L’UE, sous pression pour cause de la concurrence que lui livre la Chine, mais aussi des taxes douanières aux Etats-Unis, mène une politique de diversification commerciale tous azimuts, ayant signé hier, mardi, un vaste accord commercial avec l’Australie, aux fins dynamiser leurs échanges, selon ce qu’a rapporté hier l’AFP. C’est le troisième accord scellé par l’UE depuis janvier dernier, après celui contracté avec les pays latino-américains du Mercosur, et celui avec l’Inde. Le troisième qui ravive colère et appréhension des agriculteurs et industriels au sein de la Communauté…
Par Hakim O.
Cet accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Australie, signé hier, marque une étape majeure de la stratégie commerciale de Bruxelles mais, à l’instar de celui avec le Mercosur, suscite la colère de pans entiers de catégories professionnelles au sein des pays de l’UE, dont particulièrement les agriculteurs européens.
Les enjeux de l’accord
Et ce, quand bien même l’UE, par la voix de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, tentera de rassurer en affirmant que cet accord dépasse le cadre commercial classique pour devenir un enjeu de souveraineté industrielle. Ainsi, véritablement, les enjeux de ce partenariat s’avèrent des plus stratégiques, à leur énoncé, dépassant une filière particulière.
Il ne touche à rien moins, en effet, qu’à l’accès aux minerais critiques avec comme objectif prioritaire annoncé de sécuriser l’approvisionnement en lithium et cobalt australiens, essentiels pour la transition énergétique et les batteries, afin de réduire la dépendance envers la Chine.
Autre objectif visé par l’accord, celui des débouchés industriels : l’UE cherchant à faciliter ses exportations de voitures, de machines, de produits de luxe et de médicaments vers le marché australien.
S’agissant de la protection des indications géographiques, autre enjeu majeur de l’accord, celui-ci prévoit des restrictions sur l’utilisation par les producteurs australiens de noms comme « Prosecco », « Feta » ou « Gruyère », bien que des périodes de transition de 10 ans soient accordées pour certains produits.
Colère et craintes des agriculteurs
Cependant, l’argumentaire sur les vertus de l’accord exposé par ses initiateurs de l’UE, à l’instar de celui du Mercosur, semble là aussi ne pas avoir l’impact recherché sur les catégories socioprofessionnelles européennes dont l’activité et la situation sociale sont directement concernées par ce partenariat.
Il en est ainsi des syndicats agricoles, dont la FNSEA, Jeunes Agriculteurs, Confédération paysanne, qui dénoncent un « Mercosur bis », craignant que l’agriculture ne soit la « variable d’ajustement » pour obtenir des minerais.
La crainte d’une concurrence déloyale est exprimée, notamment, par les éleveurs européens redoutant l’arrivée massive de viande bovine et ovine produite à moindre coût avec des normes sanitaires et environnementales moins strictes, outre qu’ils contestent les quotas des produits visés par l’accord bien qu’ils aient été fixés (environ 30 000 tonnes de bœuf et 25 000 tonnes d’agneau sans droits de douane), estimant qu’ils pèseront sur les prix des morceaux « nobles » en Europe.
Par ailleurs, les syndicats fustigent des « concessions inacceptables » et un manque de réciprocité dans les exigences de production.
Les réserves des industriels européens
En dehors des agriculteurs, plusieurs catégories socioprofessionnelles et secteurs d’activité expriment des réserves ou des craintes quant à l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Australie.
Les professionnels de l’industrie manufacturière en font partie : bien que l’accord vise à favoriser les exportations européennes, certains sous-secteurs de la filière craignent une pression accrue sur leur activité.
Ainsi, en est-il du secteur automobile européen : même si l’UE espère booster ses exportations vers l’Australie, les syndicats industriels surveillent de près la suppression de la taxe australienne sur les voitures de luxe. Ils craignent que l’ouverture totale ne facilite à terme des délocalisations ou une concurrence accrue de véhicules produits hors Europe transitant par des hubs commerciaux.
Idem pour les salariés de l’industrie chimique et pharmaceutique : l’harmonisation des normes pouvant être perçue comme un risque de nivellement par le bas des exigences de sécurité et de santé, impactant potentiellement les conditions de travail et la spécificité des productions locales.
H. O.





