C’est sous le signe d’un partenariat renouvelé et densifié que le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan ont coprésidé, jeudi soir au Complexe présidentiel d’Ankara, une cérémonie de signature de plusieurs accords et mémorandums d’entente bilatéraux. Un rendez-vous historique qui marque la tenue de la première session du Conseil de coopération stratégique de haut niveau algéro-turc, sanctionnée par une déclaration conjointe signée par les deux chefs d’État en clôture de la cérémonie.
Par K. Boukhalfa
En effet, sur le plan économique, le signal le plus fort est sans doute le lancement officiel de négociations en vue de la conclusion d’un accord commercial préférentiel entre les deux pays. La déclaration conjointe à cet effet a été signée par le ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, Kamel Rezig, et son homologue turc, Omer Bolat.
Une étape qui pourrait, à terme, transformer en profondeur la structure des échanges bilatéraux et ouvrir de nouvelles fenêtres à l’exportation pour les producteurs algériens, dans un contexte où Alger cherche activement à diversifier ses débouchés commerciaux hors hydrocarbures.
Dans la même dynamique, l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) a conclu un mémorandum d’entente avec le Bureau de l’investissement et du financement de la Présidence de la République turque. Signé par le directeur général de l’AAPI, Omar Rekkache, et le président du Bureau turc Burak Daglioglu, ce texte pose les bases d’une coopération institutionnelle en matière d’attraction et de promotion des investissements.
La Turquie, qui compte plusieurs centaines d’entreprises déjà implantées en Algérie notamment dans le BTP, le textile et l’agroalimentaire, dispose d’un potentiel d’investissement encore largement sous-exploité que cet accord vise à mobiliser davantage.
Le volet industriel n’est pas en reste. Le ministre de l’Industrie, Yahia Bachir, et son homologue turc Mehmet Fatih Kacir ont apposé leurs signatures sur deux mémorandums d’entente distincts : le premier portant sur la coopération en matière de normalisation, d’évaluation de la conformité et de formation, et le second consacré au développement des petites et moyennes entreprises.
Ces deux textes s’inscrivent dans une logique de mise à niveau industrielle, alors que l’Algérie cherche à renforcer la compétitivité de son tissu productif et à accélérer la mise aux normes de ses exportations pour accéder aux marchés internationaux.
La Turquie, forte d’une expérience reconnue en matière de développement de ses PME et de politique industrielle, représente à cet égard un partenaire de référence.
Un accord bilatéral dans le domaine de la protection des végétaux et de la quarantaine agricole a été signé par le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Yacine El-Mahdi Oualid, et le ministre turc de l’Agriculture et des Forêts, Ibrahim Yumakli.
Au-delà de sa dimension technique, cet accord ouvre la voie à une coopération plus fluide dans les échanges de produits agricoles entre les deux pays et constitue un préalable indispensable à tout développement du commerce agroalimentaire bilatéral.
Transports et connectivité : fluidifier les échanges humains et commerciaux
La dimension logistique de ce partenariat a également été solidifiée. Un accord sur le transport routier international de voyageurs et de marchandises a été conclu entre les deux gouvernements, signé du côté algérien par le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, et du côté turc par le ministre des Affaires étrangères, Hakan Fidan.
Cet accord, couplé à celui portant sur la reconnaissance mutuelle des permis de conduire, vise à lever des obstacles pratiques qui freinent encore la mobilité des personnes et la circulation des biens entre les deux rives de la Méditerranée.
Sur le plan sécuritaire et humanitaire, un mémorandum d’entente relatif à la gestion des catastrophes et des situations d’urgence a été paraphé par les ministres de l’Intérieur des deux pays, témoignant d’une volonté de construire une résilience commune face aux risques naturels et aux crises.
Par ailleurs, un texte spécifique a été consacré à la protection des moudjahidine et des ayants-droit des chouhada, signé par le chef de la diplomatie algérienne Ahmed Attaf et la ministre turque de la Famille et des Affaires sociales, Mahinur Ozdemir Goktas, un accord symboliquement fort qui inscrit le partenariat dans la profondeur historique des deux nations.
Poste, télécommunications et numérique : l’infrastructure de demain
Par ailleurs, le ministère algérien de la Poste et des Télécommunications et le ministère turc des Transports et des Infrastructures ont signé un mémorandum d’entente portant sur la coopération dans les services postaux et les télécommunications.
Enfin, sur le plan médiatique, deux accords viennent encadrer la relation entre les deux pays dans l’espace informationnel. Un protocole de coopération a été signé entre l’Établissement public de télévision (EPTV) et l’homologue turc TRT, par l’ambassadeur d’Algérie en Turquie, Boumédiène Guennad, et le directeur général de TRT, Mehmet Zahid Sobaci.
Un mémorandum d’entente a également été conclu entre le ministère algérien de la Communication et la Direction de la communication à la Présidence turque, axé sur la lutte contre la désinformation, une thématique de plus en plus centrale dans les agendas diplomatiques contemporains.
Ainsi, la densité de cette session inaugurale du Conseil de coopération stratégique algéro-turc traduit une ambition commune claire : sortir d’une relation commerciale encore largement dominée par les importations algériennes de produits turcs pour construire un partenariat plus équilibré, productif et stratégique.
Avec un volume d’échanges commerciaux en progression constante ces dernières années, les deux pays disposent désormais d’un cadre institutionnel solide pour accélérer la cadence.
K. B.







