L’Algérie, qui ambitionne de renforcer sa sécurité alimentaire en réduisant davantage sa dépendance au marché international, est appelée à adopter une nouvelle stratégie agricole, tout en procédant à la révision profonde de sa cartographie agricole. Les changements climatiques marqués par une rareté des pluies, l’imposent.
Par Akrem R.
Pour l’Union nationale des paysans algériens (UNPA), il est nécessaire d’adapter l’agriculture nationale aux changements climatiques et à l’évolution des conditions agricoles dans le pays.
En effet, cette révision est cruciale pour la pérennité de l’agriculture, notamment face à l’incertitude des précipitations et à l’augmentation de la sécheresse dans certaines régions. «Les plans agricoles qui ont été mis en place depuis l’époque coloniale, et ceux qui ont été renouvelés en 2005, ne répondent plus aux défis actuels. En effet, il est grand temps de les réviser. Nous devons changer notre approche, surtout avec l’impact des changements climatiques sur la production agricole», a-t-il affirmé.
«La cartographie agricole, fondée sur des données obsolètes, doit être mise à jour pour prendre en compte l’évolution des ressources en eau et l’impact des changements climatiques, notamment dans les zones du nord du pays, qui étaient autrefois connues pour leur humidité et sont désormais confrontées à des sécheresses croissantes», a suggéré le secrétaire général de l’Union nationale des paysans algériens (UNPA), Khalfallah Mechri.
À cet effet, ajoute le SG de l’UNPA dans une déclaration à la radio nationale «Chaîne I», «Nous devons envisager la création de nouveaux périmètres agricoles, en tenant compte des ressources en eau disponibles, et utiliser l’irrigation complémentaire, en particulier pour les cultures céréalières».
Cette approche a été d’ailleurs soutenue par le Président de la République lors du dernier Conseil des ministres, et il a ordonné de fournir l’équipement nécessaire pour l’irrigation complémentaire, presque gratuitement, dans les zones céréalières.
La mise en place également d’un itinéraire technique spécifique est recommandée pour améliorer la production de la céréaliculture notamment. Ces dernières années, et face à la baisse de la pluviométrie, les rendements des céréales ont baissé à des niveaux très bas, loin des ambitions de l’État.
Donc, un accompagnement spécifique de la part des pouvoirs publics pour les agriculteurs, notamment dans les régions de l’Ouest et des Hauts-Plateaux, est plus que nécessaire pour relever le défi de la sécurité alimentaire.
«Il est important de souligner qu’il ne suffit plus de semer chaque année et d’attendre des récoltes régulières. Certaines régions, comme l’Ouest et les Hauts-Plateaux, subissent des sécheresses fréquentes. Il est donc nécessaire de reconsidérer nos stratégies d’irrigation, de manière à optimiser l’utilisation de chaque goutte d’eau. Nous devons faire face à cette situation avec pragmatisme et sérieux, sans improvisation ni naïveté. L’État doit soutenir les agriculteurs dans cette transition en facilitant leur accès à l’équipement et aux semences», a souligné Khalfallah Mechri, affichant sa satisfaction quant aux mesures prises par le gouvernement pour soutenir les agriculteurs en leur fournissant des semences et des engrais.
Cette décision a apporté un grand soulagement aux agriculteurs, dira-t-il, précisant que des instructions ont été données aux directions agricoles et aux établissements bancaires pour accélérer l’approvisionnement des agriculteurs en engrais et en semences, afin de répondre aux besoins des agriculteurs en difficulté financière suite aux pertes occasionnées durant la saison précédente.
Il est à rappeler dans ce cadre que 4 millions de quintaux de semences et plus de 3 millions de quintaux d’engrais sont mobilisés par les services agricoles à travers le pays, afin de réussir la campagne Labours-semailles.
Indiquant que les récentes précipitations sont prometteuses, l’intervenant a suggéré également d’élaborer des stratégies à long terme afin de faire face aux changements climatiques, tout en optimisant l’utilisation des ressources en eau disponibles.
D’ailleurs, c’est là que réside la véritable bataille pour garantir la sécurité alimentaire à long terme. «L’agriculture algérienne doit absolument s’adapter aux nouvelles réalités de l’eau», a-t-il déclaré.
Selon lui, les stratégies d’irrigation doivent se concentrer davantage sur l’irrigation complémentaire et l’utilisation des technologies modernes d’économie d’eau, telles que les stations de traitement des eaux usées pour l’irrigation.
«Chaque goutte d’eau doit être utilisée de manière rationnelle», a insisté le SG de l’UNPA, citant en exemple la directive du Président de la République concernant l’accélération de la fourniture d’équipements d’irrigation complémentaire aux producteurs de céréales dans les zones agricoles adaptées.
En d’autres termes, l’agriculture algérienne doit se tourner vers l’adoption de plantes résistantes à la sécheresse, tout en revenant à nos traditions agricoles, à nos semences locales, héritées de nos ancêtres. «Nous avons un héritage très riche dans la production céréalière et il est essentiel de réactiver ce patrimoine pour surmonter les défis actuels», a-t-il recommandé.
Réorganiser l’administration agricole
Concernant le dispositif mis en place par le ministère, notamment pour la fourniture aux agriculteurs des fertilisants (les engrais), le SG de l’UNPA a estimé nécessaire de faciliter leur acquisition, sans lourdeurs administratives.
«Le problème réside dans la bureaucratie qui empêche les agriculteurs d’accéder rapidement aux produits nécessaires. Les agriculteurs doivent pouvoir obtenir des semences, des engrais et des produits phytosanitaires en temps réel, avant le début de la saison. La bureaucratie ne doit pas être un obstacle à la production agricole, surtout quand il s’agit de la sécurité alimentaire», a insisté l’intervenant, affirmant qu’il est important de différencier entre les agriculteurs de grande et de petite taille.
«La solution passe par la suppression des obstacles administratifs, comme l’a souligné le Président de la République. Il faut réorganiser l’administration agricole pour mieux soutenir les agriculteurs. Le système actuel, qui oblige les agriculteurs à passer par plusieurs étapes administratives avant d’obtenir les produits nécessaires, ne convient plus. L’accès aux ressources doit être simplifié pour que l’agriculture puisse se développer efficacement», a-t-il dit, affirmant que le soutien de l’État aux agriculteurs ne doit pas se limiter à l’acquisition d’engrais, mais doit se traduire par une politique de soutien à la production, avec un accent sur la fin du cycle de production.
Ce soutien est en effet essentiel pour garantir la sécurité alimentaire du pays, d’autant plus que le pays fait face à une augmentation démographique.
À cet effet, ajoute le SG de l’UNPA, «Nous devons mettre en place une base solide, en termes d’équipements agricoles et de technologies, pour garantir une production durable».
Quant aux équipements agricoles, comme les moissonneuses-batteuses et autres machines agricoles, le Président de la République a donné des instructions claires pour accélérer leur acquisition et leur distribution, en particulier pour les récoltes de céréales.
«Il est important de soutenir l’agriculture en renouvelant le parc matériel, ce qui permettra de garantir un rendement de qualité. Cela inclut l’acquisition de matériel moderne, avec des outils adaptés pour atteindre des rendements de 35 à 40 quintaux à l’hectare», a-t-il souligné. Enfin, le Secrétaire général de l’UNPA a abordé la question de la sécurité alimentaire.
Selon lui, l’Algérie doit continuer à renforcer ses capacités de production pour réduire sa dépendance aux importations alimentaires. «Nous devons garantir la sécurité alimentaire pour plus de 45 millions de citoyens, et peut-être jusqu’à 60 millions dans les 15 prochaines années», a estimé Khalfallah Mechri.
La mise en place de stratégies agricoles qui répondent aux défis d’aujourd’hui est donc primordiale pour construire un avenir durable pour l’agriculture algérienne.
Dans cette optique, le SG de l’UNPA a réaffirmé l’importance d’une révision globale des politiques agricoles du pays, en se basant sur des données scientifiques et des critères climatiques modernes, tout en favorisant l’accès des agriculteurs aux ressources nécessaires à leur développement.
La révision de la cartographie agricole, en prenant en compte les nouvelles réalités environnementales, est un pas nécessaire pour préparer l’agriculture algérienne aux défis futurs.
A. R.







