Si le marché boursier algérien reste encore modeste en comparaison avec les standards internationaux, l’année 2024 marque un tournant stratégique. En effet, l’introduction en bourse de la banque publique « Crédit Populaire d’Algérie (CPA) » et la participation croissante des institutions financières ouvrent la voie à une nouvelle ère de financement de l’économie par le marché, en complément du système bancaire traditionnel.
Par Akrem R.
Selon le rapport annuel de la Commission d’Organisation et de Surveillance des Opérations de Bourse (COSOB), le marché boursier est en pleine mutation et s’inscrit progressivement dans une nouvelle dynamique. En d’autres termes, le développement d’un marché financier est en marche, concrétisant ainsi les efforts du gouvernement pour la diversification des sources de financement.
Jusqu’à présent, le secteur bancaire public, notamment, continue de prédominer le marché financier, en finançant à hauteur de 85 % le secteur économique privé. Une chose qualifiée d’« anormale » par le Chef de l’État, qui n’a pas cessé d’appeler à l’investissement dans le secteur bancaire par le privé et à la dynamisation de la Bourse d’Alger.
Cette dernière constitue d’ailleurs un enjeu majeur pour mobiliser l’épargne nationale et financer les investissements productifs, d’autant plus que plus de 90 milliards de dollars circulent hors banques.
C’est dans ce cadre que s’inscrivent les réformes profondes engagées par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui a ordonné l’ouverture du capital de certaines banques et entreprises publiques, visant à jeter les bases d’un marché plus dynamique, inclusif et porteur de croissance.
En effet, l’année 2024 restera marquée dans l’histoire du marché financier algérien. Selon le rapport annuel publié par la COSOB, la Bourse d’Alger a connu une croissance exceptionnelle. La capitalisation boursière a été multipliée par sept en 2024 par rapport à l’année précédente.
Elle a atteint 521,7 milliards de dinars à la fin de 2024, contre 71,8 milliards en 2023, soit une hausse spectaculaire de 626 %. Cette envolée est due principalement à l’introduction en bourse du CPA, intervenue le 26 mars 2024.
En équivalent dollars, la capitalisation s’établit à 3,8 milliards USD, représentant 1,46 % du PIB national, un taux encore faible comparé à la taille de l’économie algérienne, mais qui marque un tournant significatif dans le développement du marché financier.
«Malgré la taille de l’économie algérienne, le faible taux de capitalisation boursière montre que les entreprises dépendent encore principalement du financement bancaire. S’orienter vers les mécanismes du marché permettrait de lever des fonds plus importants, avec des garanties et des modalités adaptées aux projets d’investissement de grande envergure. Le développement du marché financier constitue donc un enjeu majeur pour mobiliser l’épargne et financer plus efficacement l’économie », indique la COSOB dans son rapport.
Croissance de l’activité globale de 465% en deux ans
L’activité globale du marché a enregistré une progression continue sur les trois dernières années. Le volume transigé est passé de 229 783 titres en 2022 à 1 299 813 titres en 2024, soit une croissance de +465 % en deux ans. La valeur transigée a, quant à elle, bondi de 138,3 millions DA en 2022 à 2,76 milliards DA en 2024, marquant une hausse spectaculaire de +1 896 %.
Le nombre de transactions a suivi la même tendance, passant de 203 en 2022 à 1 250 en 2024, soit une progression de +351 %.
Cette dynamique illustre la confiance croissante des investisseurs et l’impact positif des réformes engagées par la COSOB, notamment la modernisation du cadre réglementaire et la création du compartiment de croissance, dédié aux PME et startups.
Première introduction d’une startup : Moustachir Spa
En parallèle du CPA, l’année 2024 a vu la première introduction en bourse d’une startup algérienne, « Moustachir Spa », sur le compartiment de croissance.
Cette opération, d’un montant de 94,44 millions DA, symbolise l’ouverture du marché à de nouveaux acteurs économiques et traduit la volonté des autorités de diversifier les sources de financement hors circuit bancaire.
Les données de la COSOB révèlent, en outre, que le compartiment principal concentre 98,45 % du volume total des échanges et 99,78 % de la valeur échangée.
Cinq sociétés y sont cotées : Crédit Populaire d’Algérie, Biopharm, Alliance Assurances, Saidal et EGH Chaine El Aurassi, représentant les piliers actuels du marché boursier national.
Selon la même source, le marché obligataire a également connu une évolution notable. En 2024, Maghreb Leasing Algérie (MLA) a émis un nouvel emprunt de 2 milliards DA, tandis que le Trésor public a mobilisé 338,4 milliards DA à travers les Obligations Assimilables du Trésor (OAT), confirmant le rôle central de ce segment dans la gestion de la dette publique et la stabilité financière.
Le marché des OAT a enregistré 360 510 titres échangés pour une valeur globale de 340 milliards DA, avec un regain d’activité au second semestre.
En ce qui concerne la fréquence des transactions, le marché a enregistré en moyenne 24 opérations par mois. Une intensification notable s’est produite en avril avec 30 transactions, en octobre avec 34 transactions et en décembre avec 38 transactions, ce qui confirme une concentration des opérations en fin d’exercice.
Vers un marché financier plus inclusif
Le rapport souligne ainsi que la COSOB a poursuivi la mise en place de nouveaux instruments, tels que le Guichet unique du marché financier et le Portail électronique des valeurs mobilières, afin de renforcer la transparence et d’attirer davantage d’investisseurs institutionnels et étrangers.
Les réformes entreprises en 2024 ont également permis de poser les bases des fonds communs de placement et des marchés dédiés aux investisseurs professionnels, ouvrant la voie à une diversification accrue du marché.
L’année a vu l’adoption de deux textes structurants renforçant la solidité et la transparence du marché. Le règlement COSOB n° 24-01 du 17 juillet 2024 relatif à la prévention et à la lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive consolide le dispositif national de conformité aux standards internationaux, tandis que le règlement COSOB n° 24-02 du 23 octobre 2024 portant sur les Organismes de Placement Collectif à Capital Risque (OPCR) ouvre la voie à de nouveaux mécanismes de financement au profit des startups, des PME et des projets innovants.
Ces avancées s’inscrivent dans la continuité du règlement général de la Bourse des valeurs COSOB n° 23-04, adopté en 2023, qui a redéfini le fonctionnement du marché et élargi son accès aux entreprises de toutes tailles.
Pour 2025, la COSOB prévoit la mise en œuvre opérationnelle du règlement sur les OPCR, la consolidation du Guichet unique comme principal point d’entrée pour les entreprises, et le développement d’un plan d’incitation en faveur de la cotation en bourse.
Le président de la COSOB, M. Youcef Bouzenada, affirme que «l’année 2024 a posé les fondations d’un marché solide et transparent et que la COSOB poursuivra en 2025 sa mission de modernisation et d’innovation au service du financement de l’économie nationale».
A. R.







