Dans la wilaya de Béjaïa, plusieurs communes peinent encore à maîtriser la gestion de leurs déchets ménagers. La commune d’Ighil Ali, qui s’étend sur plus de 190 km² et regroupe quatorze localités, illustre pleinement cette difficulté. Faute d’infrastructures adaptées, notamment d’un centre d’enfouissement technique (CET), la municipalité se voit contrainte d’acheminer quotidiennement ses déchets vers le CET d’Ahnif, dans la wilaya voisine de Bouira. Une situation lourde à gérer, coûteuse à financer et aux conséquences multiples pour la commune comme pour son environnement.
Par Sofiane Idiri
Située dans la région d’At Abbasse, la municipalité d’Ighil Ali mobilise chaque jour des camions pour parcourir entre quarante et cinquante kilomètres afin de déposer ses déchets au CET d’Ahnif.
Cette opération, indispensable pour éviter l’accumulation des ordures dans les villages, représente toutefois un fardeau logistique et financier considérable. «C’est tout un budget à allouer pour le ramassage des ordures», explique Amirouche Hafsi, président de l’Assemblée populaire communale d’Ighil Ali.
Actuellement, la commune assure la couverture de six de ses localités en matière de collecte. Chaque année, une enveloppe budgétaire spécifique est dédiée à cette mission.
«Il y a des incidences financières sur le budget communal, et cela est logique : dès lors que nous jetons nos ordures, nous devons payer», poursuit M. Hafsi. Rien que pour le dépôt des déchets d’Ighil Ali au CET d’Ahnif, la municipalité s’acquitte d’un contrat dont le montant atteint au minimum deux millions de dinars par an.
À cela s’ajoutent les frais de réparation des camions, l’entretien du matériel, ainsi que les salaires des employés mobilisés pour cette opération. «Toute cette chaîne de travail nous coûte entre sept et huit millions de dinars par an. Pour une commune déficitaire comme la nôtre, c’est beaucoup», insiste le premier magistrat de la commune.
Au-delà du coût financier, l’impact sur le matériel communal est également important. Les camions effectuent quotidiennement de longues distances et sont sollicités pour desservir plusieurs localités avant de faire l’aller-retour jusqu’à Ahnif.
«Il est évident que le matériel est fortement impacté. Quand on observe les kilomètres parcourus chaque jour, on comprend facilement l’usure prématurée de nos engins», explique encore M. Hafsi.
La commune fait face à un autre défi majeur : le manque de personnel. «Dans ce secteur, nous souffrons d’un déficit en agents de nettoyage», alerte le président de l’APC, qui affirme que ce problème touche également de nombreuses autres communes de la wilaya.
Il appelle les autorités concernées à accélérer le dégel des opérations de recrutement. «Nous avons réellement besoin d’agents éboueurs et de chauffeurs. Nous en souffrons au quotidien», insiste-t-il.
L’absence d’un centre de dépôt d’ordures ou d’une décharge contrôlée accentue par ailleurs les risques environnementaux. Avec une superficie étendue et des moyens limités, il devient difficile pour la commune d’assurer une collecte régulière sur l’ensemble du territoire.
«Tant qu’il n’existe pas de décharge contrôlée, de CET ou même d’un simple espace dédié, il est normal que l’environnement soit touché», conclut le président de l’APC.
Ighil Ali veut son CET : un terrain choisi, un projet vital pour l’environnement
Face à cette situation critique, la commune d’Ighil Ali a d’ores et déjà dépêché une assiette de terrain destinée à accueillir un futur centre d’enfouissement technique. «Au niveau d’Ighil Ali, ça y est : nous avons identifié et retenu le terrain. Nous sommes en train de préparer le dossier et, une fois finalisé, il sera transmis pour validation au niveau de la wilaya», affirme M. Amirouche Hafsi, président de l’APC.
Selon lui, plusieurs éléments plaident en faveur de cette validation : le terrain choisi est éloigné des habitations et ne relève pas du domaine forestier, un critère déterminant qui avait conduit au rejet de nombreux projets dans d’autres communes. «Le fait que cette assiette ne soit pas inscrite dans les domaines des forêts augmente clairement nos chances.», souligne-t-il.
Il faut rappeler que le wali de Béjaïa, M. Kamel Eddine Kerbouche, a insisté à plusieurs reprises sur la nécessité pour les communes de proposer des assiettes de terrain afin de lancer la réalisation de CET ou, à défaut, de décharges contrôlées.
L’objectif est de mettre fin aux décharges sauvages qui dégradent l’image de la wilaya et nuisent à l’environnement. Lors de certaines de ses interventions publiques, le wali a même exprimé sa volonté de soutenir financièrement la concrétisation de ces projets structurants.
Pour la municipalité d’Ighil Ali, l’enjeu dépasse ses propres besoins. La réalisation d’un CET sur son territoire permettrait de prendre en charge les déchets de toute une région regroupant plus de 40 000 habitants, en incluant les communes voisines de Boujlil et Aït Rzine.
Une perspective d’autant plus cruciale que cette zone possède une vocation touristique en plein développement. «Le tourisme n’ira jamais avec les ordures», rappelle M. Hafsi, convaincu de l’urgence d’avancer sur ce projet. «Je crois que le CET est plus que nécessaire pour toute la région», conclut-il.
Ainsi, la réalisation d’un centre d’enfouissement technique dans la commune d’Ighil Ali apparaît aujourd’hui comme une nécessité urgente, tant pour soulager le budget communal que pour préserver l’environnement et améliorer la qualité de vie des habitants.
S.I.







