L’Algérie se trouve aujourd’hui à un tournant économique crucial. Alors que la croissance est encore largement tributaire des hydrocarbures, l’activation du commerce extérieur représente une opportunité stratégique pour diversifier l’économie nationale, soutenir la création d’emplois et améliorer la résilience face aux chocs externes. Cette ambition nécessite bien plus qu’une réforme institutionnelle : elle appelle à une refonte globale de l’écosystème exportateur.
Par Abderrahmane Hadef (*)
- Une dynamique à enclencher : passer de la volonté à la stratégie
L’appel du président Tebboune à réformer l’appareil de promotion du commerce extérieur confirme une prise de conscience politique de l’inadaptation des outils actuels. Cette reconnaissance est un premier pas. Mais pour que le commerce extérieur devienne un véritable levier de croissance, plusieurs conditions doivent être réunies.
La croissance tirée par les exportations repose sur trois fondements :
- Une offre exportable compétitive ;
- Une infrastructure de soutien performante ;
- Un ancrage stratégique sur les marchés cibles.
- Structurer l’offre exportable autour de filières stratégiques
La principale faiblesse de l’Algérie réside dans la faible diversification de son offre exportable. Les exportations hors hydrocarbures représentent moins de 5 % des recettes d’exportation. Pour changer cette réalité, il est nécessaire de :
- Identifier et consolider des filières d’exportation prioritaires : agro-industrie, industrie pharmaceutique, matériaux de construction, biens intermédiaires, TIC et services numériques.
- Soutenir les champions nationaux et les PME exportatrices à travers des programmes d’incubation, de certification et de mise à niveau.
- Renforcer la qualité, la traçabilité et la normalisation des produits destinés aux marchés internationaux, notamment africains et européens.
- Réformer les mécanismes de soutien à l’export
Le cadre de soutien institutionnel et financier actuel est fragmenté et peu lisible. Pour y remédier, il convient de :
- Centraliser l’accompagnement à l’export autour d’un guichet unique opérationnel regroupant information, orientation, financement, logistique et promotion.
- Mettre en place un fonds public de soutien à l’exportation, activant des incitations ciblées (cofinancement des salons, subventions à la prospection, garanties à l’internationalisation).
- Renforcer la diplomatie économique en formant des attachés commerciaux et en intégrant des objectifs de promotion des exportations dans les missions diplomatiques.
- Se connecter aux marchés et aux chaînes de valeur régionales
L’insertion dans les chaînes de valeur mondiales est encore marginale pour l’Algérie. Une stratégie d’ouverture efficace suppose de :
✔️ Cibler des marchés à fort potentiel dans une logique de régionalisation des échanges : Afrique (ZLECAf), Europe (voisinage Sud), Moyen-Orient.
✔️ Mettre en œuvre des accords de facilitation commerciale à travers une coopération douanière renforcée, des corridors logistiques et la dématérialisation des procédures.
✔️ Développer des hubs logistiques et zones d’exportation intégrées (ports secs, zones franches) pour abaisser les coûts et délais d’exportation.
- Recommandations pour une politique exportatrice ambitieuse
En synthèse, pour que le commerce extérieur devienne un pilier de croissance durable, les pouvoirs publics doivent activer simultanément les leviers suivants :
- Adopter une Stratégie Nationale d’Exportation (#SNE) intégrée, multisectorielle et dotée d’indicateurs de résultats clairs ;
- Reviser la réglementation des changes et ladapter a la réalité des marches internationaux et aux objectifs de promotion du commerce extérieur.
- Impliquer les #entreprises_privées et les opérateurs sectoriels dans la définition des priorités et la mise en œuvre des dispositifs
- Digitaliser le parcours exportateur à travers des plateformes d’information marché, e-commerce transfrontalier et outils de gestion de la chaîne logistique ;
- Stimuler les #IDE orientés exportation, en intégrant les investisseurs étrangers dans les chaînes de production destinées aux marchés extérieurs.
En Conclusion, il faut passer rapidement du potentiel au concret
L’Algérie dispose d’un potentiel certain à l’export, mais ce potentiel reste largement sous-exploité. Pour passer d’une économie tournée vers l’intérieur à une économie exportatrice, il est impératif d’adopter une approche systémique, structurée et fondée sur la cohérence des politiques publiques.
Le commerce extérieur ne doit plus être perçu comme un simple volet commercial, mais comme un moteur stratégique de transformation économique. En le plaçant au cœur du nouveau modèle de croissance, l’Algérie peut tracer la voie vers une insertion intelligente, compétitive et durable dans l’économie mondiale.
(*) Consultant international en développement économique, Numérique, Énergie, promotion d’investissements







