Par Amar Naït Messaoud
Les incendies de forêts et des récoltes agricoles, principalement les céréales, qui commencent à se produire sous nos yeux depuis le milieu du mois de juin en cours, donnent une image de ce que représente le danger des incendies sur l’ensemble de la saison estivale, laquelle ne se limite plus au sens direct du mot « estival », car commençant parfois en avril-mai et se prolongeant jusqu’à octobre, voire novembre, du fait du phénomène du réchauffement climatiques qui a bouleversé les données du calendrier météorologique.
Ce rehaussement du risque incendie a amené la Direction générale des forêts à doter ses représentations locales dans les wilayas de moyens d’intervention conséquents, y compris la reconnaissance aérienne par les drones, et à installer une plate-forme numérique destinée à moderniser la lutte contre les incendies. Cet outil centralise les données pour assurer un suivi en temps réel des foyers et optimiser les décisions sur le terrain.
Cela signifie l’établissement de la traçabilité des incendies depuis leur déclenchement jusqu’à leur extinction et la localisation exacte des foyers, l’évaluation de l’étendue des dégâts et la connaissance des causes probables des incendies.
Indubitablement, des défis majeurs se posent à la région méditerranéenne et aux pays africains de façon générale, sur le plan des risques et du niveau de préparation de chaque pays à les prévenir et à les affronter.
L’Algérie, par sa configuration géographique, la structure géologique d’une partie de son sol, son régime climatique, bien avant même les changements survenus au cours des deux dernières décennies, fait face à des situations complexes, constituant parfois un danger pour la sécurité des biens et des personnes. Ainsi, la sécurité civile et environnementale se trouvent souvent en alerte permanente.
Les pouvoirs publics, les services techniques chargés de la prévention et de l’intervention, et même du traitement post-catastrophe, sont instruits par un certain nombre d’expériences qu’a eu à connaître notre pays depuis au moins le séisme de Chlef de 1980, premier traumatisme national d’origine naturelle après l’Indépendance du pays.
Puis vinrent les inondations de Bab El Oued, le séisme de Boumerdès, les inondations de Ghardaïa de 2008 (plus de 100 morts), les incendies de forêt en Kabylie d’août 2021 et d’autres catastrophes de « moindre intensité » mais qui ne manquent pas de générer leurs traumatismes au sein des foyers et des familles.
Afin de pouvoir répondre de façon efficace, en espérant réduire les dégâts matériels et humains, voire à les empêcher de survenir lorsque cela est possible, le cadre législatif algérien a connu un tournant historique avec la promulgation de la loi n° 24-04 du 26 février 2024 portant les règles de prévention, d’intervention et de réduction des risques de catastrophes dans le cadre du développement durable, loi qui est venue remplacer le texte de 2004, jugé dépassé par les événements, afin d’ancrer la résilience dans le développement durable.
Passer de la simple logique de réaction à une prévention tous azimuts
La grande nouveauté de cette loi réside dans le passage d’une logique purement « curative », d’intervention, consistant à réagir à la catastrophe une fois survenue, à une logique proactive et préventive, consistant à réduire, dès l’amont, la vulnérabilité des structures ou des biens susceptibles de pâtir des risques naturels, domestiques, sanitaires ou industriels.
Elle consacre des principes fondamentaux comme le principe de précaution, le principe de concomitance (gérer l’aggravation mutuelle de plusieurs risques simultanés), et garantit aux citoyens un droit d’accès permanent à l’information sur les risques de leur lieu de résidence.
La loi identifie et recense 18 risques majeurs, intégrant les crises traditionnelles et les nouveaux périls technologiques ou climatiques.
La gamme des risques va des séismes jusqu’aux risques biotechnologiques, en passant par les situations climatiques extrêmes, la sécheresse, les incendies de forêt, les inondations, les risques industriels et énergétiques, les risques sanitaires (humains et animaux), les risques cybernétiques, acridiens, etc.
La législation algérienne relative aux risques majeurs s’appuie sur le triptyque stratégique de la prévention, de la gestion et de l’intervention. D’autres procédures enchaînent sur la gestion post-catastrophe, impliquant des dédommagements, des indemnisations, la prise en charge sociale et la reconstruction des infrastructures et équipements au frais du budget de l’État.
La législation algérienne place la prévention au titre des priorités dans la gestion des risques. Il s’agit, selon les termes utilisés par la loi, de réduire la vulnérabilité des infrastructures, des équipements, des personnes, des cheptels, susceptibles d’être affectés par des calamités naturelles, industrielles ou sanitaires.
Cela passe, par exemple, par le réajustement des cartes de sismicité, induisant — pour les promoteurs immobiliers, les services de l’État et les particuliers — de bâtir selon des normes strictes, notamment dans les régions identifiées comme étant à haut risque.
Des plans généraux de prévention sont établis sur support cartographique identifiant les zones inondables ou exposées aux incendies, interdisant de fait toute nouvelle construction dans les zones à risque.
Le segment de l’intervention est aussi soigneusement pris en charge. Cela va des interventions immédiates, de proximité, venant à bout du danger en quelques minutes, jusqu’aux plans Orsec (Organisation des Secours), déclenchés à l’échelle de plusieurs wilayas, constamment mis à jour.
Des simulations obligatoires à intervalles réguliers permettent de tester la coordination entre les différents corps techniques et administratifs impliqués dans les Plans.
À ce niveau de réflexion, l’on ne peut pas ne pas souligner le haut niveau atteint par les services de la Protection civile algérienne, niveau acquis par une formation intense, continue et diversifiée de son personnel, et par la modernisation de ses moyens matériels d’intervention.
La Protection civile algérienne : une reconnaissance au-delà des frontières
Ce niveau de performance a été prouvé y compris dans ses interventions à l’extérieur du pays dans le cadre de l’assistance apportée à des pays amis affectés par des catastrophes naturelles, comme par exemple la Turquie lors du séisme dévastateur qui a frappé ce pays en février 2023. Le détachement spécial algérien a réussi à secourir 13 survivants et à extraire 92 corps sans vie des décombres.
La prévention des risques suppose également des actions de sensibilisation et de pédagogie pour inculquer la culture du risque chez les populations et au niveau des établissements scolaires. L’école algérienne, même timidement, commence à intégrer des programmes d’enseignement spécifiques sur les risques sismiques, sanitaires et climatiques.
Cette prise de conscience, bien que progressive, marque un tournant crucial dans la sensibilisation pédagogique aux risques majeurs dans notre pays, d’autant plus que l’Algérie, de par sa position géographique et les réalités de son territoire, est structurellement exposée à ces risques. Intégrer ces notions dès le plus jeune âge n’est plus une simple option pédagogique, mais un impératif de sécurité nationale.
A. N. M.





