’extension de la surface agricole cultivée à trois (3) millions d’hectares», lit-on dans le communiqué du Conseil des ministres.
Pour y arriver, l’État a pris une batterie de mesures en faveur des agriculteurs, à travers un approvisionnement adéquat en semences et engrais, des facilitations dans l’octroi des crédits agricoles, élargis désormais aux six banques publiques.
Ainsi, l’État a axé ses efforts pour l’augmentation des superficies cultivées à 3 millions d’hectares, en s’orientant vers le Grand Sud. Une démarche bien réfléchie, d’autant que le foncier agricole et l’eau pour l’irrigation sont disponibles.
En effet, un objectif ambitieux est fixé : rendre exploitable les 500 000 hectares de terres agricoles prévues dans le sud du pays d’ici 2028.
Pour y arriver, l’État a notamment opté pour le partenariat à travers des financements mixtes engagés par le Fonds national d’investissement et des investissements d’entreprises privées étrangères, à l’instar de celui avec les Italiens pour la production de céréales dans la wilaya de Timimoun, visant à mettre en valeur plus de 35 000 hectares pour la production de blé, de légumineuses et d’oléagineux entre 2025 et 2028.
Pour sa part, le Qatar, à travers son géant Baladna, a décidé d’investir à Adrar dans un projet gigantesque prévu pour accueillir, au bout de 9 ans, 270 000 vaches laitières destinées à la production de poudre de lait. Des fermes y sont également prévues pour la production de fourrages et des bovins destinés à l’abattage.
En parallèle, un projet d’augmentation des capacités de stockage du blé à 9 millions de tonnes a été également lancé, dont de nombreux silos ont déjà été réceptionnés parmi les 350 centres de stockage de proximité et les 30 silos de stockage stratégique.
Renforcement des capacités de moisson-battage
Si les efforts pour l’augmentation des superficies cultivées se poursuivent et sont sur la bonne voie, le président de la République pense déjà à la saison moisson-battage. Il a réaffirmé lors de cette réunion du Conseil des ministres le caractère urgent de l’importation de matériel agricole destiné à la récolte, notamment pour les cultures céréalières, le maïs et le tournesol.
Une décision qui permettra de renforcer les capacités nationales de moisson-battage et d’en finir avec ce problème de manque de matériel agricole. Des difficultés sont rencontrées par les agriculteurs, en particulier les céréaliculteurs, lors de chaque saison de récolte. En effet, l’acquisition de nouveaux matériels va ainsi contribuer à la réduction des pertes pendant les opérations de récolte.
Concernant la feuille de route du secteur agricole pour 2026, le président de la République a ordonné la poursuite de l’organisation du secteur et le maintien, en tête des priorités, de l’objectif d’augmentation du taux de production par hectare, selon la même source.
Dans ce cadre, il a ordonné d’adopter les méthodes scientifiques dans toutes les étapes de la culture, selon une stratégie intégrée et avec la participation d’experts et d’ingénieurs agronomes, en tenant compte de la qualité des semences et de la spécificité de chaque région et de ses sols.
Le président de la République a, en outre, enjoint de réviser la loi d’orientation agricole, y compris les mécanismes d’organisation et de régulation de la production agricole.
Il a, par ailleurs, mis en exergue la nécessité de travailler dans le secteur de l’agriculture selon la règle de la réduction des importations sans créer de pénurie sur le marché, et ce, en encourageant la création de coopératives spécialisées, notamment avec les nouvelles mesures incitatives que l’État continue d’accorder.
Relance de la production de viandes rouges et blanches
S’agissant de la filière viande rouge, le président Tebboune a aussi ordonné au ministre de l’Agriculture de trouver des solutions «appropriées et urgentes» pour relancer la production de viandes rouges et blanches, de manière à répondre aux besoins du marché national, en associant les producteurs et les éleveurs.
Lors de son dernier discours devant le Parlement, le chef de l’État a reconnu un «échec» persistant dans la production de viandes, appelant les acteurs du secteur à faire preuve de «patriotisme» afin de réduire les importations.
«La production de viande demeure un point noir. Certaines pratiques, intolérables, persistent et alimentent la spéculation, même si mes propos ne plairont pas à tous, mais je le dis», avait-il lancé.
En attendant une relance réelle et effective de la filière viande (rouge et blanche), l’Algérie recourt à l’importation afin de combler le déficit en ces deux matières sur le marché national. Il a été même décidé de reconduire la décision de l’année passée, concernant l’importation d’un million de moutons pour l’Aïd al-Adha.
Partant du principe que la terre appartient à celui qui la cultive, le président Tebboune a réaffirmé «l’engagement de l’État à poursuivre la régularisation du foncier agricole au profit des intervenants et ceux activant sur le terrain, afin d’atteindre les meilleurs niveaux de production».
Une vaste opération a été lancée, rappelle-t-on, début 2025, pour la régulation de ce dossier épineux et essentiel pour le renouveau agricole.
En somme, la dynamisation du secteur agricole est sur la bonne voie et devrait aboutir à des résultats encourageants dans les trois prochaines années. En clair, l’Algérie est en mesure d’assurer sa sécurité alimentaire, notamment dans les filières stratégiques.
A.R.







