Pour la Journée nationale de l’arbre, célébrée en Algérie le 25 octobre de chaque année-outre la célébration mondiale qui se déroule le 21 mars-il est prévu la mise en terre d’un million de plants dans les différentes wilayas.
Par Amar Naït Messaoud
L’administration des forêts, les autres directions techniques de wilaya, les collectivités locales, les associations, les établissements scolaires, toutes ces parties prenantes sont concernées par ce geste de verdissement en milieu rural et urbain, de l’amélioration du cadre de vie des populations, d’apport au renforcement de la biodiversité, de la lutte contre la désertification, de l’atténuation des effets des changements climatiques et de sensibilisation à grande échelle aux valeurs de l’arbre.
La portée de cette célébration réside dans cette dimension pédagogique qui montre l’impérative nécessité pour l’Algérie d’étendre son patrimoine forestier au-delà de ses limites actuelles, lesquelles, au vu de la vastitude du territoire, paraissent fort modestes.
En effet, seule une portion de 3 % du territoire national, sur la bande septentrionale allant des monts de l’Atlas à la côte, est boisée. À l’échelle de cette bande du nord, le taux de couverture forestière est seulement de 11%.
Par conséquent, l’extension de la couverture forestière demeure une nécessité absolue et un objectif stratégique arrêté par les pouvoirs publics depuis les premières années de l’indépendance à travers les programmes des Grands travaux de défense et de restauration des sols (DRS), des Chantiers populaires de reboisement (CPR), du premier projet du Barrage vert et d’autres programmes sectoriels pris en charge par l’administration des forêts et mis en œuvre par les Conservations locales.
Par le Plan national de reboisement, les pouvoirs publics se sont donné pour objectifs de réhabiliter le tissu forestier de l’Algérie du nord et étendre la couverture forestière aux zones dénudées et menacées par l’érosion et la désertification.
À terme, l’on espère un taux de couverture forestière de 25 % du territoire septentrional du pays, de façon à nous rapprocher des normes mondiales en la matière.
Les objectifs prioritaires du reboisement
Indépendamment des objectifs de production de bois ou d’autres sous-produits, la priorité actuellement identifiée de façon claire en Algérie est l’urgence de juguler le mouvement de désertification qui menace le nord du pays, de réhabiliter les forêts dégradées (incendies, maladies, défrichements,…), de protéger les bassins versants et les zones de montagne, et, enfin, de contribuer à l’effort mondial de lutte contre les changements climatiques.
Le Plan national de reboisement comporte également un programme de développement des pépinières forestières consistant en l’incitation à la création de pépinières de production de plants forestiers.
Le développement de la production de plants se révèle un chapitre stratégique dans le processus global des opérations de reboisements, a fortiori lorsqu’on considère les grands programmes de reboisement en cours ou ceux projetés pour les prochaines années à travers, par exemple, le projet de réhabilitation et d’extension du Barrage vert lancé en 2023, et d’autres projets sectoriels ou de partenariat, à l’image du mégaprojet de reboisement décennal de 420 millions d’arbres prévu avec le financement de Sonatrach.
Quant au créneau de l’activité pépinière, il suppose naturellement la réhabilitation du dispositif de la récolte de la graine et du contrôle de l’élevage en pépinière.
Une grande partie des peuplements porte-graines identifiés et exploités jusqu’au début des années 1990 ont été affectés par les grands bouleversements qu’a connus la forêt algérienne pendant cet intervalle de temps.
Les facteurs de dégradations sont principalement le feu et les coupes délictueuses. Il s’agit donc de confirmer certaines stations porteuses de semences et d’en identifier de nouvelles pour les asseoir sur document cartographique à l’usage des investisseurs pépiniéristes. Habituellement, la récolte de la semence se fait sous le contrôle et le suivi des agents appartenant au corps de l’administration des forêts.
Cette chaîne logique allant de la récolte de la graine jusqu’à l’action de reboisement est, bien entendue, tributaire d’un maillon capital, celui de l’assiette foncière sur laquelle est censé se réaliser l’opération de plantation. À cet égard, il y a lieu de préciser que deux situation se présentent.
La première étant la reconstitution des forêts dégradées ou incendiées, là où la régénération naturelle n’a pas pu se réaliser.
Ce cas offre un double avantage : l’existence préalable de terrain (même si des cas d’occupation illicite pour usage agricole ont posé d’énormes problèmes d’évacuation) et la nature généralement fertile du sol.
Ce dernier a déjà servi de support à la forêt naturelle et compte, de ce fait, un taux appréciable de matière organique et d’éléments minéraux nutritifs.
L’enjeu de l’extension du patrimoine
La seconde situation qui se pré- sente est celle de l’extension du patrimoine forestier au-delà des espaces existants actuellement. Le Plan national de reboisement bute, à ce niveau, sur une contrainte, celle du foncier.
L’on sait que la propriété publique étant composée des terres domaniales, communales ou aârchs. Lorsqu’elles ne servent ni pour l’agriculture ni pour d’autres projets d’utilité publique, ces terres sont généralement des terrains de parcours, y compris les plus dégradées d’entre elles dont l’offre fourragère est réduite à quelques touffes saisonnières.
Les possibilités de leur reboisement ne sont pas toujours évidentes pour des raisons sociologiques liées aux systèmes de production en vigueur dans la plupart des régions ciblées par cette action. En effet, le système d’élevage extensif développé sur les zones des Hauts Plateaux et de certains contreforts décharnés de l’Atlas tellien impose aux opération de reboisements des précautions, des mesures et des conceptions nouvelles, voir innovantes.
Il s’agit surtout de s’appuyer sur deux orientations : concevoir dans le cahier de charges les mesures de gardiennage et de mise en défens, et, surtout, intégrer les populations riveraines (pasteurs, agriculteurs, artisans exploitants de certaines plantes comme l’alfa,…) dans les projets de reboisements.
Ces derniers sont censés laisser des couloirs de transhumances pour permettre aux troupeaux de continuer à paître sur les lieux. En outres, ces riverains doivent être associés aux actions de plantation en les faisant bénéficier de plantations fruitières ou fourragères économiquement rentables ou de périmètres d’investissement dans lesquels ils exerceront les activité pour lesquelles ils disposent d’un savoir-faire avéré.
Ce sont là les orientations du gouvernement particulièrement, particulièrement dans le cas des extensions qui sont en train de se faire actuellement dans le Barrage vert.
Des directives sont données en ce sens par le ministère de l’Agriculture et le ministère de l’Intérieur pour les gestionnaires locaux de ce projet stratégique, lequel comporte aussi d’autres composantes et actions en faveur des populations rurales : désenclavement par la réalisation des voies de desserte, en particulier en direction des exploitation agricoles, mobilisation de l’eau par des ouvrages de la petite hydraulique pastorale (forages, puits, mares, canaux de dérivation, aménagement de sources, construction de bassins de stockage,…).
Outre le respect des conditions techniques et de celles liées au protocole des entretiens, la réussite des projets de reboisement requiert, en effet, un environnement humain et social favorable que les techniciens du terrain et les gestionnaires des territoires ruraux et forestiers sont censés créer et animer.
A. N. M.







