Alger, Algérie

mardi 21 juillet 2026 17:25

Partenariats stratégiques avec Berlin, Rome et Madrid : Alger rebat les cartes

Partenariats stratégiques avec Berlin, Rome et Madrid : Alger rebat les cartes

L’Algérie renforce son partenariat avec plusieurs pays de l’Union européenne, notamment l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne. En effet, la coopération entre Alger et ces États se concrétise et se consolide à travers des partenariats et des projets concrets dans divers secteurs, dépassant ainsi l’ancienne vision selon laquelle l’Algérie était perçue comme un simple fournisseur d’énergie et un « bazar » pour l’Europe.

Hakim O.

Correspondant

En termes clairs : l’axe Alger-RomeBerlin-Madrid se redessine sur de nouvelles bases, dans lesquelles la coopération avec Alger est équilibrée et tournée vers des partenariats stratégiques dans divers domaines et secteurs à forte valeur ajoutée.

Contrairement à ce que certains partis politiques français affirment, en prétendant que l’Algérie fait face à un « isolement » diplomatique, des partenariats et des accords importants ont été signés et d’autres sont en cours avec les principaux pays du Vieux Continent.

Cela témoigne de l’amélioration de l’attractivité économique de l’Algérie et de la réussite des réformes engagées par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, depuis son arrivée au Palais d’El-Mouradia fin 2019.

Avec une diplomatie agressive et pragmatique à la fois, Alger est en train de se repositionner sur l’échiquier international, marqué par une géopolitique instable, une hausse des prix des carburants et des matières premières, notamment avec les perturbations que connaît le détroit d’Hormuz.

Face à cette situation « inédite », l’Algérie a su négocier ce virage en améliorant son climat des affaires et en relançant l’investissement dans divers domaines, à l’instar de l’énergie, où Sonatrach a affiché son ambition de doubler la production nationale de gaz à 200 milliards de m³ d’ici 2030, grâce à un investissement de 60 milliards de dollars durant les cinq prochaines années (2025-2030), dont 70 % seront alloués à l’exploration et à la production.

Une annonce que les pays de l’UE accueillent favorablement et qui les incite à s’approvisionner davantage auprès de l’Algérie, qualifiée de fournisseur fiable. D’ailleurs, l’Italie et l’Espagne sont les principaux clients de Sonatrach. Ces deux pays ont mis le paquet en engageant des partenariats avec l’Algérie pour augmenter la production nationale de gaz et développer de nouvelles énergies propres, comme le solaire et l’hydrogène vert.

L’Italie, avec le géant Eni, partenaire historique de Sonatrach, appuie la stratégie de l’Algérie en renforçant sa présence dans le domaine pétro-gazier. En effet, une entente politique entre les gouvernements des deux pays et un échange de visites de haut niveau ont donné à la coopération bilatérale entre Alger et Rome une nouvelle dimension, tout en l’élargissant à des secteurs prioritaires pour l’Algérie, dont l’industrie, l’agriculture et d’autres.

La dernière visite à Alger, en mars dernier, de la présidente du Conseil des ministres italien, Giorgia Meloni, a été une occasion pour les deux pays de réaffirmer « le caractère stratégique » de leur partenariat multisectoriel, l’énergie demeurant un pilier central sans en constituer l’unique horizon.

Lors de cette visite, le président Tebboune avait réitéré l’engagement de l’Algérie à respecter ses obligations en tant que « partenaire stratégique et fiable » de l’Italie et de l’Europe sur le plan énergétique, dans un contexte marqué par les tensions sur les marchés internationaux du pétrole et du gaz et la recherche, par les Européens, de fournisseurs sûrs.

Les deux chefs d’État ont affiché ainsi leur volonté d’élargir la coopération aux start-up, aux nouvelles technologies, à la formation, à la recherche scientifique, aux énergies renouvelables, notamment l’hydrogène vert, ainsi qu’à l’agriculture innovante et à la sécurité alimentaire.

D’ailleurs, un projet stratégique à Timimoun est lancé par la société BF pour la production de céréales et de légumineuses, avec un investissement de 400 millions de dollars. À cela s’ajoute celui de Fiat dans l’industrie automobile, un projet qualifié d’important et de réussi, marquant ainsi l’implantation d’un groupe mondial, en l’occurrence Stellantis, en Algérie, avec l’engagement d’augmenter le taux d’intégration à 40 %.

Alger-Berlin : une nouvelle ère de coopération. Continuant dans cette dynamique diplomatique, l’Algérie renforce sa coopération avec l’Allemagne, le géant industriel de l’UE. La visite d’État que le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a effectuée les 16 et 17 juillet 2026 à Berlin, à l’invitation du président Frank-Walter Steinmeier, s’est soldée par la signature d’une trentaine d’accords de partenariat dans divers domaines et l’adoption d’une déclaration conjointe fixant un véritable agenda stratégique bilatéral.

Les deux pays ont convenu de réactiver la Commission économique mixte algéro-allemande et de créer un nouveau Conseil d’affaires bilatéral, conçu comme une plateforme de dialogue entre les milieux économiques des deux pays. Sur le fond, la déclaration dresse un bilan commercial jugé positif, avec une tendance générale à la hausse des échanges.

L’Allemagne reste l’un des premiers fournisseurs européens de l’Algérie, notamment en machines industrielles, équipements électriques, véhicules et produits chimiques et pharmaceutiques. Les deux parties ont affiché leur volonté d’élargir la coopération à l’énergie et à la transition énergétique, aux infrastructures, au secteur technologique, aux transports, à la santé, à la pharmacie, aux minerais essentiels, à l’agriculture et à l’industrie.

Cette dynamique politique s’est immédiatement traduite en actes. Le secteur énergétique demeure le pilier de cette coopération : Sonatrach et l’entreprise allemande VNG ont signé un mémorandum d’entente ouvrant la voie à des négociations pour le renouvellement de leur contrat d’exportation de gaz, avec la possibilité d’augmenter les volumes livrés.

Dans l’automobile, le constructeur Opel et le groupe Halil ont conclu un accord destiné à établir un cadre de coopération et à explorer des opportunités d’investissement conjointes.

Dans le domaine de l’industrie pharmaceutique, le Groupe Saidal a signé deux protocoles d’accord avec la société allemande Boehringer Ingelheim, visant à la production locale de quatre molécules pharmaceutiques stratégiques destinées au traitement du diabète, de l’insuffisance cardiaque et des maladies rénales.

H. O.

Espagne : le retour en force de l’axe gazier

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez est attendu à son touren Algérie, demain lundi. Une visite chargée de significationpolitique après deux années de crise diplomatique consécutives aurevirement de Madrid sur le dossier du Sahara occidental en 2022. Lacomposition de sa délégation ne laisse guère de doute sur les prioritésespagnoles : selon la presse ibérique, quatre des plus grands groupesénergétiques du pays (Naturgy, Repsol, Enagás et Moeve)accompagneront le chef du gouvernement. Une présence qui illustrela centralité du gaz algérien dans la relation bilatérale, mais aussil’émergence d’un nouveau chapitre : l’hydrogène vert et les énergiesbas carbone.Il est à rappeler qu’en dépit de la rupture diplomatique de 2022, quiavait entraîné le rappel de l’ambassadeur algérien et la suspension dutraité d’amitié entre les deux pays, les livraisons de gaz n’ont jamaisété interrompues. Le gazoduc Medgaz, seule liaison directe entre lesdeux rives depuis la fermeture du gazoduc Maghreb-Europe en 2021,a continué de fonctionner sans discontinuer, encadré par des contratsde long terme. Ce pragmatisme énergétique a d’ailleurs frayé la voieau réchauffement politique observé depuis début 2025, lorsque leprésident Tebboune qualifiait l’Espagne de « pays ami ». En mars2026, la première visite d’un chef de la diplomatie espagnole enAlgérie depuis la crise, celle de José Manuel Albares, avait coïncidéavec une hausse des flux quotidiens de Medgaz, passés de 28 à 32millions de mètres cubes, preuve que le réchauffement diplomatiquese traduit concrètement par des volumes supplémentaires.La présence de Moeve dans la délégation espagnole ouvre unchapitre inédit. L’Algérie, grâce à son ensoleillementexceptionnel, ses vastes espaces disponibles et sa positiongéographique, se positionne comme un candidat naturel pouralimenter les futurs corridors énergétiques bas carbone reliantl’Afrique du Nord à l’Europe, l’Espagne demeurant le principalpoint d’entrée sur le continent. En somme, ces rapprochementssuccessifs avec Berlin, Madrid et Rome, trois poids lourdséconomiques européens, envoient un signal clair : l’Algérieentend diversifier ses partenariats stratégiques sur le VieuxContinent, sans faire dépendre sa politique européenne d’un seulinterlocuteur.

H O.

Lire le journal

Lisez l’édition du jour en ligne facilement.

Newsletter Actualité

Recevez chaque matin l’essentiel de l’actualité du domaine.