L’opération de plantation de plus d’un million d’arbres au cours de la Journée nationale de l’arbre (25 octobre dernier) sera suivie, le 14 février prochain, d’une autre opération de même nature portant sur un objectif plus ambitieux, à savoir la plantation de 5 millions d’arbres en une journée.
Par Amar Naït Messaoud
Le défi semble être à la portée des initiateurs de ces deux opérations d’envergure, à savoir les ministère de l’Agriculture, avec ses services déconcentrés à travers les wilayas (Conservations des forêts et directions de l’agriculture), le ministère de l’Environnement, les Collectivités locales et les membres de la société civile.
Mais, le versant qui est moins médiatisé dans ces opérations de plantation, c’est celui des plantations réalisées dans le cadre des programmes sectoriels dont la campagne s’ouvre justement le 25 octobre et se clôture le 21 mars, correspondant à la Journée mondiale des forêts.
Au cours de cette période de cinq mois, ce sont des dizaines de millions d’arbres- correspondant à une moyenne de 40 000 à 50 000 hectares/an- qui sont mis en terre dans le cadre des programmes de reboisements forestiers, de soutien à la constitution de vergers fruitiers chez les agriculteurs des zones de montagne et du périmètre du Barrage vert, ainsi que de plantation pastorales dans les zones steppiques et des versants de l’Atlas saharien.
Indéniablement, les plantations qui ont, légitimement, bénéficié de plus de visibilité médiatique, car proches des zones d’habitation, ce sont celles destinées aux zones urbaines et suburbaines (espaces verts, jardins publics, jardins botaniques, bosquets, forêts récréatives, embellissements des quartiers et des établissement scolaires,,…) et à l’encadrement des routes, autoroutes et chemins de fer en plantations d’alignement.
D’ailleurs, un programme d’envergure de plantation d’alignement, un vrai défi à la nature, est conçu sur la nouvelle ligne de chemin de fer Béchar-TindoufGhar Djebilet sur 900 km.
Accompagner les extensions urbaines
En dehors des journées festives au cours desquelles sont menées des opérations de plantation avec les jeunes des associations de quartiers, et les élèves des écoles et collèges, dont le but principale est la sensibilisation à la nécessité de verdir notre environnement, de protéger l’arbre et l’écosystème, les programmes d’amélioration urbaine- comprenant l’aménagement des voies d’accès, des trottoirs et des caniveaux, l’installation de l’éclairage public, la création des aires de jeux dans les quartiers-, sont censés asseoir des schémas d’espaces verts à l’intérieur de tout le périmètre urbain, avec leurs déclinaisons par catégories et fonctions dont la nomenclature est précisée dans la loi n° 07-06 du 13 mai 2007 relative à la gestion, à la protection et au développement des espaces verts (Jardin botanique, collectif, ornemental, résidentiel, particulier, forêts urbaines, ceintures vertes, les alignements boisés dans des zones urbaines et périurbaines,…).
Avec le rythme et l’intensité des extensions urbaines, bénéficiant des nouveaux programmes de construction de logements toutes formules confondues (AADL, LPL, LPP, RHP, LPA,…) et d’équipements publics, la nécessité d’accompagnement vert se fait sentir de façon cruciale.
Néanmoins, dans le cadre des programmes d’amélioration urbaine entrepris à travers la majorité des villes du pays, les méthodes et les normes tardent et peinent visiblement à gagner en clarté de façon à mettre les différents intervenants au même niveau d’information, de vision et de sens de la perspective. A travers les schémas développés et pratiqués dans les pays avancés, les travaux d’amélioration
urbaine sont basés sur des orientations et des critères faisant valoir la dimension de la ville, la nature de son bâti architectural, sa situation géographique, topographique et écologique, ainsi que son importance démographique et d’autres considérations concourant toutes à une vision intégrée du cadre de vie (esthétique des ouvrages, fluidité des rues et artères, fonctionnalité de tous services connexes).
Si certains bureaux d’études parviennent à asseoir un schéma général des principales opérations liées à l’amélioration urbaine satisfaisant la majorité des intervenants dans les services de la wilaya, dans plusieurs cas, les différentes visions ne se recoupent pas.
Cette situation est souvent aggravée par l’état du terrain où des gros travaux (aménagement de routes, constructions de cités, passage des conduites de gaz ou d’eau potable) sont conçus ou programmés simultanément avec les projets d’amélioration urbaine.
Ce sont des situations que l’on rencontre souvent dans les grandes villes, et même dans des villes de dimension modeste, où les différents responsables se rejettent la responsabilité du retard des travaux dans un contexte où les urgences et les priorités sont entremêlées. C’est pourquoi, des cités entières, nouvellement construites, sont parfois plongées dans la gadoue, la poussière et le défaut d’éclairage.
Mieux redéployer les collectivités locales sur les espaces verts
Outre le déficit de vision stratégique dans les programmes d’amélioration urbaine, pour lesquels sont consacrées des sommes colossales au cours des cinq dernières années, le maillon faible semble incontestablement être le cadre de verdure qui est censé refléter le souci à la fois esthétique et écologique des responsables et des habitants d’une ville. Jardins publics, bosquets, forêts récréatives suburbaines ou arbres d’alignement, ce qui est connu dans la nomenclature du budget public comme espace vert recouvre toutes ces catégories qui concourent au même objectif avec des variantes différentes. Les budgets des APC, particulièrement dans les grandes agglomérations, comportent un chapitre spécial de dépenses liées aux espaces verts.
Ce sont des dépenses que le maire peut ordonner en dehors même des programmes d’amélioration urbaine. Car, en plus de ces derniers, l’élément biologique qu’est l’arbre ou l’arbuste a toujours besoin d’entretiens (remplacement de sujets morts, taille, arrosage,…).
Paradoxalement, dans plusieurs communes, on se contente souvent, à l’occasion du 21 mars (Journée mondiale des forêts) ou du 25 octobre (Journée nationale de l’arbre), de solliciter des Conservations des forêts de wilaya quelques plants à distribuer à des écoles ou à planter dans un coin perdu sans souci de leur assurer vie et pérennité.
Or, l’administration des forêts, n’intervient en milieu urbain qu’à titre d’appoint.
L’espace urbain, où se côtoient le bâti, les ruelles, les espaces vierges et les grandes artères- présente ses spécificités censées être connues et valorisées par le paysagiste et l’architecte.
Depuis 2007, en vertu de la loi sur les espaces verts, il est fait obligation aux gestionnaires des villes que, dans le cadre des améliorations urbaines, d’ériger l’espace vert en ossature paysagère et esthétique des quartiers.
La législation relative à la gestion, protection et développement des espaces verts, enrichie par la loi n°22-17 du 20 juillet 2022, fixe ainsi les grandes orientations en matière d’embellissement de verdure de toutes les agglomérations urbaines du pays.
Comment se rapprocher de la norme internationale, 10 M2/habitant ?
Imparablement, au rythme de l’urbanisation accélérée et de la croissance démographique que connaît notre pays, cette loi, amendée et enrichie en 2022, constitue, par le cadre réglementaire qu’elle fixe et la vision de l’amélioration urbaine qu’elle fait valoir, une nette avancée dans les efforts tendant à améliorer et à consacrer la bonne gestion du cadre de vie algérien.
La loi relative aux espaces verts définit les objectifs de la gestion, de la protection et du développement des espaces verts en ces termes : «Améliorer le cadre de vie urbain ; entretenir et améliorer les qualités des espaces verts urbains existants ; promouvoir l’extension des espaces verts par rapport aux espaces bâtis ; faire de l’introduction des espaces verts, dans tout projet de construction, une obligation prise en charge par les études urbanistiques et architecturales publiques et privées».
Il faut, cependant, reconnaître, que ce précieux cadre législatif relatif à la gestion des espaces verts n’a pas bénéficié d’une médiatisation pédagogique ou d’une vulgarisation suffisante en direction des gestionnaires, du corps de l’administration technique et des bureaux d’études.
Les normes internationales en matière d’espace vert qu’il fait valoir, à savoir 10 mètres carré par habitant, sont loin d’être atteintes dans nos villes.
Dans certaines de nos agglomération urbaines, ce taux descend à 1 mètre carré/habitant, voire moins. Autant dire que le projet de verdissement des villes algériennes, de leur embellissement paysager et esthétique requiert encore de gros efforts et surtout une politique de la ville bâtie sur la concertation intersectorielle et la consécration des valeurs modernes de cadre de vie, de critères d’habitabilité, d’ergonomie et de santé physique et mentale des populations.
A. N. M.







