La question environnementale bénéficie d’un intérêt particulier sur le plan institutionnel et de la législation. Elle fait aussi son chemin, en termes de sensibilisation, dans la société civile et dans les milieux éducatifs. Sur ses deux versants, environnement domestique et environnement au sens d’impact des activités industrielles et économiques, la problématique environnementale est prise en charge, sur ses différents segments, par plusieurs structures publiques : collectivités locales, ministère de l’Environnement et de la qualité de la vie, ministère de l’Intérieur, ministère de l’agriculture à travers l’administration des forêts, etc.
Par Amar Naït Messaoud
Néanmoins, l’actualité nationale et régionale, telle qu’elle est rapportée par les médias de large diffusion, mais aussi par les réseaux sociaux, ne cesse d’alerter l’opinion sur la partie visible des atteintes à l’environnement : décharges sauvages sur les bords des routes et dans les espaces forestiers ; eux usées s’écoulant à ciel ouvert, parfois débouchant sur des plages, ou constituant des étangs glauques à proximité des habitations ; incendies de forêts, etc.
L’information de proximité des pages régionales de notre presse pullule de ces ‘’brèves’’ dont l’impact négatif et les nuisances sur le cadre de vie des populations peuvent être longs, désagréables, inesthétiques, et parfois dangereux sur le plan de la santé.
Quant à la partie « invisible » des atteintes à l’environnement, elles sont parfois plus dangereuses : pollution de la nappe phréatique ou des sources d’eau par des produits chimiques, pollution atmosphérique, les autres pollutions industrielles sources de maladies professionnelles (amiante, huile askarel, produits de traitement des mégisseries…) et la pollution des mers par des micro-plastiques, des hydrocarbures d’autres produits.
Sans doute la pollution qui fait parler le plus d’elle à l’échelle mondiale, c’est bien celle qui touche toute la planète, qui ne connaît pas de frontière géographique ou politique : les gaz à effet de serre (GES) qui sont à l’origine des changements climatiques observés particulièrement au cours des deux dernières décennies et dont l’impact négatif commence à être perçu et vécu par presque toutes les économies du monde.
Même si l’Algérie n’y est responsable que par une quantité infinitésimale- l’ensemble du continent africain contribue au réchauffement climatique avec une proportion d’environ 3%-, l’impact sur notre économie et la vie des citoyens (ressources en eau, agriculture, élevage, forêts, santé des population) est ressenti de façon concrète et pénalisante, contraignant les pouvoirs publics et les scientifiques à adopter faire adopter à des secteurs entiers de l’économie algérienne des stratégies d’adaptation à la nouvelle situation et d’atténuation des effets du réchauffement climatique.
La 30ième édition de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP 30) se tiendra à partir de ce lundi 10 novembre, pour une dizaine de jours, à Belém (Brésil).
Le mouvement de la course contre la montre pour ne pas dépasser la hausse de la température de la planète de 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle-objectif fixé à la COP 25 de Paris, en 2015-, sera évalué au cours de la réunion de Belém.
L’Algérie a établi un « Plan national climat »
L’Algérie, à travers le Plan national climat (PNC), a esquissé une stratégie où sont impliqués tous les secteurs à même de participer à la mise en place de mesures d’adaptation et d’atténuation.
Selon le ministère de l’Environnement et de la Qualité de la vie, ce plan « traduit une forte volonté politique de protéger le pays et le citoyen des risques climatiques », comme il est érigé également comme «outil décisionnel et de planification stratégique pour l’Algérie permettant la conception de plans d’adaptation locale et sectorielle».
En dehors et au-delà même de cette préoccupation planétaire inhérente aux changements climatiques, la donne et la culture environnementale, censées accompagner toutes les actions de développement dans la perspective d’un comportement citoyen permanent commence, progressivement, à pénétrer les mœurs et figurer sur les tablettes des gouvernants et des techniciens.
Là, il s’agit surtout de dépasser le caractère folklorique et protocolaire qui prévalait jusqu’ici au détriment des programmes d’envergure capables d’apporter des solutions à une situation qui commence à toucher aux limites du soutenable.
En tout cas, le constat est établi par les techniciens et les autorités en charge du volet de l’environnement : l’Algérie s’expose chaque jour à l’insalubrité et aux phénomènes issus des conséquences d’atteinte à l’environnement. Même pour un observateur distrait, les différentes atteintes à l’environnement et au cadre de vie des Algériens ne relèvent plus du mystère.
Elles sont observables aussi bien dans des quartiers urbains résidentiels, dans des centres limitrophes des zones industrielles et même, ô comble d’hérésie, dans les espaces de l’arrière-pays considéré naguère comme le dernier bastion de la pureté de l’eau, de l’air et des paysages.
Cet espace immaculé a vécu la chute aux enfers au moment où les valeurs morales et civiques et la discipline générale subissaient une nette inflexion.
Étude d’impact environnemental : une grande avancée
Au cours de ces dernières années où des orages d’été ou d’automne ont causé des dégâts sur des infrastructures, des équipement publics et même des cités résidentielles, les citoyens, abasourdis, se sont posé, à plusieurs reprises, la question de savoir pourquoi et comment se multiplient, par exemple, des cas d’éboulement et de glissement de terrains, des cas de maladies infectieuses prenant parfois l’allure d’épidémies mortelles ou de maladies allergiques touchant enfants et adultes. La question se pose aussi de savoir pourquoi certains barrages hydrauliques s’envasent au point de perdre de leurs capacités de rétention initiales.
La vitesse effrénée du mouvement de la construction urbaine, l’évolution démographique du pays, l’exode rurale, la mobilité des populations et leur concentration, à raison de 89%, dans la partie septentrionale du pays, tous ces facteurs ont fait que le visage du pays – panorama rural, tissu urbain, rythme de vie- se trouve complètement chamboulé au bout de quatre décennies.
En retard par rapport aux pays industrialisés, les critères environnementaux dans les projets d’investissement ne sont pris en charge qu’au cours des deux dernières décennies.
La législation y afférente, portant sur les études d’impact environnemental des projets industriels, et même parfois d’activités commerciales de moindre envergure (à l’exemple de la catégorie des établissements classés), commence à donner ses premiers fruits, en instaurant une certaine pédagogie dans le montage des projets, qu’ils soient publics ou privés.
En tous cas, la nouvelle conception de l’environnement et la vision qui est développée pour la stratégie de sa protection et de sa promotion, imposent impérativement des méthodes de gestion du territoire et de conduite de l’économie de façon à prendre en compte la donne environnementale dans toute son étendue et sa complexité.
Les programmes de développement- aussi bien ceux liés aux investissements dans les services publics que ceux portant sur l’économie productive (industrie, agriculture, tourisme…) -, sont aujourd’hui appréhendés, non seulement comme investissements produisant de la plus-value, de la croissance et des emplois, mais aussi comme investissements potentiellement pollueurs.
Et c’est à ce titre que des études d’impact environnemental sont requises, exigées en vertu de la loi, et que des calculs économiques de prise en charge des mesures d’atténuation sont élaborés et inscrits au tableau de bord des devis comme rubrique et charge à assumer par l’investisseur.
A. N. M.







