La wilaya de Tizi Ouzou, est singulièrement impactée par le changement climatique qui se manifeste par une intensification des phénomènes météorologiques extrêmes, touchant directement les infrastructures, les ressources naturelles et l’économie locale de cette région de montagne.
Par Hakim O.
La plus dramatique des conséquences de ces changements vécue par la région est, sans conteste, la survenance et la recrudescence des feux de forêt dans la wilaya de Tizi Ouzou.
Fortement boisée, la région favorise la fréquence et la sévérité des incendies, menaçant non seulement la biodiversité, mais aussi les habitations et les moyens de subsistance traditionnels comme l’oléiculture.
Une région aux multiples vulnérabilités
Face à cette spécificité régionale et aux dangers qu’elle présente, la wilaya multiplie les initiatives de lutte, mais surtout la mise en place de mécanismes et de moyens d’adaptation et d’anticipation.
Ainsi, une session de formation sur l’intégration des mécanismes d’adaptation aux changements climatiques dans les plans de développement local a été lancée mardi à Tizi Ouzou au profit des cadres des différents secteurs techniques et des représentants de la société civile, rapportait l’Algérie Presse Service.
Cette formation de trois jours, précise la même source, s’inscrit dans le cadre du processus d’élaboration du Plan National d’Adaptation (PNA) aux changements climatiques, visant à impliquer les différents acteurs locaux dans le processus de planification.
L’initiative a pour objectif d’élever le niveau de sensibilisation et de connaissance des cadres locaux sur le changement climatique et ses impacts au niveau territorial, tout en renforçant leurs capacités dans le domaine du diagnostic climatique et de l’identification des vulnérabilités.
En réalité, plusieurs fragilités caractérisent la région. Outre les feux de forêt, le phénomène d’instabilité des sols constitue également un risque important. La combinaison de pentes raides, de la géologie locale et de régimes pluviométriques irréguliers génère en effet un risque modéré de glissements de terrain.
Les fortes pluies soudaines peuvent ainsi déstabiliser les sols et menacer les villages souvent situés sur des crêtes.
Le stress hydrique est un autre aléa climatique majeur. Les étés deviennent de plus en plus chauds, secs et lourds, avec des températures atteignant régulièrement des pics supérieurs à 34 °C, ce qui pèse sur les ressources en eau et sur l’agriculture de montagne.
Paradoxalement, la région reste également vulnérable à des épisodes de froid intense et de fortes chutes de neige pouvant enclaver les villages de haute montagne et nécessiter des opérations d’urgence pour leur désenclavement.
Mesures de lutte, d’anticipation et d’adaptation
En matière d’initiatives d’adaptation aux changements climatiques à Tizi Ouzou, les encadreurs de la session de formation entamée mardi dans le chef-lieu de wilaya — dont la formatrice Tiziri Baameur, aux côtés de l’expert principal Samir Grimes — ont indiqué que l’objectif des travaux est de doter les collectivités locales ainsi que les secteurs de l’agriculture, de l’hydraulique, de la pêche et de l’industrie d’outils concrets leur permettant d’intégrer l’adaptation climatique dans les plans de développement locaux.
Évoquant les savoir-faire locaux, Mme Baameur a souligné l’importance de les valoriser, citant notamment les techniques ancestrales de construction et de conservation des semences comme leviers de résilience.
« Il s’agira de mettre en avant le savoir-faire local dans différents domaines, comme l’agriculture, l’urbanisme et la construction, et de le promouvoir en tant que solutions d’adaptation, tout en étudiant la possibilité de les développer pour obtenir de meilleurs résultats et de les appliquer dans différentes wilayas », a-t-elle indiqué.
Plusieurs thématiques sont au programme de ces trois jours de formation, portant notamment sur les forçages naturels et anthropiques, l’effet de serre, ainsi que le cadre juridique, les stratégies et les lois liées à l’environnement.
H. O.
La lutte contre le changement climatique à Tizi-Ouzou
Quelques initiatives récentes
1. Prévention Intensive des Incendies (Plan 2025-2026)
Face à la menace croissante des feux de forêt, un nouveau dispositif opérationnel a été mis en place :
- Arrêtés Préfectoraux de Protection : Depuis mai 2025, l’accès aux massifs forestiers et aux pistes forestières est strictement interdit pour limiter les départs de feux accidentels.
- Comités de Vigilance Communaux : Des comités locaux ont été installés dans l’ensemble des communes et daïras pour assurer une surveillance de proximité et une alerte rapide.
- Logistique de l’Eau : Pour garantir l’approvisionnement des secours, un volume de sé- curité est désormais maintenu dans chaque château d’eau de la wilaya, appuyé par la mobilisation des camions de l’ADE et des particuliers en cas de crise.
2. Initiatives des Comités de Village et Solidarité
Le modèle d’organisation sociale de la Kabylie est un levier majeur d’adaptation :
- Campagnes de Nettoyage Préventif : Les comités de village organisent des actions de volontariat pour nettoyer les accotements de routes, les cimetières et les lisières des villages afin d’éradiquer les combustibles potentiels avant la saison estivale.
- Reconstitution du Patrimoine Agricole : Des élans de solidarité, impliquant des pépiniéristes et des associations, soutiennent la replantation de milliers d’oliviers dans les zones sinistrées pour restaurer l’économie locale et stabiliser les sols.
3. Modernisation et Projets Structurants
- Transition Verte et Recherche : L’Université Mouloud Mammeri (UMMTO) participe à des appels à projets pour la « Transition Verte » financés par l’Union Européenne, visant à apporter des solutions scientifiques aux défis climatiques méditerranéens.
- Aménagement Urbain Résilient : Des programmes de réhabilitation (comme celui lancé en mars 2026 pour l’axe Hôpital Nedir – Azib Ahmed) intègrent la création d’espaces verts et la modernisation des réseaux pour mieux gérer le ruissellement urbain.
- Appui International : Le projet ClimGov II, lancé en juillet 2025, renforce l’action climatique locale en aidant les municipalités à intégrer les enjeux environnementaux dans leur gestion quotidienne.
Changements climatiques : Menaces spécifiques sur la wilaya
1. Incendies de forêt dévastateurs
C’est le danger le plus critique pour la région. La hausse des températures et la sécheresse prolongée rendent la végétation extrêmement inflammable.
- Impact humain et matériel : Les incendies de 2021 ont détruit environ 506 km² de terres, causant de lourdes pertes humaines et la destruction de villages entiers.
- Destruction agricole : Des dizaines de milliers d’arbres fruitiers, principalement des oliviers, ont été réduits en cendres, menaçant l’économie locale basée sur l’oléiculture.
2. Instabilité des sols et glissements de terrain
Le relief accidenté de la Kabylie rend la région particulièrement vulnérable aux mouvements de terrain.
- Zones à risque : Des communes comme Aïn El Hammam, Azazga et Tigzirt subissent des désordres géologiques importants.
- Facteurs aggravants : Plus de 65 % de ces mouvements sont activés par des effets climatiques (pluies intenses après des périodes de sécheresse). La perte de couvert forestier due aux incendies accentue également l’érosion et le risque de glissements.
3. Inondations et crues subites
Malgré la sécheresse globale, la région est confrontée à des épisodes de précipitations brutales.
- Communes exposées : Selon la Protection Civile, 13 communes sont officiellement classées comme zones à risque d’inondation, notamment Tizi-Ouzou, Boghni, Draâ Ben Khedda et Tigzirt.
- Risques urbains : Le ruissellement dans les zones urbaines peut causer des dégâts matériels rapides lors d’orages violents.
4. Stress hydrique sévère
La baisse du niveau des eaux affecte directement les infrastructures de stockage.
- Baisse du barrage de Taksebt : En période de sécheresse, comme en 2021, le niveau d’eau chute de manière critique, nécessitant des interventions techniques complexes pour maintenir l’alimentation en eau potable.
- Conséquences agricoles : La raréfaction de l’eau pénalise l’irrigation et l’apiculture, cette dernière étant sensible au décalage des floraisons dû à la variabilité climatique.





