Alger, Algérie

mardi 21 juillet 2026 23:28

Siège de la compagnie nationale pétro-gazière Sonatrach

Sonatrach publie son rapport fiscal 2025 : Le choix de la transparence

Le groupe pétrolier et gazier algérien Sonatrach a rendu public son « Country-by-Country Tax Report » pour l’exercice 2025, un document qui détaille, juridiction par juridiction, les revenus, bénéfices, impôts payés et effectifs de ses filiales à travers le monde. Cette initiative, inédite pour la Société Nationale pour la Recherche, la Production, le Transport, la Transformation et la Commercialisation des Hydrocarbures (Sonatrach S.P.A), s’inscrit dans le cadre du dispositif européen de reporting fiscal public, la directive 2013/34/UE et son règlement d’application 2024/2952, connu sous l’acronyme PCBCR.

Sofiane Idiri

Correspondant

Bien que cette démarche reste optionnelle pour un groupe dont le siège social se trouve hors de l’Union européenne, Sonatrach a choisi de s’y conformer volontairement, un signal fort envoyé aux marchés, aux partenaires internationaux et aux régulateurs européens à un moment où la transparence fiscale des multinationales est scrutée de près.

Le rapport, couvrant l’exercice clos le 31 décembre 2025 et exprimé en dinars algériens, a été publié avec le concours d’une filiale espagnole, Sonatrach Gas Comercializadora S.A.U, basée à Madrid.

Une empreinte internationale contrastée

Le document dresse la cartographie des principales implantations du groupe hors d’Algérie : Italie, Pays-Bas, Luxembourg, Espagne et Îles Vierges britanniques figurent en détail, tandis que le Royaume-Uni, le Pérou et les Îles Caïmans apparaissent dans la liste des filiales sans données chiffrées individualisées.

En Italie, où opère la raffinerie Sonatrach Raffineria Italiana S.P.A, le groupe a généré plus de 613 milliards de dinars de revenus, faisant de ce pays le premier contributeur en chiffre d’affaires parmi les juridictions détaillées. Le rapport y révèle toutefois une perte avant impôt de 26,3 milliards de dinars, un résultat qui reflète probablement la volatilité des marges de raffinage observée ces dernières années, un secteur exposé aux fluctuations des cours du brut et des produits raffinés.

Malgré cette perte, l’entité italienne a enregistré un impôt accru de près de 1,68 milliard de dinars et emploie 760 personnes, de loin l’effectif le plus important en dehors du territoire algérien.

À l’inverse, les structures situées aux Pays-Bas et au Luxembourg illustrent une configuration typique des holdings financières internationales. La filiale néerlandaise Sonatrach Petroleum Investment Corporation BV, dédiée à la détention de participations, ne compte que six salariés mais affiche un bénéfice avant impôt de 211,6 millions de dinars pour un chiffre d’affaires de 4,4 milliards.

Au Luxembourg, les deux entités Sonatrach International Finance and Development S.a r.l et Sonatrach Re Assurance S.a r.l, actives dans le financement de groupe et l’assurance, ne déclarent officiellement aucun employé tout en générant 115,6 millions de dinars de bénéfice sur un chiffre d’affaires de 3,5 milliards.

Ces structures, consacrées à la gestion intra-groupe des flux financiers et des participations, sont des montages classiques pour les grands groupes énergétiques opérant à l’international, et le rapport ne fait état d’aucune information émise à leur sujet.

L’Espagne se distingue par la présence de Medgaz, le gazoduc reliant l’Algérie à la péninsule ibérique, et de Sonatrach Gas Comercializadora S.A.U, actives dans la commercialisation et la distribution. Avec près de 83 milliards de dinars de revenus et un bénéfice avant impôt de 15,9 milliards, cette juridiction affiche l’un des taux de rentabilité les plus élevés du périmètre, pour un effectif restreint de douze personnes.

Le cas le plus commenté sera sans doute celui des Îles Vierges britanniques, où treize entités du groupe sont domiciliées, couvrant le transport maritime, le financement interne, la détention de participations et diverses activités de services pour les sociétés du groupe Sonatrach.

Cette juridiction concentre un chiffre d’affaires de 138 milliards de dinars et un bénéfice avant impôt de 37,5 milliards, avec des bénéfices non distribués cumulés atteignant 292,4 milliards de dinars, le montant le plus élevé de toutes les juridictions détaillées après l’Algérie elle-même. Seuls 52 employés y sont rattachés, et le rapport ne renseigne aucun montant d’impôt accru au titre de l’exercice, bien qu’un impôt payé sur base de trésorerie de près de 943 millions de dinars soit mentionné.

La présence de structures dans des juridictions à faible fiscalité constitue un point d’attention récurrent dans l’analyse des rapports pays par pays des grands groupes internationaux, sans que cela ne préjuge en soi d’un montage abusif, ces entités assurant notamment des fonctions logistiques et de financement pour l’ensemble du groupe.

C’est cependant la section agrégée « toutes les autres juridictions fiscales », qui regroupe l’essentiel de l’activité algérienne du groupe ainsi que d’autres implantations mineures, qui donne la véritable mesure de Sonatrach.

Le poids massif de l’activité domestique et des autres juridictions

Cette catégorie affiche des revenus cumulés de 7 331 milliards de dinars, un bénéfice avant impôt de 1 031 milliards, un impôt payé sur base de trésorerie de près de 337 milliards de dinars et un impôt accru de 267 milliards.

Plus frappant encore, elle emploie 220 176 personnes, soit la quasi-totalité des effectifs mondiaux du groupe. Cette concentration s’explique par la structure même de Sonatrach, dont le rapport détaille par ailleurs une liste impressionnante de filiales opérant sur le territoire national, allant d’Asmidal à Naftal en passant par l’Entreprise Nationale de Forage, Fertial, Hyproc Shipping Company, ou encore les sociétés de dessalement.

Ces entités couvrent l’ensemble de la chaîne de valeur du groupe : recherche et développement, production, transport par canalisations, raffinage, pétrochimie, dessalement d’eau, services parapétroliers, transport aérien et maritime, ou encore gestion de participations. Cette diversité illustre le rôle central de Sonatrach dans l’économie algérienne, bien au-delà de la seule activité extractive.

Le rapport précise qu’aucune information n’a été omise au titre de l’exercice 2025, ni pour l’année en cours ni pour les exercices précédents. Sonatrach y apporte également une explication standard concernant les écarts pouvant apparaître entre l’impôt accru comptablement et l’impôt effectivement payé en trésorerie : ces différences résultent généralement des écarts entre les résultats projetés en cours d’année, sur lesquels sont calculés les acomptes, et les résultats réels constatés en fin d’exercice, auxquels s’ajoutent d’éventuels ajustements liés à des régularisations d’exercices antérieurs ou à des paiements anticipés pour les périodes suivantes.

En rendant ces données publiques, Sonatrach rejoint le mouvement plus large des grands groupes énergétiques qui sont dans une logique d’image et de gouvernance, choisissent d’exposer la répartition géographique de leurs profits et de leur fiscalité.

Pour un groupe public algérien dont les recettes pèsent lourd dans le budget de l’État, ce niveau de transparence, inédit à ce jour, pourrait devenir un nouveau standard de communication financière, suivi de près tant par les analystes que par les partenaires internationaux du groupe.

S. I.

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