Alger, Algérie

mardi 21 juillet 2026 23:34

Réformes sociales, logement, industrie, Energie… Ce qu’a réalisé l’Algérie en 2025

Rapport de la Fondazione Machiavelli : Entre la Chine et l’Italie, Alger réinvente sa diplomatie économique

Un nouveau rapport de la Fondazione Machiavelli, think tank italien basé à Florence, publié en juillet 2026 dans sa collection MachiavelliDossier, dresse un état des lieux inédit de la concurrence économique que se livrent la Chine et l'Italie sur le territoire algérien. Loin d'être un simple théâtre d'influences extérieures, l'Algérie apparaît dans cette analyse comme l'acteur central d'une stratégie de diversification assumée, tirant parti de la rivalité sino-italienne pour consolider sa souveraineté économique et technologique.

K. Boukhalfa

Correspondant

Le document est sans ambiguïté : l’Algérie mène depuis plusieurs années une politique de «bilanciamento attivo», un rééquilibrage actif qui consiste à mobiliser plusieurs partenaires internationaux plutôt qu’à dépendre d’un seul.

Dans cette configuration, l’Italie est mise à contribution comme contrepoids technologique et politique face à une présence russe affirmée dans le secteur de la défense et une présence chinoise structurante dans les infrastructures. Cette capacité à faire jouer la concurrence entre grandes puissances économiques constitue, selon les auteurs du rapport, un atout stratégique majeur pour Alger.

Premier exemple emblématique de cette diversification : le pôle agro‑industriel de Timimoun, porté par le groupe italien Bonifiche Ferraresi (BF S.p.A.) aux côtés du Fonds National d’Investissement algérien, via la coentreprise BF-El Djazair Spa.

Avec une répartition du capital à 51 % pour la partie italienne et 49 % pour la partie algérienne, ce projet de 420 millions d’euros déployé sur 36.000 hectares dans le périmètre agricole El Kebir 01 illustre une approche où l’Algérie ne se contente pas d’accueillir des capitaux étrangers, mais négocie un véritable transfert de compétences.

Le projet prévoit la construction d’unités de transformation de pâtes et de silos de stockage, avec un objectif clair : réduire la dépendance aux importations céréalières et développer les exportations de produits transformés. Sur le plan de l’emploi, 6700 postes seront créés, dont 1600 à temps indéterminé, réservés à du personnel technique et à des diplômés algériens formés notamment par le Centre de Formation Enrico Mattei. Ces emplois pérennes, associés à l’implémentation de protocoles d’agriculture de précision et de monitoring satellitaire, participent à la constitution d’une classe dirigeante agricole locale.

Un actif qui, contrairement à un chantier, ne disparaît pas une fois les travaux achevés. Autre point notable relevé par le rapport : le financement de ce projet, structuré via des mécanismes de la SACE et de la SIMEST italiennes, transforme l’exposition financière en risque d’entreprise partagé, sans peser sur le budget public algérien.

Le rapport met également en lumière le projet ferroviaire et agro‑industriel Gara Djebilet‑Béchar, intégré à l’initiative de la Nouvelle Route de la Soie (Belt and Road Initiative) et porté par le groupe chinois CRCC en partenariat avec Madar Holding.

Avec une ligne de 950 kilomètres achevée en février 2026, ce chantier d’environ 2 milliards de dollars a permis à l’Algérie de se doter d’infrastructures civiles majeures : ponts, ateliers ferroviaires, systèmes de forage, ainsi que d’une bonification de terres désertiques pour l’irrigation et l’électrification de nouvelles zones agricoles. Plus de 15.000 emplois ont été générés par ce chantier d’envergure, une main‑d’œuvre importante mobilisée pour une infrastructure que l’Algérie conservera durablement.

Le rapport souligne aussi l’introduction, via la China Railway Construction Corporation, d’une usine avec des capacités de production automatisée de traverses en béton sur le sol algérien, avec une cadence de 5200 unités par jour. Il s’agit là d’un exemple concret de transfert technologique industriel bénéficiant au tissu productif national.

Deux modèles, une même finalité : consolider la souveraineté algérienne

Au-delà de l’analyse comparative des modèles italien et chinois, le rapport met en avant l’attractivité croissante de l’Algérie auprès des grandes puissances économiques internationales. Il souligne notamment l’ampleur de l’implantation chinoise dans le pays, avec 1 311 entreprises actives dans différents secteurs, engagées dans plus de 42 mégaprojets liés aux infrastructures et à l’industrie.

Cette présence contribue à la création d’environ 50 000 emplois, dont près de 55 % dans les domaines de la logistique et des transports. Les auteurs relèvent également que les entreprises chinoises occupent une place majeure dans le développement des énergies renouvelables en Algérie, en participant à près de 60 % des nouveaux projets solaires lancés dans le pays.

Parallèlement, l’Italie consolide sa présence économique à travers un réseau d’environ 200 entreprises implantées en Algérie, employant entre 9 500 et 10 000 personnes. Ces acteurs italiens interviennent principalement dans des secteurs stratégiques tels que l’agro‑industrie, l’énergie, la décarbonation et l’hydrogène vert, confirmant l’intérêt croissant de Rome pour les opportunités offertes par le marché algérien.

Mais ce que révèle surtout ce dossier, c’est la complémentarité de ces deux approches pour l’Algérie. D’un côté, un modèle chinois qui apporte rapidité d’exécution et infrastructures lourdes à grande échelle ; de l’autre, un modèle italien qui mise sur la formation, l’agronomie de précision et l’ancrage de compétences locales durables. Dans les deux cas, c’est l’Algérie qui capte la valeur : infrastructures structurantes d’un côté, savoir‑faire technologique et souveraineté alimentaire de l’autre.

Le rapport rappelle par ailleurs la profondeur historique du partenariat algéro‑italien, qui remonte aux accords Eni‑Sonatrach de 1977, tout en reconnaissant l’ampleur de l’engagement chinois, structuré depuis l’accord de coopération économique et technique de 2004 et élevé au rang de partenariat stratégique global dès 2014. Cette pluralité de partenariats, loin d’exposer l’Algérie à une dépendance unique, illustre au contraire sa capacité à orchestrer plusieurs axes de coopération selon ses propres priorités de développement.

À l’heure où de nombreux pays du Sud global peinent à négocier des termes équilibrés avec leurs partenaires économiques, l’Algérie démontre, à travers ces deux projets structurants, sa capacité à transformer l’intérêt des grandes puissances pour son territoire en un levier concret de diversification économique, de création d’emplois qualifiés et de renforcement de sa souveraineté alimentaire et industrielle.

K. B.

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